‹ Exposé des titres et travaux scientifiquesChapitre 11 sur 30 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

» Symptomatologie. — L’auteur définit la lèpre : une maladie parasitaire » chronique. Elle est caractérisée par la production de néoplasies renfermant des > bacilles, lesquels se développent surtout au niveau du tégument (cutané ou » muqueux), au niveau des nerfs, dans les ganglions lymphatiques et dans-certains » viscères. Elle amène presque toujours la mort.

» Lorsque ces néoplasies spécifiques (que l’auteur appelle léprbmes) se systéma- » tisent, on a des formes de lèpre auxquelles il propose de donner le nom de » lèpres systématisées. — Lorsque les léprômes se localisent surtout dans le tégument » (cutané ou muqueux), les vaisseaux et ganglions lymphatiques correspondants, » etc., on a la forme tuberculeuse ou noueuse, que l’on pourrait appeler : lèpre systé- » matisée têgumentaire. — Lorsque les léprômes se localisent surtout dans les » nerfs, on a la forme anesthésique ou trophonévrotique , que l’on pourrait appeler :

» Le plus souvent, les lésions ne sont pas et surtout ne restent pas toujours » nettement systématisées; elles envahissent simultanément le tégument et le » système nerveux et l’on se trouve alors en présence des formes dites mixtes, » dont l’existence démontre l’unité de la lèpre; on pourrait aussi dénommer ces » derniers cas : lèpres complètes.

» Le professeur Leloir fait remarquer qu’il rejette complètement la forme » maculcuse admise par plusieurs auteurs. Il ne croit pas qu’elle'constitue une forme » bien distincte ; ce qu’on a désigné sous ce nom ne doit être considéré d’après lui

(1) M. le professeur Leloir a'été chargé en 1884, par le Ministère de l'Instruction publique d'une mission en. Norwège et spécialement aux environs de Bergen pour y étudier la lèpre.

i éruptives ou des phases dans l'évolution

» que comme des variétés ou des formes » des trois formes précédentes.

» Abordant ensuite la description clinique de l’affection, l’auteur étudie les

» prodromes auxquels il donne le nom de période d'invasion .

» 1, — Il décrit ensuite avec le plus grand soin la lèpre systématisée tégumentaire „ ou tuberculeuse, ou noueuse. D’après lui, les taches qui précèdent presque toujours » l’apparition des tubercules doivent se diviser en deux grandes catégories : » 1" Taches hypérémiques ou érythèmes lépreux, de beaucoup les plus fréquentes

» dans la lèpre tuberculeuse.*.

» 2° Taches ou maculeuses pigmentaires. — Elles appartiennent surtout à la » variété décrite sous le nom de maculeuse et qui devient ensuite anesthésique

» Les troubles de la sensibilité, l’anesthésie en particulier, sont très fréquents,

» Une fois les tubercules développés soit au niveau des taches devenues fixes, soit à côté, on peut, dans beaucoup de cas, observer chez le même sujet tous les intermédiaires entre la macule érythémateuse plane, la maculo-papule en train de s'infiltrer de néoplasme lépreux, et le tubercule lépreux purement néoplasique. — L’auteur adopte la division des tubercules lépreux en deux types A° Le léprbme hypodermique; 2" Le léprbme dermique pur ou envahissant une partie plus ou moins considérable de l'hypoderme sous-jacent.

” 1» Le léprbme hypodermique s’observe plus rarement que le léprôme dermique,’,

peut-être parce qu’il passe plus facilement inaperçu.;

» 2i L'auteur étudie ensuite, dans tous ses détails, le léprôme ou tubercule dermique pur, lequel envahit, dans la plupart des cas, une partie plus ou moins considérable de lhypoderme sous-jacent; comme le type précédent; il peut se montrer sous forme de léprôme nodulaire ou sous forme de léprôme infiltré en nappe ou

diffus.

» Les muqueuses du nez, de la bouche, de la gorge, du larynx et dé l’œil * peuvent être envahies dès le début de l’éruption tuberculeuse ; sinon elles le sont i toujours au bout d’un certain temps. M. le professeur Leloir énonce ce fait en , disant que l 'exanthème tuberculeux est toujours, accompagné au bout de quelque temps d’un enanthème tuberculeux, dontil donne, suivant les régions, une descrip-

tion des plus précises. — Cet exposé symptômatique du léprôme tuberculeux se termine par un tableau d’ensemble du lépreux tuberculeux à la période d’ulcération et de déclin. L’auteur passe ensuite en revue les deux modes d’évolution de cette variété ; on sait, en effet, qu’elle peut avoir une marche aigüe, fébrile, qui aboutit rapidement à la mort, ou bien, ce qui est la règle, une marche chronique dont la durée moyenne est de 8 à 12 ans ; le malade arrive alors lentement à la période cachectique et finit par mourir épuisé; les viscères présentent des lésions nombreuses, lépreuses ou non.

