Du rétrécissement de Vorifice iléo-cœcal
{Bulletin de la Société médicale des hôpitaux , t. III, p. 95.)
Les affections qui intéressent le tube digestif, dans une certaine longueur, et qui ont un caractère aigu, sont, en général, d’un diagnostic assez facile. Mais, si la maladie a pour siège un point limité des viscères intestinaux, et si elle a une marche chronique, il arrive souvent qu’elle passe inaperçue et qu’elle n’est soumise à l’observation du médecin que quand, par ses progrès ou par son extension, elle a produit des accidents sérieux, ou quand elle s’est compliquée d’une autre maladie. Alors, les symptômes nouveaux et graves peuvent masquer les phénomènes anciens et empêcher ainsi de remonter à la connaissance de la maladie primitive.
Cette difficulté se rencontre le plus souvent dans les cas d’étranglement interne, de perforation, de péritonite ou d’hémorrhagie, qui viennent si fréquemment, et d’une manière si inattendue, compliquer une affection en apparence des plus légères, ne se traduisant quelquefois par aucun symptôme tant soit peu remarquable.
Parmi ces affections primitives, on peut citer les rétrécissements de l’intestin, les maladies du cæcum et de son appendice.
Une malade du service de M. Bourdon, lui ayant présenté un ensemble de phénomènes paraissant permettre de diagnostiquer un rétrécissement de ïorifice iléo-cœcal , il a cru utile d’appeler l’attention sur ce fait. L’observation présente d’ailleurs ceci de remarquable que, contrairement à ce qui arrive ordinairement, l’auteur a assisté à toutes les phases de la maladie; d’abord simple rétrécissement intestinal, ensuite occlusion plus ou moins complète du tube digestif et ses accidents ; enfin, perforation de l’intestin, et péritonite suraiguë promptement mortelle.
Tout ce qui a trait à la deuxième et à la troisième période ne présente rien de bien intéressant ; le point que l’auteur désire particulièrement étudier, est celui qui concerne le rétrécissement intestinal.
Tous les praticiens sont unanimes pour dire que si plusieurs symptômes, enchaînés d’une certaine manière, permettent de reconnaître,
ou au moins de soupçonner, l’existence de cette lésion, il n’est pas, en général, possible d’indiquer son siège précis. Les phénomènes particuliers observés par M. Bourdon chez sa malade paraissent propres à éclairer ce diagnostic.
« La tumeur sonore et douloureuse au toucher, se formant par inter- » valle entre l’ombilic et la fosse iliaque droite, accompagnée de vomisse- » ments, de coliques, et se dissipant spontanément ou par pression, en » même temps que du gargouillement se faisait entendre, s’explique très- » bien par un rétrécissement de l’orifice iléo-caecal. Lorsque, par une » agglomération de matières intestinales, l’occlusion devenait complète,
» le mouvement péristaltique de l’intestin, visible du reste à travers les » parois abdominales, faisant descendre les gaz, ceux-ci s’accumulaient » au-dessus du rétrécissement, d’où formation d’une tumeur dans le » point indiqué et toujours le même. Après un temps plus ou moins long, » les matières parvenant à franchir l’obstacle, les gaz s’échappaient avec » elles en produisant le bruit caractéristique, alors la tumeur disparaissait » et tout rentrait dans l’ordre, jusqu’à ce qu’une nouvelle occlusion vînt » à se produire. »
Ce qui se passait dans ce cas nous parait analogue à ce qu’on observe dans l’engouement d’une hernie irréductible, lorsque, par le taxis, on rétablit le cours des matières accumulées dans l’anse intestinale. Il n’est pas jusqu’au gargouillement qui ne se produise dans les deux cas, lorsque l’obstacle vient à céder.
1 h. — Phénomènes convulsifs dans l’intoxication alcoolique :prédominance des lésions anatomiques du cervelet sur celles du cerveau,
{Bulletins et mémoires de la Société médicale des hôpitaux, année 1867.)
Dans cette communication, M. Bourdon fait connaître une forme particulière d’ encéphalopathie alcoolique , analogue à l’épilepsie saturnine.
Comme symptômes, au lieu dès tremblements plus ou moins marqués qu’on observe ordinairement dans ce genre d’intoxication, on voit, au début, avec la conservation complète de l’intelligence, des mouvements
convulsifs, laiges, rapides, rappelant une chorée des plus intenses, avec celte différence que les contractions musculaires sont très-douloureuses. L’hyperesthésie de la peau est tellement prononcée que le malade redoute au suprême degré le plus léger contact, que l’application d’un sinapisme produit une exaltation extrême et exagère les mouvements désordonnés au point de faire naître une véritable attaque d’éclampsie, avec écume à la bouche et perte momentanée de connaissance, attaque qui se reproduit à l'occasion d’un bain, par le fait du simple contact de l’eau tiède.
