CHAPITRE SECOND
Récompenses nnivei'sitaires accordées à l’Auteur du Mémoire par diverses Académies ou Sociétés savantes.
1884. — Prix Démarquai/ : 500 francs «-). — Mémoire couronné par la Société de Chirurgie de Paris et ayant pour titre: a Etiologie de l'Erysipèle ». — (Montpellier:
(i) Le Prix Démarqua/, fondé par l’habile chirurgien, dont il a pris le nom, en y ajoutant les prénoms familiaux de Jean, Nicolas, fût légué à la Société de Chirurgie, comme suite du don Biennal de io.ooo francs, qui luiavait été fait. Son sujet doit être indiqué 2 ans à l’avance et les membres titulaires seuls sont exclus du concours.
Coulet Camille, libraire-éditeur. — Paris : Delahaÿe et Lecrosnier 1884;. — Le susdit Mémoire porte comme Epigraphe , les paroles suivantes:
« Remonter aux causes du mal quel qu'il soit, c'est se mettre sur la voie où l’on peut rencontrer le remède ». — Nous reproduisons ci-dessous, textuellement, les quelques lignes qui en constituent 1 'Aoant-Propos\ elles nous semblent de nature à donner une idée plus exacte et plus complète du Mémoire lui-même.
« Si l’on s’est efforcé, dans tous les temps, y est-il dit, de rechercher les conditions diverses, les circonstances particulières, sous l’influence desquelles pouvait naître « l Erysipèle », il n’en est pas moins vrai d’ajouter que cette question de Genèse si importante, puisque d’elle seule dépend le choix des moyens prophylactiques à employer fructueusement contre la maladie, s’est enrichie de no's jours de données capitales et fécondes en résultats. Grâce à elles, l’Etiologie de l’Affection Erysipélateuse, se présente sous un aspect nouveau, et ces notions pathôgéniques ont merveilleusement éclairé l’Etude des Préservatifs à mettre en usage, dans les services hospitaliers où, plus que partout ailleurs, se trouvent réunies les sources infectieuses,susceptibles de donner naissance à l’Erysipèle,en même temps qu’elles ont mis en évidence les connexions intimes qui le relient à d’autres affections, telles que : « La Fièvre Puerpérale, la Diphtérie, l’Infection Purulente, etc. »
Suit un aperçu historique bien exposé sur Pcc Etiologie de l'Erysipèle », où les causes de la maladie sont judicieusement divisées en « prédisposantes et occasionnelles ». Les unes et les autres révèlent les tendances dogmatiques de l'époque, où vécurent leurs auteurs. Les premières revêtent une importance manifestement plus grande que les secondes, puisque celles-ci échappent parfois complètement à l’attention des observateurs les plus sagaces. Cette division, néanmoins, toute simple qu'elle est, autorise d’ailleurs à exposer avec ordre les diverses considérations relatives à une Etiologie, devenue si intéressante à approfondir, depuis surtout que des « connaissances anatomopathologiques » plus précises, ont fait progresser nos idées sur la genèse de cette maladie.
« Quand une maladie a une origine douteuse, une pathogènie incertaine, dit Verneuil G), il faut y revenir souvent et souvent l’étudier... »
fi) Bull, etMém, delà Soc. de Chirurg. de Paris. Nouvelle série. Tome VIII. Séance du 1 er février 1884. Prix de la Soc. de Chirurg. T. XV.
L'Etude sur l’Etiologie de VErysipèle, forme une brochure de 90 pages, extraite du Montpellier-Médical (1884). Présentée par son auteur, à la Société de Chirurgie, pour le Concours du Prix Demarquay, elle avait été couronnée par cette dernière, cette année même.
L’Aperçu historique, que nous aoons signalé plus haut, comme servant d’entrée en matières à cet opuscule, met, tour à tour en scène, sous les yeux du lecteur, l’état des esprits sur la question qui nous occupe à l’heure actuelle. Il se poursuit ensuite, de la sorte, à travers les siècles, en retraçant, chemin faisant, les Phases successives de l’Histoire Médicale, qui intéresse chacun d’entr’eux, pour arriver jusqu’à nos jours, où ce résumé se termine par ces quelques mots :« Nous mentionnerons, dans le cours de ce Mémoire, les écrits aussi nombreux qu’intéressants, dont notre siècle peut, à juste titre, se glorifier. »
Les causes prédisposantes de l’Affection Erysipélateuse, comprennent elles-mêmes une longue série ae chapitres, ainsi intitulés :
ChapiU
Ukavitrt .. . -,
Érysipèles Antérieurs ; Etats Pathologiques Divers ; Constitution ; Tempérament — Chapitre V: Influences Atmosphériques ; Saisons ; Constitutions Médicales. — Chapitre VI: De l’Infection : P Rôle de
Constitutions Médicales. — Chapiti ------ , .
