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VII. DU LANGAGE ET DE SES TROUBLES

Nos. recherches ayant Irait à la psycho-physiologie du langage normal et pathologique s’échelonnent de 2910 à 1924 — date du Rapport intitulé : « Comment étudier LES troubles du LANGAGE ? {171) » que nous avons présenté à Bruxelles au XXVIIΔ^^ Congrès des Médecins Aliénistes et Neurologistes de France e( des Pays de Langue Français se — ou plus exactement à octobre et novembre 1926, date d’un exposé critique fait à la Société de Philosophie de Lyon sur « les Problèmes que pose la psycho-physiologie du langage {172-173) ». Elles nous ont conduit à une conception nouvelle des troubles du langage ainsi qu’à la constatation de quelques faits qui n’avaient'pas été remarqués.

Au lendemain du jour où Charcot synthétisait et résumait la physiologie du langage dans un schéma qui devint aussitôt classique, le schéma de la cloche, on crut édifier sur le roc l’étude des divers troubles du langage. Qu’il s’agisse de l’aphasie, clef de la voûte de l’édifice classique,

coordination articulaire.

Il parait difficile de voir dans le quadrilatère de P. Marie, autre chose qu’une localisation d'attente. En effet, il est toute une série d'affections qui, atteignant le quadrilatère gauche dans l’une de ses parties, rie réalisent nullement le syndrome aphasie motrice dit anarthrie. Il en est ainsi de ramollissements multiples observés chez les pseudo-bulbaires dont les troubles de la parole du type dysarthrique n’ont en réalité aucun rapport avec les précédents. Il en est de même de toute une série d’affections du corps strié récemment étudiées par ■Wilson, Oppenueim, O. et C. VOOT, Souques dans lesquelles les troubles de la parole ont encore un autre aspect. Il resterait donc à spécifier quelles sont les lésions du quadrilatère qui sont susceptibles de réaliser

A) Psycho-physiologie du langage.

Varliculalion et l’écriture sont des habitudes motrices qui échappent à toute direction consciente et que nous^ exécutons machinalement, aveuglément sans les connaître. Les prétendues images motrices articulaires (356) et graphiques ne correspondent à aucune réalité ; ce sont de simples vues de l’esprit que ne légitiment ni l’étude de l’homme normal, ni celle de l’aphasique dit moteur, ni celle de l’halluciné dit verbo-moteur (173).

Mais comment nier la réalité d’images aiiditives et visuelles verbales, si l’on dégage ces notions des acceptions trop complexes qu’on y a attachées? L’image auditive verbale n’est, en somme, que le souvenir de la succession de sons qui constituent le mot, du leit-motiv verbal pourrait-on dire ; l’image visuelle verbale, le souvenir de l’ensemble des signes qui le représentent, ou en d’autres termes de l’hiéroglyphe verbal. C’est de ces deux souvenirs et de ceux-ci seulement qu’est faite la notion du mol.

L'évocation du leit-moliv verbal (image auditive verbale) suifit (pour peu que nous ne les inhibions pas) à déclancher comme une succession de reflexes, la série d'habitudes articulaires correspondant à la série des sons fondamentaux ou phonèmes qui entrent dans la conslitution du mot (358).

B) Dysarthries.

«) Leurs caractères phonétiques.

L'élude des paralysies glosso-labio-Inryngées, des paralysies pseudo-bulbaires, des scléroses en plaques, des syndromes cérébelleux permet de déterminer quels sont les caractères phonétiques des troubles avérés du mécanisme arlioilaire. On ne doit en aucun cas, pour ce faire, s’en référer au paralytique général. La dysarlhrie, chez celui-ci, n’esl pas pure, elle se complique de troubles de la mémoire verbale et de l’atlenlion.

Dans les dysarthries pures {167-168), il n’y a ni interpolation, ni omission, ni répétition de syllabes, ni réduction du vocabulaire, ni déformation des mots. Les troubles de la parole répondent à une véritable constante qui trouve sa raison d’être dans les données et les lois de la phonétique. Un groupe de phonèmes bien déterminé est mal émt&v L’émission est tout particulièrement défectueuse dans les finales des mots et des phrases ou encore lorsque la parole étant rapide, l’articulation est peu poussée.

b) Test des mots d’épreuve.

limer un diagnostic de dysarlhrie. Que conslale-l-on chez le paralytique général ? Des interpolations, omissions, contusions ou répétitions de syllabes (anlilululionnellement, po-

lycien de politique). Elles doivent être mises sur le compte des troubles de l’attention et de la mémoire verbale associés à la dysarlhrie. Les mois d'épreuves, nous l'avons mon-

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Iré (Fig. 41 et 42), sorti d'ailleurs aussi incorreclemenl écrits qu’ils sont mal prononcés. Par contre, le malade les prononce beaucoup mieux en les lisant qu’en les répétant : ce qui montre bien que les erreurs sont en partie liées aux défectuosités de sa mémoire.

Mettons en regard les mots ou les phrases qui, dans les différentes langues, ont été requis pour le diagnostic de paralysie générale :

Anglais : Hird riding Artillerie Brigade » ; « Round the rugged roch the ragged rascal

Allemand: « Dritte rittende Artillerie brigade »; ,, Domodossola ».