» A mesure que la lèpre tuberculeuse progresse, l’anesthésie, qui tout d’abord fait défaut ou n’est que fort peu marquée, s’accentue de plus en plus.

» En même temps, se montrent souvent d’autres phénomènes qui décèlent l’envahissement du système nerveux périphérique par le processus morbide ; en somme, on voit s’établir peu à peu des symtômes caractéristiques de la lèpre systématisée nerveuse ; tantôt alors l'éruption des léprômes tégumentaires diminue d’intensité, tantôt elle persiste, tantôt il semble se produire alternativement des poussées du côté des téguments et du côté du système nerveux. Cependant si le lépreux résiste à sa lèpre tuberculeuse, on voit d’ordinaire peu à peu les éruptions tégumentaires néoplasiques disparaître, et le lépreux tuberculeux se transforme en un lépreux anesthésique. Ces faits permettent, on le voit, d’établir sur des bases inébranlables l'unité de la lèpre, et de comprendre l’évolution de cette maladie.

» II. La lèpre systématisée nerveuse ou lèpre trophonévrotique ou anesthésique est, dans l’immense majorité des cas, précédée d’une éruption du côté des téguments. L’auteur repousse, pour cette variété, la dénomination de lèpre maculeuse parce que l’éruption maculeuse prémonitoire peut également s’observer dans la variété tuberculeuse, parce que cette éruption maculeuse peut manquer et être remplacée par le pemphigus précoce : il repousse également celle de lèpre anesthésique, car l’anesthésie peut s’observer dans tous les cas de lèpre, et celles de lèpre aphymatoie, lèpre lisse, parce qu’elles ne s’appuient que sur un signe négatif. Le nom qu’il adopte, de lèpre systématisée nerveuse, a, dit-il, l’avantage d’indiquer la localisation, la caractéristique majeure de cette variété.

» Il lui distingue quatre périodes : 1“ Une période prodromique ou d'invasion que nous avons étudiée plus haut; 2’ Une période éruptive ou de début *8* Une

» période d'état constituée par l’envahissement définitif du système nerveux par » lé virus lépreux ; 4“ Une période de déclin , de cachexie, aboutissant à la mort.

» La période éruptive ou de début peut être fort courte ou très prolongée, elle est » caractérisée par une éruption tégumentaire et par une éruption qui se fait du cité » des nerfs. L’éruption tégumentaire est composée de macules qui peuvent être, » comme dans la lèpre tuberculeuse, érythémateuses ou hypérémiques d’abord, » puis hyperchromiques ou adhromiques, ou bien pigmentaires d’emblée (hyper-

» chromiques ou achromiques,) suivies on non d’atrophie cutanée.

» L’auteur entre dans les plus grands détails au sujet de l’étendue, de la forme, » de la couleur, de révolution de ces plaques, des modifications de teintes qu'elles » peuvent subir. A notre grand regret, nous ne pouvons les reproduire dans cette

» analyse déjà beaucoup trop étendue..

”.Lorsque les taches se sont développées, l’état du malade

» peut rester stationnaire pendant fort longtemps, parfois pendant des années, » Cependant, dans la plupart des cas, on voit bientôt les phénomènes nerveux » apparaître et la lèpre systématisée nerveuse se constitue à la période d’état. » Aussi M. le Professeur Leloir ne pense-t-il pas que l’on puisse faire de ces taches,

» malgré leur longue durée dans certains cas, une forme spéciale de lèpre ou forme » maculeuse. En même temps que l’exanthème maculeux, on observe parfois chez » les malades des symptômes qui indiquent que le système nerveux est envahi. .

» Il est une autre variété d’éruption prémonitoire de la lèpre systématisée ner- » veuse, c’est le pemphigus lépreux. Il remplace fréquemment les éruptions macu- » leuses qui font défaut, mais aussi il peut se produire lorsque l’éxanthème » maculeux à disparu, ou bien avant son apparition ou même pendant qu'il évolue,

» Ce pemphigus lépreux dont l’auteur donne une excellente description est parfois » précédé pendant quelques jours d’un malaise général, de fièvre, de douleurs » névralgiques et rhumatoïdes .

» A mesure que 1 affection évolue, l’envahissement du système nerveux s’ao- » centue davantage. C’est ce que l’auteur met en relief en disant que l’éruption se . » fait du côté des nerfs.