Cette forme convulsive, si bien accusée, se distingue encore par l’absence de délire. Celui-ci, en effet, ne s’est montré que dans la dernière phase des accidents, c’est-à-dire quelques heures avant la mort ; tandis que ce symptôme caractérise presque à lui seul et habituellement, dès leur début, les phénomènes morbides que l’intoxication alcoolique détermine du côté du système nerveux ; d’où la dénomination de delirium tremens.
Le malade qui fait le sujet de cette communication a succombé en quarante-huit heures.
Ce fait vient bien à l’appui de l’opinion émise, à la Société des Hôpitaux, par MM. Pidoux et Guillot, sur l’excessive gravité des accidents convulsifs qui surviennent dans le délire des ivrognes.
L’autopsie a révélé des lésions très-nombreuses ; d’abord les altérations communes de l’alcoolisme chronique, c’est-à-dire la dégénérescence graisseuse du foie, des reins et des vaisseaux; ensuite, des lésions encéphaliques, lesquelles étaient bien plus prononcées du côté du cervelet que du côté du cerveau. Cette localisation explique très-bien, avec les idées généralement admises aujourd’hui, la prédominance des troubles de la motilité sur ceux de l’intelligence. On retrouve, du reste, dans un certain nombre des observations de M. Calmeil, ce même rapport des lésions cérébelleuses avec les mouvements convulsifs.
M. Bourdon fait remarquer que c’est 'justement au milieu du point le plus injecté et notablement ramolli du cervelet, qu’ont été trouvés les capillaires, présentant dans leurs parois et à leur surface des granulations graisseuses abondantes. Ce travail de dégénérescence remonte évidemment à une époque antérieure aux accidents aigus; a-t-il joué un rôle dans leur production ? L’auteur ne saurait 1 affirmer ; il est neanmoins porte a
croire que l’état graisseux des vaisseaux prédispose aux congestions, en apportant un trouble à la circulation.
On n’a pas rencontré d’hémorrhagie méningée, quoiqu’il existât des néo-membranes à la face interne de la dure-mère. 11 est vrai que ces membranes étaient peu développées et ne renfermaient pas encore de vaisseaux capillaires, ce qui n’est pas extraordinaire, quand on songe que leur formation ne devait remonter qu’à quelques jours. Le microscope permettait d’y reconnaître de petites masses calcaires [Angiolithes) qu’on aurait pu considérer, avec certains auteurs, comme provenant de la dégénérescence des vaisseaux ; mais, en l’absence de ceux-ci, M. Bourdon est conduit à admettre que ces productions n’avaient rien de caractéristique, d’autant plus que, selon M. le professeur Robin, on en trouve dans les méninges, alors qu’elles ne sont pas recouvertes de néo-membranes.
15. — Notice sur la fièvre puerpérale et sur ses différentes formes observées à ïHôtel-Dieupendant Vannée 1840.
[Revue médicale , 1841 .)
Dans cette notice, M. Bourdon rapporte des exemples de fièvre puerpérale de formes très-diverses. A côté de la metropéritonite, de la péritonite et de la phlébite utérine, il cite des formes moins ordinaires dont quelques-unes avaient déjà été observées dans certaines épidémies, par exemple, un cas de gangrène et de perforation de l’utérus qui se rapporte à la maladie décrite par Danyau et M. Duplay, sous les noms de métritegangrè T neuse , de ramollissement de l’utérus, et par Boër sous le nom de putrescencia uteri; un autre cas qui réunissait les lésions anatomiques d’une affection puerpérale que M. Yoillemier a observée en 1838, à l’Hôpital des Cliniques, et qu’il propose d’appeler Fièvre pyogénique des femmes en couches. Il y avait, en effet, du pus infiltré dans le tissu cellulaire des membres, à leur partie postérieure, et sous le péritoine qui recouvre l’utérus, sans trace de phlébite, de lymphangite utérine, ni d’abcès métastatiques dans les viscères.
L’auteur rapporte encore une autopsie dans laquelle des altérations analogues ont été rencontrées, c’est-à-dire, du pus réuni en foyer, ou disséminé dans le tissu cellulaire sous-peritonéal du bassin, et de plus, un ramollissement de presque tous les organes, mais surtout d’un des poumons, qui se déchirait comme le tissu du foie, sans avoir perdu la propriété de surnager, lorsqu’on le plaçait dans l’eau.