l’Infection dans l’Etiologie de l’Erysipèle; 2° De l Erysipèle dan. ses Rapports avec la Fièvre Puerpérale, la Dysenterie, la Diphtérie, la Pourriture d’Hôpital, etc. — Chapitre VII : De la Contagion : P La Doctrine de la Contagion à l’Etranger 3° L’” ' J "
Contagio
... , 2° La Doctrine de la
France ; 3" L’Erysipèle est-il réellement contagieux ?
Les causes occasionnelles ne sont pas faciles à distinguer ; l’auteur du Mémoire ne les mentionne, du reste, que dans le but d’être complet. La plupart d’entr’elles, d’ailleurs, donnent plulôt naissance à un Erythème qu’à un Erysipèle proprement dit. — Un Index Bibliographique, se terminant à l’époque même où a paru cette Elude, en indique la fin.— Tous les points importants de YEtiologie de l'Erysipèle U, dit le docteur Marchand, dans son Rapport sur les Mémoires Présentés pour le Concours du Prix Demarquay, sont abordés ici. Tous les chapitres que je vous ai signalés, ajoute le même auteur, sont appuyés sur un très grand
(i) Voy, Marchand, Etiologie de L’Erysipèle. Dull. et Mém. de la Soc. de Chirurgie de Paris. T. X. n° i.
nombre de documents, bien choisis et cités à propos... Je me rallie donc, continue le docteur Marchand\ a 1 opinion du travail fait par MM. Verneuil et Le Fort, que le bon choix et l’abondance des sources, impriment a tout le Mémoire, un cachet d’érudition de bon aloi. Il est de plus aussi simplement et sagement écrit, que clairement conçu, et nous savons tous, que ce n'est point là un mince mérite. »
Le docteur Bouillet (J.) range décidément l’Erysipèle, au nombre des maladies infectieusesde cause spécifique. Cette cause spécifique n’est probablement autre que l'introduction dans l’organisme d'un microbe, entrevu par I.utzanski , étudié par Dupeyrat, Tillmann, cultivé, inoculé par Fehleisen. Ici quelques réticences cependant lui sont suggérées par les formes purement médicales qu'il ne peut se décider à repousser complètement. Mais si l’infectiosite lui est tout à fait démontrée par la multiplicité des lésions, l’épidémicité, la contagiosité, certaines conditions défavorables d’aération, de propreté, de lumière ; la décomposition des matières végétales et animales, le système défectueux des vidanges, l’ameublement, etc., sont constates souvent comme causes premières des épidémies d’Erysipeles.
Toutes ces conditions diverses peuvent en somme, n’être considérées que comme secondaires; ce sont elles qui effectuent les détériorations organiques, nécessaires a la végétation microbienne, mais elles ne sont par elles-memes que ces causes banales, invoquées pour expliquer la plupart des épidémies infectieuses, incapables d’en rendre compte, sans la présence du principe contagieux spécifique, miasme ou ferment organisé.
Il est vrai que nous nous trouvons ici en présence des Erysipèles dits spontanés ou de cause interne et qu’il est difficile de repousser complètement. Les particularités sumptômatologiques de certains Erysipèles, leur récidive, survenant à intervalles réguliers et périodiques, chez certains individus, leur coexistence chez d’autres, avec des phénomènes physiologiques (menstruation, ménopause), ont conduit quelques auteurs à admettre une certaine spontanéité organique, une sorte de prédisposition , ou mieux de maladie latente, dont les poussées Erysipélateuses, seraient des manifestations extérieures.. .
Que faut-il décidément retenir de cette Doctrine de la spontanéité ? Est-elle autre chose qu’une prédisposition spéciale, une aptitude organique à recevoir le contage, sur-
vivant aux manifestations de l’Erysipèle; ou bien ne sontce point ces manifestations elles-mêmes qui inculqueraient à l’économie ses propriétés réceptives? Il convient de ne pas trop s’aventurer sur un terrain aussi glissant et c’est ce qu'a sagement fait l’auteur du Mémoire...
