Marie Leczinska était-elle épileptique
France Médicale, 25 février 1901.
Marie Leczinska fut-elle ou non épileptique? Telle est la question qui à été récemment soulevée devant l’opinion, et à propos de laquelle on a solli-
Les questions de diagnostics rétrospectifs sont dignes de solliciter l’attention. Aux esprits superficiels elles pourraient paraître un simple passe-temgl
de chroniqueur en quête de sujet d’article ; or il en va bien autrement. En éclairant la pathologie d’hier, comme le rayon électrique le fait des recoins inexplorés des grottes séculaires, la nosographie d’aujourd’hui, mise au
qu’ont mal compris nos aînés; elle projette sur certaines des grandes figures qui ont joué un rôle plus ou moins prépondérant dans l’histoire, une clarté qui explique souvent certains progrès ou certains reculs dans l’évolution du monde : il n’est pas indifférent de savoir ce que furent, au point de vue pathologique, Socrate et Luther, Philippe II d’Espagne ou J.-J. Rousseau. Certes Marie Leczinska n’est à comparer ni aux uns ni aux autres; elle serait à peu près ignorée et, sauf pour quelques érudits, tout à fait inconnue, si elle n’eût eu la fortune, bonne ou mauvaise, de devenir l’épouse de Louis XV. Mais elle fut l’épouse de Louis XV et, par surcroît, la mère de dix de ses enfants. On entrevoit dès lors en quoi et comment la santé de la modeste fille du roi déchu de Pologne a pu influer sur l’histoire de France.
Des recherches poursuivies sur l’hérédité de Marie, sur sa physionomie et son aspect physique, sur le caractère de certaines crises nerveuses qu’elle a présentées h une certaine époque de sa vie, on a déduit les arguments permettant de répondre h la question en litige.
Faut-il s’excuse^ d’avoir réduit un problème d’histoire aux mesquines proportions de la discussion d’une observation clinique? On serait tenté de le faire s’il était bien établi qu’on rapetisse un pareil problème en l’envisageant par ce qui peut en sembler les petits côtés. 11 n’y a pourtant point deux façons de considérer une question de diagnostic rétrospectif, suivant qu’elle concerne une reine de France ou un malade vulgaire. Les,documents historiques sont, à la vérité, souvent trompeurs; mais les renseignements qu’on nous fournit chaque jour ne sont pas non plus d’une authenticité constante. Si nous devons ne les accueillir qu’avec de prudentes réserves et sous le bénéfice de vérifications qui ne sont pas toujours faciles, il en est de même .de ceux que nous livré l’histoire, et la difficulté qu’on éprouve dans le second cas à trouver la vérité s’accroît encore par le recul du temps. Au moins si l’on ne peut toujours donner h un problème une