M. Bourdon a noté, non-seulement dans ce fait, mais dans tous les autres, une diminution de consistance très-remarquable des organes parenchymateux et même du cœur.
La membrane muqueuse des intestins a été aussi trouvée deux fois ramollie à un assez haut degré, de sorte que l’auteur se demande si les ulcérations profondes, à bords taillés en biseau sans trace d’inflammation, observées dans un cas, ne peuvent pas être considérées, plutôt comme le résultat de ce ramollissement étendu aux tuniques fibreuses et musculeuses, que comme le produit d’une pblegmasie. Selon lui, les perforations de l’estomac observées par Chaussier, Paul Dubois, Tonnelé et Yoillemier, dans des cas analogues, pourraient bien être un degré plus avancé de la même altération, intéressant toutes les tuniques du viscère.
Enfin, M. Bourdon, dans son mémoire, appelle l’attention sur l’état du sang trouvé dans le cœur et dans les vaisseaux des femmes qui ont succombé aux différentes formes de la fièvre puerpérale.
16. — Description de la tumeur folliculaire hypertrophique du col de rutérus.
(Dans la thèse de M. Martin. Paris, 1859.)
Cette thèse, qui a pour titre : De Vanatomie pathologique de quelques tumeurs développées dans la muqueuse du col de l'utérus , renferme la description d’une affection peu connue, résultant de l’hypertrophie des follicules de cet organe,
L’histoire en est faite d’après des observations empruntées à la pratique civile et nosocomiale de M. Bourdon.
Jusque-là il n’existait sur celte maladie que des notions vagues ou incomplètes, dans Robert Lee, Herbiniaux, Portai et Gooch.
La partie micrographique de cette étude a été confiée à M. Ordonez, un des élèves les plus distingués de M. le professeur Robin, auquel sont dues les planches qui accompagnent le texte du travail.
Après la symptomatologie, un chapitre très-long est consacré à différencier la tumeur décrite d’avec le cancer, la métrite avec indurations, les corps fibreux et les kystes folliculaires.
Arrive ensuite le traitement institué par M. Bourdon, et qui consiste en applications de caustique Filhos.
Ce traitement a constamment réussi à l’auteur, ainsi que le prouvent ses observations ; mis en usage par M. Pidoux, il a également amené la guérison.
17. — Morve farcineuse chronique terminée par la guérison. — Considérations sur le diagnostic , le pronostic et le traitement de cette maladie .
(Mémoire lu à l’Académie de médecine le 8 décembre 1857, et sur lequel un rapport favorable a été fait par M. H. Bouley, rapport qui a donné lieu à une discussion très-importante.)
Les cas de morve chronique chez Fhomme, publiés jusqu’à cette époque, prouvent suffisamment que cette maladie est excessivement grave, pour ne pas dire toujours mortelle.
M. Bourdon ayant obtenu une guérison complète dans un cas de ce genre, a cru devoir en faire part à l’Académie. Il rapporte d’abord le fait avec tous ses détails ; puis il en résume les symptômes et la marche en ces termes, afin d’en démontrer la nature morveuse :
Après un mouvement fébrile accompagné de douleurs très-vives dans la continuité des membres inférieurs, des abcès nombreux paraissent successivement, les uns dans Fépaisseur des muscles, les autres sous la peau; ils sont fluctuants d’emblée, sans engorgement infiammatoire à leur pourtour; quelques-uns restent fistuleux pendant un certain temps ; des douleurs arthritiques tenaces se montrent, puis survient un enchifrènement accompagné de reniflements fréquents et d’expuition de mucosités épaisses et sanguinolentes, venant évidemment des fosses
nasales ; bientôt on découvre sur la cloison une ulcération grisâtre, qui détruit peu à peu la muqueuse, le tissu sous-jacent et met le cartilage à nu. Mais alors cette ulcération, apres s’être étendue en arrière, prend meilleur aspect; des bourgeons charnus végètent à la surface du cartilage, et la réparation se fait en laissant une cicatrice offrant l’aspect particulier des ulcérations morveuses, c’est-à-dire formée par des fibres résistantes, blanchâtres, comme nacrées, bien distinctes les unes des autres, apparence que l’on retrouve d’une manière constante dans les cicatrices de la trachée, trouvées à l’autopsie des sujets morts de la morve chronique.