L'origine infectieuse et parasitaire étant admise pour le plus grand nombre des cas, la doctrine de La contagion en découlait naturellement. L’auieur reste sur ce point absolu ment convaincu; il admet nettement la contagiosité de l'Erysipèle. Il a groupé très-habilement les exemples sur lesquels repose cette doctrine, et les fait suivre d’une dis cussion serrée...
Un chapitre important est consacré à l’exposition des Rapports si souvent signalés, qui existent entre l’Erysipèle, là Fièore puerpérale. l’Infection purulente, la Dysenterie, la Diphtérie, la Pourriture d’hôpital, etc... Il est impossible de méconnaître les rapports qui unissent Y Erysipèle. à ces diverses affections, mais l'auteur se garde avec raison d’affirmer l’identité de la cause spécifique de chacune de ces maladies...
Effets de l’alcoolisme, au point de vue matériel et psychique, tant sur l’individu que sur sa descendance. — (Je Mémoire, resté inédit jusqu’à l’heure actuelle, a été présenté à l’Académie de Médecine de Belgique (1), en réponse à la question, mise au Concours par cette Compagnie savante. Il valut à son auteur une Mention honorable.
1886. — Une Etude sur la gangrène des membres, considérée au triple point de vue de son Etiologie, de sa Pathogénie et de son traitement chirurgical, parut en 1886, comme le second Mémoire du Docteur Bouillet (de Béziers', couronné parla Société de Chirurgie de Paris. Si l’auteur, dans un premier travail, avait tenu d’abord, à concourir pour le Prix Demarquay et s’il était sorti victorieux de la lutte, dans son Etude remarquable sur l’Etiologie de l’Erysipèle {Paris, 1884), il n’hésita point, deux ans plus tard (1886), à affronter une seconde fois, la lice de la même Société savante, et conquit alors le Prix Gerdy, pour son Mémoire, écrit en 1886.‘dont nous nous bornons à reproduire VAvant-propos ci-dessous, renvoyant le lecteur, désireux d’en avoir une connaissance plus étendue, aux sources' mêmes où il a été puisé... (Voir Montpellier, Camille Goulet, et Paris, Delahaye et Lecrosnier 1887) :
(i) Voir: Le Procès-Verbal delà Séance du 26 Avril 1884, de l’Académie Royale de Médecine de Belgique.
« Avant-Propos. — Considérée sous le triple rapport de 1’ Etiologie, de la Pathogènie et du traitement, la Gangrène des Membres Offre, au point de vue chirurgical, un sujet d’études à la fois complexe et rempli d’intérêt. Pour s’en convaincre, ne suffit-il point de jeter les yeux sur les causes si nombreuses et si variées que les auteurs de tous les temps ont unanimement reconnues à l’affection qui nous occupe, et la diversité de ces causes n’implique-t-eile pas à son tour des catégories à établir, dans le traitement, si l’on veut, comme de juste, subordonner l’intervention aux chances du succès ? — Mais n’est-il pas vrai d’ajouter encore, que l’on éprouve également une satisfaction légitime et réelle,en soumettant au contrôle vivificateur de l’expérience et de la raison, les conditions divei ses, réputées susceptibles d’engendrer la Gangrène, dans le but d’élucider la part d’influence qui revient à chacune d’entr’elles, à propos du mécanisme, suivant lequel elles agissent, et de donner en même temps une interprétation nette et précise, du rôle qu’elles sont appelées à jouer, dans le développement de la maladie. Loin de se montrer d’ailleurs, curieuse et attrayante, une pareille étude est surtout instructive. — Remonter aux causes du mal, c’est embrasser la meilleure voie pour arriver à un traitement rationnel ; la suite de ce travail nous fournira, espérons-le, une confirmation nouvelle de cette vérité, que l’on s’accorde à envisager de nos jours, comme un véritable axiome en Pathologie générale... »
Revenons légèrement sur nos pas, dans la Reoue Analytique, à laquelle nous nous livrons en ce moment et cela, dans le seul but, d’une plus grande lucidité du sujet luimême et d’une succession plus naturelle et plus correcte encore, si possible, des développements à la fois divers et variés, que comporte celui-ci. Cette digression momentanée est d’ailleurs facile à saisir et sa compréhension entière nécessite seulement quelques instants d’attention bénévole et soutenue ; je m’explique :
