RAPPORTS DE SECTEUR
Rapports sur le fonctionnement du III e secteur médical de la VIF région au sous-secrétariat d’Etat du Service de Santé.
Nous avons, chaque mois, pendant une période où nous avons exécuté les fonctions de chef de secteur, adressé au soussecrétariat d’Etat un rapport de vingt à trente pages sur diverses questions médico-légales, scientifiques.
Service général de Médecine. ■— Nous avons exposé comment nous avons constitué notre service de médecine de secteur, comprenant 4oo lits avec un hôpital central et deux annexes, l’une pour les contagieux, l’autre comme centre de triage des malades suspects de tuberculose.
Le service central comprenait des salles spéciales pour gastro-entérologie, néphrites, cardiopathies, médecine générale et, à un certain moment, intoxications par les gaz. Un laboratoire de bactériologie, un de chimie et un de radiologie furent installés avec l’aide des Sociétés de Croix-Rouge américaine et anglaise.
En dehors des publications sur les maladies du tube digestif et la grippe, qui ont fait l’objet dans cet exposé de chapitres spéciaux, nous nous sommes attaché dans ces rapports, en dehors des statistiques, à attirer l’attention sur un certain nombre de questions.
Intoxication par les gaz.
Au mois de mai 1918, une circulaire du sous-secrétariat d’Etat prescrivait l’organisation d’un hôpital régional où étaient traités tous les malades atteints par les gaz. Nous avons
JOLTRAIN
organisé dans notre secteur un hôpital de 35 o lits. Nous avions, après avoir suivi les cours à Paris, institué pour les infir mi ères, dans notre service, un cours théorique et pratique qu’elles étaient obligées die suivre avant d’être employées dans notre hôpital. L’organisation et le fonctionnement de cet hôpital, les résultats obtenus et les études faites sur cette catégorie de malades ont fait l’objet d’une série de rapports.
Dans ces derniers, nous avons insisté sur les aspects différents présentés par les malades, dans les divers lots d’arrivage, et suivant les gaz. La plupart étaient surtout « ypérités ». Nous avons montré que la plupart des malades appartenaient plus au domaine médical qu’au domaine chirurgical, malgré les brûlures. Nous avons surtout insisté sur les éliminations rénales chez les ypérités v les troubles gastro-intestinaux et l’action sur les poumons.
Action tardive des gaz vésicants sur l’organisme.
' (N> uiS . Il
Cette question a fait de notre part l’observation, en novembre 1917, d’une communication à la Société, médicale des hôpitaux et d’un mémoire envoyé au sous-secrétariat d’Etat, une circulaire en interdisait alors la publication. Sans insister sur les caractères cliniques, classiques de cette intoxication, nous avons attiré l’attention sur Faspect pseudo-tuberculeux de ces malades et sur les scléroses broncho-pulmonaires tardives qu’ils présentent. Lorsqu’ils arrivent à l’hôpital après avoir passé par d’autres formations sanitaires et guéri de leurs brûlures,, ils sont souvent pâles, anémiés (3 à 3.5oo.ooo globules rouges avec 8 à i 5 .ooo globules blancs surtout polynucléaires.
Ils ont presque tous de la dyspnée d’effort et beaucoup d’accès de suffocation, survenant la nuit et simulant l’asthme.
Bien que leur température ne présente plus les grandes oscillations thermiques du début, elfe se maintient longtemps aux abords de 38 ° avec poussées vespérales ou sous Fini fluence de’ l’effort Ils ont des. transpirations, abondantes affectant le type nocturne, ils maigrissent. Ils apparaissent, à l’examen, te thorax amaigri, avec de la circulation collatérale
complémentaire, de l’adénopathie sous-claviculaire et du myœdème.
La percussion révèle des zones de matité souvent au sommet. L’auscultation montre les signes les plus variés, gros ronchus sonores, lésions d’emphysème, parfois râles de congestion. Il n’est pas rare de voir les signes se localiser à un sommet, ce qui explique la tendance de considérer les malades comme atteints de tuberculose.
L’expectoration est abondante et exceptionnellement sanglante, le pneumocoque y prédomine et, fait important, nous n’y avons jamais rencontré le bacille de Koch. La radioscopie et l’étude des preuves radioscopiques expliquent la genèse et les lésions pulmonaires, processus de cicatrisation tantôt d ulcération des épithéliums bronchiques, tantôt des lésions infectieuses consécutives. Les poumons sont moins transparents qu’à l’état normal, souvent ces phénomènes sont prédominants au sommet. On peut très souvent suivre les bronches dans leurs ramifications comme si elles étaient injectées au bismuth.. L’adénopathie hilaire paraît constante. Il n’est pas rare, lorsque Laffection a dîné plusieurs mois, de trouver des brides fibreuses pleurales tantôt suivant le trajet d’un interlobe, tantôt localisées à la base ou au sommet indiquant des adhérences apicales ou diaphragmatiques.
La pression artérielle est normale, l’examen du cœur négatif. Le rein est rarement touché, l’albumine rare. Nous n’avons trouvé que dans un petit nombre de cas, une constante d’Ambard élevée. Nous n’avons jamais observé de grands syndromes rénaux ehlorurémiques ou azotémiques. Le pronostic est relativement bon, la guérison lente.