Hollandais: ,, Dcrde rydende artillerie briga-

“ de kippen pikken kippevoer ».

Portugais : « Trinta e très artilheroa de arti- Iheria » ; <, Unna brilhante brigada de arti- Iheroe de artilheria ».

Espagnol : Tresmil très cientos treinta y très » (3333) ; B Terier rigimento de artilheria ».

Italien : « Quarta brigata di artiglieria » ;

<( Trecentotrentatre » (333).

Danois : « Dritte ritende artiileribrigade » ;

Serbe : <: Prestolonaslednlko-witza » (régente); B Na vrh brda, vrbra, mrda » (au sommet de la montagne un saule bouge).

Qu’ont-ils de commun, ces mois ou ces phrases ? Ne voit-on pas qu’ils se composent presque tous d’une succession de syllabes assez semblables entre elles pour inciter à la contusion. Ce qu’ils mettent à l’épreuve, c’est l’attention et la mémoire verbale bien plus que l’appareil articulaire.

C'est dans la parole courante ne comportant que l’émission de mots parfaitement connus et souvent employés, et mieux encore dans la lecture à haute uoàr, suivie sur un texte en double la plume à la main, que l’on peut seulement juger s’il y a ou non altération du mécanisme articulaire.

C) Aphasies.

dans l'aphasie dite motrice.

Les troubles de la parole qui caractérisent l’aphasie motrice type Broca et l’aphasie motrice pure (anarlhrie de P. Marie) ne sont, au contraire, que pmwloxes, du point de vue phonélique. Les mêmes plionemes, aisément et correctement prononces dans un mot, ne peuvent plus être prononcés s'il s’agit d’un autre mot, ni même à l’état isolé.

Par un pointage méthodique, après inventaire de tous les mots que peut encore prononcer l’aphasique avant toute rééducation, nous nous sommes souvent rendus compte avec O. Monod qu'aucun phonème ne manque réellement à l'appel, qu'aucun procédé articulaire n'est vraiment pendu ou altéré {153-158-160).

Il ne peut donc être question ni de trouble de coordination articulaire ou anarthrie, ni de perte du souvenir des mouvements articulaires. La formule phonétique de l’aphasie motrice type Broca, comme celle de l’aphasie motrice pure, n’autorise aucune de ces deux hypothèses.

b) L’aphasique dit moteur, type Broca, est empêché de parler parce qu’il ne peut retrouver

le leit-motiv verbal. 11 ne peut écrire parce qu’il ne se représente plus l’hiéroglyphe verbal.

Les apparents paradoxes phonétiques de l'aphasie dite motrice tiennent à ce qu’elle est régie par d'autres lois que celles de ïa phonélique. Du point de vue de la mémoire verbale et du point de vue mnémotechnique, toutes ces particularités redeviennent logiques (171). C’est que l’aphasie n’est qu’amnésie verbale.

Les souvenirs verbaux frappés d’amnésie, quels sont-ils ?

Qu’il s’agisse d’aphasie d’expression dite motrice ou d’aphasie de compréhension dite sensorielle, ce sont toujours les souvenirs auditifs et visuels verbaux qui sont en cause. Mais, tandis que dans l’aphasie dite sensorielle il y a amnésie avec trouble de la reconnaissance, dans l’aphasie d’expression dite motrice, le trouble ne se porte à peu près que sur l'évocation.

L’impossibilité d’évoquer les hiéroglyphes verbaux (images visuelles verbales), détermine l’agraphie. — L'incapacité de les reconnaître, d’en retrouver la signification, détermine la cécité verbale et, par perle du contrôle, la jargonaphasie en écrivant.

L'impossibilité d’entendre les mots dans su tête, d'évoquer tes leil-moliv verbaux (images auditives verbales) détermine l'incapacité de prononcer les mois, dite aphasie motrîcé: — L'impossibilité de les reconnaître déterminé la surdité verbale et, par perte'du contrôle, la jargonaphasie et la paraphasie.

Enlre l’aphasie motrice, type Broca, d’une part, et, d’autre part, l’aphasie amnésique de Pitres ou l’amnésie de l’homme normal, il n’y a cpre des différences de degré. C’est, dans l’un comme dans les autres cas, parce que le mot ne résonne plus dans la tête, que la prononciation en est impossible. S’il ne suffit plus à l’aphasique moteur d’entendre souffler les mots rebelles pour qu’aussitôt il puisse à nouveau les prononcer (ainsi que le tait l’homme normal et même l’aphasique amnésique), c’est parce que le trouble de la mémoire verbale étant ici très marqué, Ips sons entendus et reconnus ont été de nouveau oubliés aussitôt.

L’aphasie motrice pure, dénommée anarthrie par P. Marie et son école, se distingue, on le sait, de l’aphasie motrice type Broca par les deux caractères suivants : l’aphasique moteur pur peut indiquer le nombre de syllabes et de lettres du mot qu’il est incapable de prononcer (signe de Proust-Lichtheim-Dejerine) ; il peut encore l’écrire.