» La lèpre systématisée nerveuse n’est donc, d’après M. le professeur Leloir,

, qu’une névrite spécifique des nerfs périphériques avec toutes ses conséquences. »' Cette névrite (parenchymateuse et interstitielle) est une névrite à marche aigue

aboutissant assez rapidement à la destruction du nerf, ment : 1“ Une période d’envahissement du nerf ou période laquelle correspond cliniquement à la période hypéresthé cutanés; 2“ Une période d'état, caractérisée anatomiquement par la dégénérés cence complète du nerf, et cliniquement par l’anesthésie, les paralysie», le» atro phies, et différents troubles trophiques. Or, pendant cette période d’état, peuven survenir de temps en temps des éruptions maculeuse» ou bulleust s in h pi mt soit une recrudescence dans l’intensité de l’affection considérée en général, soi èpre, il est rare que tous le u contraire, presque toujour

ont déjà subi ui

» se produit par un véritable phénomène d'absorption, ou mieux de résorption » spontanée : les phalanges, les os dn métacarpe et du métatarse s’amincissent, » s’effilent, en même temps que le tissu cellulaire périphérique disparaît. Ces » lésions, qui d’ailleurs peuvent affecter dans leur localisation toutes sortes d’irré- » gularités, déterminent des déformations très variées d’aspect, quoique pathogno- » momiques. De nombreux dessins annexés au texte permettent de s’en rendre » compte avec la plus grande exactitude. L’albuminerie, fréquente chez les lépreux » anesthésiques, est produite d’ordinaire par la dégénérescence amyloïde des » reins, laquelle semble être consécutive aux suppurations osseuses intarrissables.

» 4° Ce qui précède suffit à faire comprendre ce que doit être le lépreux tropho- » névrotique à la dernière période de son affection. — L’intelligence finit par » disparaître et la mort survient dans le marasme. Elle peut être hâtée parfois » par des convulsions tétaniques, souvent par l’albuminerie et ses complications. » D’autres fois, c’est la diarrhée colliquative qui emporte le malade. Enfin, une » maladie intercurrente : pneumonie, pleurésie, infection purulente, fièvre inter- » mittente, etc., vient dans certains cas, hâter la terminaison fatale. Contrairement » aux lépreux tuberculeux, les lépreux trophonévrotiques ne meurent presque » jamais phthisiques.

» L’auteur termine cette étude si complète de la lèpre systématisée nerveuse » en examinant ce qu'est la lèpre tachetée et bulleuse, dénommée lèpre Lazarine, » par MM. Lucio et Alvarado, et Poncet (de Cluny). Pour lui, la lèpre dite Lazarine » ne constitue pas une forme spéciale de lèpre, mais une variété dans l’exanthème » maculo-bulleux de cette affection. — C’est un érythème souvent bulleux, parfois » un pemphigus, devenant escharotique. — Il propose de lui donner le nom : » &'érythème polymorphe lépreux, bulleux et escharotique.

» 5” La lèpre mixte ou complète est le véritable type de l’affection : la lèpre peut » être complète d’emblée : lorsque le virus lépreux envahit plus ou moins simulta- » nément les différents tissus de l’économie. D’autre part, il est fréquent de voir » une lèpre systématisée tégumentaire devenir trophonévrotique, et une lèpre » systématisée nerveuse peut parfois devenir tuberculeuse. Enfin la lèpre dite » Lazarine mexicaine peut être mélangée à la lèpre tuberculeuse. L’auteur cite ” plusieurs observations qui prouvent, avec la dernière évidence, la réalité de ” ces divers groupements de symptômes.

» Nous avons déjà énuméré les principales complications de la lèpre. Les lépreux sont parfois atteints de certaines dermatoses telles qu’eczéma, lichen, gale, prurigo parasitaire, prurigo de Hebra, psoriasis, favus; mais ces affections intercurrentes ne semblent pas àl’heure actuelle, en Norwège, grâce aux progrès de l’hygiène, être plus fréquentes chez eux, que chez les sujets sains. L’auteur fait remarquer à cet égard, que des dermatoses prurigineuses précèdent la lèpre dans certains cas, et qu’il serait possible que les excoriations tégumentaires qui en sont la conséquence, jouent le rôle de portes d’entrée au virus lépreux. Il se demande même si les mousuques ne seraient pas, dans les pays chauds, des agents de transport de ce virus. L’auteur a vu plusieurs fois une phthisie pulmonaire à marche rapide faire disparaître plus ou moins les tubercules cutanés. La syphilis est une complication des plus graves : les lépreux supportent très mal le mercure. En outre, il est fréquent d’observer chez eux le scorbut, la chlorose, l’anémie, la scrofule, la tuberculose pulmonaire.

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