Il est assez difficile de déterminer ce que deviendront les malades; même quand ils ont des antécédents bacillaires, ils semblent faire de la sclérose plutôt que des poussées évolutives- Il est logique cependant de penser que la question du terrain interviendra dans l’avenir réservé à nos mutilés pulmonaires. Si nous ne croyons pas à la tuberculose active au moins sur ce terrain, nous voyons, au contraire, se développer l’asthme, l’emphysème pulmonaire et la dilatation bronchique avec souvent de légères dilatations cardiaques.
Nous insistons sur la nécessité de soustraire ces malades aux milieux tuberculigènes.
A propos du livret médical individuel.
Nous sommes revenu à différentes reprises dans les communications à la Société médico-chirurgicale de la VII e Région et dans nos rapports au sous-secrétariat d’Etat sur une nécessité d’établir un livret médical pour chaque soldat, dès son incorporation; ce livret contiendrait les observations faites au conseil de révision par les médecins experts, tiendrait compte des antécédents, porterait trace des passages dans les différents hôpitaux avec observations, examen radioscopique ou de laboratoire, vaccinations, en un mot tous les renseignements utiles sur le sujet porteur du livret.
Cette mesure a été préconisée par d’autres, et après efforts de M. Crouzon, a été enfin adoptée, malheureusement après l’armistice. Le livret médical rendra les plus grands services, et cette mesure vaudrait d’être adoptée par tout le monde et généralisée.
Rapport sur les modifications à apporter à l’instruction ministérielle du 20 décembre sur l’aptitude physique.
(En collaboration avec M. Trémolières.)
Nous avons été avec M. Trémolières, nommés rapporteurs à la réunion des médecins chefs de secteur et des centres, et chargés de proposer des modifications à l’instruction sur l’aptitude physique.
Nous avons envisagé chaque chapitre de la pathologie et proposé une série de modifications en ce qui concerne surtout les maladies du rein, les cardiopathies, les maladies du sang et les maladies du tube digestif.
Les conclusions ont fait l’objet de longues discussions les i4 et i5 octobre 1918 et le 24 février 1919, et ont été en grande partie adoptées.
Etat sanitaire des rapatriés.
(En collaboration avec M. Baufle.)
Nous avons rapporté les observations que nous avait fournies le fonctionnement d’un centre de rapatriement.
Dans l’ensemble l’état de santé des hommes était satisfaisant mais il faut noter qu’un filtrage avait déjà été opéré au départ. La grippe fit de véritables ravages, elle sévissait en Allemagne avec une morbidité et une mortalité élevées.
Les formes graves avec complications pulmonaires furent plus fréquentes. Deux faits paraissent devoir être mis en évidence.
i° Rareté des épistaxis et hémoptysies, qui s’étaient montrées si fréquentes dans une épidémie précédente;
2° Intensité des manifestations digestives répondant toujours au même type, langue saburrale, fétidité de l’haleine, constipation opiniâtre.
Nous avons constaté de fréquentes hyperpyrexies.
Nous avons eu recours au vaccin polyvalent dès l’entrée des malades et notre impression basée sur 3 oo malades environ est en faveur de cette thérapeutique.
Rapport sur les gastro-entéropathies.
Unification des formules diagnostiques.
(En collaboration avec MM. Tkémolières et Rafinesque.)
Afin que des formules diagnostiques, uniformes, simples, mais assez complètes pour définir exactement l’état des malades figurent aux pièces médicales et administratives, nous avons tenté, pour les malades du tube digestif, dans un rapport soumis à la réunion des chefs du centre, d’établir une nomenclature simple et pratique pouvant rendre service aux médecins et aux membres des commissions de réforme. Nous nous sommes gardés de toute discussion doctrinale. Après avoir montré la complexité d’une simple distinction entre
gastrite et dyspepsie, nous avons conservé le terme de dyspepsie qu’on devra faire suivre des ou d’un des facteurs nécessaires pour la caractériser : troubles sensitifs, troubles sécrétoires, troubles moteurs et modifications de l’état général. Nous avons envisagé la question des gastro-névroses, des ulcères de l’estomac et du duodénum et des sténoses pyloriques. Dans une deuxième partie, nous avons envisagé les eotëropathies, les dyspepsies intestinales, en conservant le terme d’entérite aux inflammations réelles de l’intestin et aux affections du gros intestin, colites chroniques, colospasme eorrhéique et cancer.
De l’appréciation de l’invalidité chez les militaires réformés pour affections du tube digestif.
(En collaboration avec M. P. Baufle.)
Quand on compare un certain nombre de dossiers médicomilitaires de malades réformés pour affection du tube digestif, on est frappé de la grande variabilité du taux d’invalidité admise par les commissions de réformes. Cette inégalité d’appréciation a le double inconvénient de paraître injuste et de faire naître des doutes sur la valeur des méthodes d’examen médical employées. Nous avons tenté d’établir un guide-barème pour les maladies de l’estomac.