La possibilité pour cet aphasique moteur d’indiquer le nombre de syllables et de lettres des mots avait fait admettre, sans preuve décisive, qu’il y avait, chez lui, intégrité du langage intérieur et de la notion du mot. Elle avait encore conduit P. Maiue et son école à supposer l’existence d’un trouble de la coordination supérieure des actes articulaires dénommé anarthrie.

Aussi nous sommes-nous attachés à déterminer i'a signilicaUon exacte du signe de Proust-Lichtheim-Dejerine (155-159).

Nous avons fait observer que l'homme normal peut assez souvent, lorsqu'il a oublié un mot, indiquer si celui-ci est long ou court. Il peut encore parfois indiquer lui aussi approximativement, voir exactement, combien le dit mol a de syllabes ou de lettres. Pour cette numération, n'ayant pas le mot voulu en tète, il s’en réfère aux autres mots qui sans lui donner satisfaction s’offrent à sa place avec insistance.

Quelques instants après, le mot ayant été retrouvé, il peut constater que son approximation était voisine de la réalité, si non rigoureusement exacte. Ce fait, que nous avons fréquemment vérifié sur nous-mêmes et sur autrui, ne légitime-t-il pas la conclusion suivante? La possibilité d indiquer exactement le nombre de syllabes ou de lettres d'un mol, que l'on est momentanément incapable de prononcer, n'est nullement ta preuve que la nolion du mot demeure alors indemne.

Différent de l’homme normal en phase d’oubli, l'aphasique moleur peut d'ailleurs avoir en tête certains éléments du mot alors que d’autres lui échappent. 11 se pourrait qu’il voie correctement comment le mot s’écrit sans qu’il puisse parvenir à se représenter exactement comme il se prononce. Nous avons attiré l’attention sur la réalité de ces amnésies verbales dissociées dont certains aphasiques moteurs fournissent la preuve.

Au moment même où certains aphasiques dits moteurs te et par suite écrivent ils entendent dans leur tête et par s

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En comptant les lettres et les syllabes des mots qu’il ne peut prononcer l’aphasique moteur pur témoigne seulement de l’intégrité relative de ses souvenirs visuels verbaux, ce dont il témoigne encore par l'écriture. Rien n’autorise à admettre que son langage intérieur soit, de ce chef, indemne, — que la notion du mot demeure normale — et que, par suite, il faille mettre son incapacité de parler sur le compte d’un trouble de la coordination articulaire d’une anarlhrie supposée.

La transformation fréqueiite de l’apbasique type Broca en aphasique moteur pur — l’existence de cas intermédiaires s’apparentant à l’un et à l’autre (telle cette observation publiée avec P. Mazei. {151 et Fig. 43) où il y avait coexistence du signe de Licbtbeim- Dejerine et d’une parapbasie en écrivant mettant hors de discussion la réalité des troubles du langage intérieur et de la notion des mots) — et enfin les troubles discrets et latents de l’écriture constatés chez l’aphasique moteur pur, — tous ces faits incitent à admettre que cet aphasique moteur pur est bien tout comme 1 aphasique moteur type Broca atteint d’amnésie verbale. L’intégrité relative chez l’aphasique moteur pur de certaines (onctions verbales lient à ce qu’il s’agit d’amnésie verbale dissociée. Il voit le mot dans son esprit, et c’est pourquoi il peut l’écrire ou en compter lettres ou syllabes, — mais il ne t'entend plus dans sa tête, et c’est pourquoi il ne peut lé prononcer. Des deux éléments qui constituent la notion du mot, il n’en a plus qu’un à sa disposition. Le seul qui soit susceptible de déclancher les réflexes articulaires, lui fait défaut.

Cette conception de l’aphasie motrice pure — en tous points originale — diffère à la fois de la conception de Dejerine et do celle de P. Marie.

d) L’aphasique dit moteur peut être rééduqué par l’oreille sans aucun enseignement moteur, sans aucune démonstration articulaire.

Dans la méthode de rééducation de l’aphasique moteur que nous avons imaginée et préconisée avec O. Monod et que nous avons opposée à la méthode dite pédagogique seule jusquc-lù employée (elle s’inspirait, on le sait, des procédés utilisés par les éducateurs de sourds-muets), U n’esl plus question du rappel de procédés articulaires, qui, en réalité, ne ^ont pas perdus. Celui qui se propose de rééduquer un aphasique moteur doit, au contraire.

D) Dysphasies.

mêmes sur lesquels achoppe le bègue, il s’agil d’une ditfimalaisée à vaincre, mais non d’une émission indistincte, î) diffère également de celle des aphasies el de celle des , en effet, chez le bègue, d’un spasme (ou d’un état de cons’opposer au fonctionnement, par ailleurs normal, du méjuement lorsque les phonèmes incriminés sont bien en vue,

, que le bègue achoppe et reste, pourrait-on dire, accroché, par les troubles moteurs qui s’associent au bégaiement, ■ornes striés, ainsi que l’ont établi II. Meice, Babinski, de lysphasie striée, il faut maintenir la dysphasie néuiopa obsession et phobie articulaire portant sur ta prononciation

Hallucinations verbales.

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