II. NERFS PERIPHERIQUES
Ayant rédigé dans le Traité de Pathologie Médicale et de Thérapeutique appliquée l’article « Paralysie des Nerfs Moteurs » (35) et dans lé Nouveau Traité de Médecine l’article (sous presse) « Pathologie des Nerfs Crâniens » (3d), nous avons lait un exposé aussi physiologique que possible de la symptomatologie des dites paralysies.
Mais un tel exposé bien qu’en partie original ne vaut que par le détail ; il ne se prête pas au résumé.
Nous nous bornerons à rappeler que, dans ses Conférences médicales pratiques (S" série, p. 203- 206), L. Bamond a fait plusieurs emprunts aux symptômes de la paralysie radiale sur lesquels
Dans le « Handiuch der Inneren Mediiin » (Berlin, 1925, Otto Veraouth, de Zurich, qui a rédigé l’article « Die Brkrankungen der peripheren Nerven » s’en réfère aussi à nos travaux (pp. 888, 1013 et 1017), tant pour la paralysie radiale que pour les paralysies du cubital et du médian.
A) Tests objectifs.
Nous avons tenté avec Cii. Gardère (20-24-27) de dégager les règles auxquelles doit se plier un examen méthodique des paralysies périphériques, seul susceptible de
mettre le'clinicien à l’abri’de l'erreur. .
H suffit'dé constater qu'un ou plusieurs des mUscles appartenant au territoire 'du nerf incriminé ne fouent plus leur rôle dans des synergiés musculaires auxquelles à l’état normal ils concourent nécessairement, pour être en droit d'affirmer, sans le secours de l’électro-diagnostic, que leur paralysie est certaine.
La valeur des renseignements ainsi recueillis ne peut être mise en doute car la volonté est impuissante à modifier le jeu des synergies musculaires.
PÉRIPHÉRIQÜES ET TESTS OBJE
— Si¬
tes sujets atteints de radicnlites, d'atrophies musculaires localisées, de troubles pliysiopathiques et, cela va sans dire, aussi chez de nombreux normaux. C’est ce que, dès le début de nos recher-
Voici brièvement caractérisés, les signes objectifs que nous avons tait connaître.
i”) MEMBRE SUPÉRIEUR.
a) Signe du Journal (17-18-27).
Lorsqu'on demande à un sujet, atteint de paralysie cubitale, de saisir des deux mains un journal et de tirer avec force, en exerçant une traction divergente, on constate que le pouce du côté sain reste plaqué contre le journal, tandis que du côté malade il s'arc-boute et s'éverse (PI. IV, fig. 13).
Mais, pour être en droit de dire que le signe du journal est positif, il ne suffit pas de conslale.r que la prise se fait pouce fléchi, il faut encore, d’une part que celle-ci soit énergique, et d’autre part que le premier espace inlerosseux ne se gonfle pas pendant cet acte.
C’est un témoin, on ne peut plus fidèle, de la paralysie de l’adducteur du pouce et, par suite, un excellent signe de paralysie cubitale. 11 est d’autant plus nécessaire d'y recourir que la paralysie de ce muscle n’empêche nullement l’adduction du pouce tout en portant un grand préjudice aux actes de préhension.
Ce signe, sur lequel nous avons attiré l'attention, fait maintenant partie de la sémiologie classidue. Etudié par P. Descouts (La valeur cliniqur et pronostique du signe dé Froment dans les paralysies du nerf cubital. Soc. de Neur., 3 mai 1917, p. 270, — il a été en particulier adopté par Tinel (Les Blessures des nerfs, 1916, p. 144), — Mme Athanasio-Bemstï (Formes cliniques des Lésions des Nerfs, Paris, Masson, 1916), — Lew-Valensi (Diagnostic Neurologique, Paris, Baillère, 1925, p. 443), — Testut et PITRES (Les nerfs en schéma. Paris, Doin, 1925, p, 367), — Otto-Veracuth (Handburch der Inneren Medisin : die Erkranlcungen der Peripheren Nerven, Berlin, 1925, p. 888).
b) Signe de la poignée de main (24-25-27).
L’absence, dans la paralysie radiale, de la saillie (normale pendant cet acte) du tendon du 2" radial externe, en décèle la paralysie (PL V, fig. 16).
c) Signe de l’écartement des doigts (24-25-27).
La main étant posée à plat sur une table, l’écartement des doigts ne provoque plus dans la paralysie radiale, ainsi que normalement, t’apparition du gril des tendons extenseurs des doigts et décèle ainsi la paralysie de ces muscles (PI. V, fig. 17).
[ATIQUE
i) Signe du plaionnement (28).