En adoptant d’abord, si je ne m’abuse, l’ordre chronologique, comme le plus simple et le plus capable aussi de faciliter, dans le genre d’idées qui nous occupe, à cette heure, l’explication entière des phénomènes complexes d’ordre biologique et scientifique à la fois, à laquelle nous ne saurions nous dérober, sans porter une atteinte grave et profonde à des lois immuables et solidement établies,
nous ne pouvons nous soustraire non plus, à l’exposition claire et nette de faits intéressants à divers points de vue, d’ordre hygide ou morbide, sans recourir, pour leur plus intégrale manifestation, après des digressions legeres et de peu d’importance, à une direction correcte et dune droiture soutenue, dans la voie directe, dont on ne peut
dévier, même d’une façon très légère, sans faillir quelque
peu à la tâche, toute de droiture et d’honneur, dont nous ne nous sommes jamais départi au préalable et qui restera notre unique guide jusqu’à la tin. Pour nous faire mieux comprendre dans l’espèce, je choisis un exemple de circonstance actuelle : nous en étions arrivé dans ce succinct apei'çu d’études scientifiques variées et successives, qui ont valu à l’auteur de précieuses récompenses de la part des divers corps savants à l’année 1886, en mentionnant ici-même le prix Gerdy, d’une valeur de 1.000 francs, qui fut octroyé cette année-là, au docteur Bouillet (de Béziers), pour son Mémoire, cité plus haut et ayant pour titre, ainsi que nous avons déjà eu 1 occasion de le dire : « Etude sur la Gangrène des membres, considérée au point de oue de l'Etiologie , de la Pathogénie et du traitement chirurgical (O », et si, dans cette courte revue, nous nous étions cru autorisé à une légère anticipation de date, en intercalant immédiatement un travail de l’importance de celui, auquel nous venons de faire allusion ici même toutâ, rheure, et nous reportant ensuite à l’année 1886, c’était à seule fin de ne point séparer, même en passant, deux Mémoires, auxquels la Société de Chirurgie de Paris avait cru devoir concéder, à deux ans aussi d’intervalle (prix Demarquay, 1884, et prix Gerdy, 1886), ses plus hautes récompenses. C’est donc là l’unique motif qui nous a
(i) Docteur Bouillet (de Béziers). De la gangrène
au point de vue de l’Etiologie, de la Pathogemeet
(prix Gerdy, 1886). - Voir Montpellier,.Camille Grand’Rue 5, et Paris, Delahaye et Lecrosmer, 1887,
des membres, considérée du traitement chirurgical Coulet, libraire-éditeur, etc.
conduit à remettre à plus tard l’exposé sommaire d’uni autre travail, couronné, lui, par une Compagnie scientifique', d’ordre plus élevé encore, je veux parler de VAcadémie de Médecine elle-même. L’étude, à laquelle je fais allusion, écrite en 1885, tenait en quelque sorte le milieu par sa date, entre les deux précédentes et avait partant des droits acquis, de priorité chronologique, sur la dernière dentr’elles, si une dérogation bien licite aux lois naturelles, ne nous eût paru légitimée, à ce point de vue, par le désir de rapprocher partout et toujours le bilan scientifique des mêmes Compagnies savantes. « Cuique suum! »
Cela dit, et pour faire mieux connaître encore, le Mémoire consacré à l’Etude de la Gangrène des Membres (1), dont il vient d’être question ci-dessus, après en avoir reproduit l’Avant-Propos , dans son entier, nous ne croyons pouvoir mieux faire que d’en rapporter les conclusions . Les voici d'ailleurs textuelles.
Des diverses considérations relatives au traitement chirurgical de la gangrène des membres, auxquelles nous nous sommes livré dans ces quelques pages, est-il dit dans le présent opuscule, nous nous croyons en droit de tirer équitablement les déductions qui vont suivre:
1. — Le traitement sera préventif ou devra s’attaquer au contraire à la gangrène confirmée.
2. — La prophylaxie chirurgicale de la gangrène des membres comprend un certain nombre de moyens dont on serait, en vérité, répréhensible de négliger l’application rigoureuse.