A ce tableau est-il possible de méconnaître la maladie désignée dans les ouvrages modernes sous le nom de morve farcineuse chronique ? D’ailleurs, si les symptômes ne se rapportaient pas à cette affection, quelle autre maladie pourraient-ils caractériser?
Pour répondre à cette question, l’auteur se livre à une longue discussion. Nous ne pouvons mieux faire que d’emprunter au savant rapport de M. Iî. Bouley le résumé suivant :
« La maladie est-elle une diathèse purulente spontanée? Non, dit » M. Bourdon, car jamais, dans l’infection purulente de l’homme, quelle » que soit sa cause, il n’existe de lésion des fosses nasales.
» Était-ce une des formes de l’ozène ? Non, car dans l’ozène il n’y a » pas de collection purulente comme dans ce cas particulier; la maladie » reste circonscrite aux fosses nasales.
» Était-ce la syphilis? Non, l’ulcération de Bardin n’occupait pas le » siège habituel des maladies syphilitiques ; son haleine nasale était ino- » dore; enfin les abcès de cet homme avaient des dimensions excessives, » hors de toute proportion avec Aeux qui caractérisent la syphilis.
» Était-ce enfin la scrofule? La morve chronique et la scrofule se j> caractérisent, ditM. Bourdon, par des lésions communes, telles que : » abcès sous-cutanés, ulcérations des muqueuses, altérations des os, etc. ; » mais dans leurs caractères physiques, dans leur siège et dans leur » marche, ces lésions présentent de très-notables différences. »
Le rapporteur discute ce diagnostic, et conclut avec l’auteur que le malade dont il a relaté l’histoire était atteint de la morve chronique. Tout, dit-il, tend à le prouver, et son état de santé antérieur, et les circon-
stances dans lesquelles sa maladie s’est déclarée, et les caractères qu’elle a revêtus.
Après avoir parlé du pronostic des affections morveuses en général, et avoir cité quelques faits de guérison, dans lesquels, malheureusement, ïe diagnostic ne paraît pas être suffisamment établi, l’auteur rappelle les traitements qui ont déjà été essayés et celui sous l’influence duquel la guérison du malade est survenue. Les moyens auxquels on a eu recours sont : l’iodure de soufre et les toniques, quinquina en tisane et en potion, vin de Bordeaux, alimentation fortifiante, enfin habitation dans une salle très-fortement ventilée.
18. — Recherches cliniques sur quelques signes propres à caractériser le début de la phthisie pulmonaire.
{Actes de la Société médicale des hôpitaux, 2 e fascicule, 1852.)
Dans ce travail, M. Bourdon commence par établir que les signes physiques, dans la phthisie pulmonaire, peuvent manquer, être insuffisants ou être masqués. M. Louis, dans son remarquable ouvrage, ne eite-t~il pas des exemples de phthisie latente ? Dans ces cas, il ne reste que les signes rationnels et généraux ; encore ceux-ci peuvent-ils exister dans d’autres maladies ou n’être pas assez caractéristiques.
L’auteur a donc cherché à augmenter le nombre des symptômes propres à faire diagnostiquer la phthisie pulmonaire aussi près que possible de son début.
11 avait toujours été frappé de la fréquence de certains phénomènes morbides dans cette maladie et de leur rareté dans les autres affections de la poitrine, et notamment dans la bronchite chronique, qu’il est souvent si difficile de distinguer de la phthisie, de l’avis même de Laennec. M. Bourdon en a fait une étude spéciale, il a cherché à établir leur valeur séméiologique, d’après des faits nombreux (157 observations de phthisie et 63 de bronchite chronique), tous recueillis par lui, et il est arrivé à se convaincre que ces symptômes pouvaient non-seulement être utiles au diagnostic de la phthisie, mais qu’ils pouvaient encore rendre des ser-
vices, en appelant l’attention des médecins vers cette affection, lorsqu’ils viendraient à apparaître dans le cours d’une autre maladie, telle que la chlorose, la rougeole, la fièvre typhoïde.
Ces symptômes se rapportant à plusieurs organes, l’auteur du mémoire les étudie dans des chapitres séparés. On peut les résumer en disant que, du côté de l’estomac, c’est la dyspepsie, la douleur épigastrique et les vomissements pendant la toux ; du côté du foie, l’augmentation de volume (hypertrophie ou dégénérescence graisseuse) et la sensibilité exagérée; enfin, du côté de la paroi thoracique, la douleur déterminée par la percussion, phénomène morbide que notre très-regretté collègue M. Beau a expliqué plus tard par la névrite intercostale.