Ce signe permet de décèler des parésies faciales périphériques que le signe de Ch. Bell (l’occlusion simple des yeux) ne met pas en évidence. Il est particulièrement précieux dans ces cas de tumeurs cérébrales de l’angle ponto-cérebelleux qui, pendant longtemps ne s’accompagnent que de parésies faciales légères.
Voici en quoi il consiste. On demande au malade de porter d’ahord les yeux au plafond, puis de fermer les paupières en continuant de maintenir tes yeux dans cette même direction.
Cette double manœuvre souligne les plus légères déficiences de l’orbiculaire des paupières. Du côté malade, l’occlusion manifestement laborieuse, relarde et tient mal, les paupières restent entrebâillées. (PI. VII, flg. 19).
B) La préhension et ses troubles.
A-l-on vraiment achevé l’examen d’une main, tant que l’on n’a pas déterminé, dans quelle mesure exacte, le trouble observé va ou non perturber cet acte primordial qu’est la préhension (2I-Î5) ?
Pour se mettre en mesure de le reconnaître, il fallait d’abord, comblant une lacune, déterminer quels sont les types normaux de prise et quel en est le mécanisme physiologique. C’est ce que nous avons cherché à faire avec le Professeur •Latariet. La préhension a été étudiée (sous notre direction, par notre élève Tuarieux qui y a consacré sa thèse) non pas in abstracto mais bien à l'atelier.
La paralysie du cubital, en paralysant l’adducteur, rend impossible toute une série de modes de préhension à la fois énergiques et précis (Fig. 21). C’est plus encore l’impotence de l’adducteur que la griffe qui entrave l’exécution des actes professionnels.
L’adducteur applique fortement le pouce (dernière phalange étendue) contre la, face externe de l’index (s’il est replié) ou contre celle du médius (s’il est redressé). D’où 2 types de prise : la prise du journal dont on peut rapprocher la prise des rennes et du tranchet — et la prise du couteau ou du tournevis. Si l’on y joint la prise de l'aiguille (lorsque le fil résiste), mode de prise qui pour le pouce doit être rapproché du premier, on a les principales prises qui dépendent de l’adducteur du pouce (Fig. 21).
La paralysie du médian perturbe plus profondément encore les actes de préhension en frappant les fléchisseurs de l’index et du pouce, la sensibilité des trois premiers doigts, ainsi que les muscles de l’opposition, le court abducteur et le court fléchisseur. Les caractères morphologiques normaux de l’opposition due à l’un ou à l’autre de ces deux muscles, les caractères morphologiques qui décèlent leur impotence et enfin ceux de l’opposition que l’on peut alors obtenir artificiellement par prothèse, ont été mis en regard dans la Planche VIII (J5).
La paralysie du médian empêche en particulier la réalisation de tous les actes
lysies radiales (34), l’aulre sur les Appareils de prothèse fonctionnelle pour blessés des nerfs (35).
Nous n’en résumerons pas ici les conclusions, nous bornanl à menlionner les 2 appareils suivants que nous avons imaginés pour remédier — d’une part aux troubles de la préhension des paralysies du médian — d’autre part aux troubles de la préhension des paralysies radiales.
Le BRACELET OPPOSANT, (31-32) qui permet de remédier à l’impotence des muscles de l’opposition dans la paralysie du médian, a rendu aux blessés les plus grands services, j
surtout dans les cas de lésions basses du médian avec intégrité des fléchisseurs. 11 cor- ,
rige, en partie, les troubles de l’opposition (PI. Vni)et ceux de la préhension (PI. IX, fig.
24 à 29). Il a un autre mérite, c’est d’être aussi peu encombrant que possible, ce qui n’était pas le cas du gantelet de l’opposant et du court abducteur de Duchenne de Bon- |
L’appareil pour paralysie radiale (33) que nous avons également mis au point est un appareil à traction muni de crans d’arrêt ou butoirs. Ceux-ci empêchent la main do capoter dans les efforts de préhension énergique et la fixent en extension, c’est-à-dire dans l’attitude optimum pour prendre (PI. IX, fig. 31).
Nous avons à ce propos montré que seule l’épreuve de force permettait de juger de la valeur réelle d’un appareil de prothèse pour paralysie radiale. Tous les appareils qui n'empêchent pas la main de capoter — dès lors inefficaces en cours d'aclo — doivent être en quelque sorte disqualifiés (PI. IX, fig. 30).
En règle générale, la prothèse permet plus ou moins de corriger les troubles qui résultent de la paralysie des muscles d’attitude c’est-à-dire de ceux qui, ouvrant la main, préparent la prise (extenseurs, abducteurs et muscles de l’opposiiion). Mais elle est impuissante à remédier à la paralysie des muscles de force (fléchisseurs et adducteur du pouce) dont dépend la fermeté de la prise et qui font, pourrait-on dire, mordre la pince.