III, TROUBLES NERVEUX D’ORDRE RÉFLEXE
(SYNDROME PHYSIOPATHIQUE)
Dès le début de la guerre, on se trouva, en deçà comme au delà du Rhin, en présence de parésies et de contractures cantonnées aux membres blessés, qui ne pouvaient pas être expliquées par l’atteinte des troncs nerveux et qui, cependant, avaient figure d’accidents organiques.
Ne s’agissait-il pas de troubles nerveux d’ordre réflexe ? Telle est la question qui fut simultanément posée en France, par Babinski et par nous {39-4Ô), en Allemagne, par Op- PENHEiM. A nous comme à lui, s’imposait le rapprochement des faits anciens, si bien décrits par Charcot et Vulpian {mais, depuis, un peu trop tombés dans l’oubli), et de ces accidents nerveux étranges dont l’apparition surprit les neurologistes de France et d’Allemagne.
Essayons de faire le bilan de ce qu’apportèrent ces travaux de neurologie de guerre.
Non seulement les descriptions de Charcot et Vulpian ont été confirmées, mais plus de précision fut apportée à l’étude des symptômes qu’ils avaient notés.
Les mensurations nous permirent de mettre en évidence de grosses asymétries thermiques (43) {que retrouvèrent A. Souques comme Oppenheim).
les oscillations artérielles, mesurées au Pachon, comparativement au membre sain et au membre malade, après bain chaud ou bain froid, décelèrent une perturbation marquée de la régulation vaso-motrice du membre blessé {48).
Nous avons encore (42-37) attiré l’attention sur d’autres perturbations qui paraissaient plus ou moins liées aux précédentes:— l’abolition du réflexe cutané plantaire réapparaissant après bain chaud (45)— la surexcilabilité mécanique et électrique des muscles et des nerfs avec lenteur de la secousse musculaire (41). Les tracés que nous avons pris avec Babinski et Hallion (47) mirent en évidence ce fait singulier ; les muscles parésiés présentaient, sous l’action du refroidissement, une contraction tout à la fois plus lente et d'amplitude considérablement augmentée.
D’autres perturbations (42-37), ayant un cachet non moins organique, ont été encore soulignées par BaWnski et nous, telles ces hypotonies extrêmes plus marquées parfois que celles observées chez les sujets atteints de lésions des troncs nerveux, et ces rétractions tendineuses si accusées et si précoces s’accoinpagnaut de déformations inimitables des membres.
Mais l’acquisition la plus importante a été la constatation des effets produits par la narcose chloroformique sur de tels troubles. Nous avons montré les premiers avec B.vbwski (38-39) que les conlraclures réflexes persistaient jusqu'à une phase avancée de la narcose — que les réflexes tendineux du membre blessé étaient plus longs à disparaître^ plus prompts à reparaître — que, parfois, au moment même où tous les autres réflexes s’étaient depuis longtemps éteints, ils s'exaltaient au contraire.
N’était-ce pas la preuve patente d'une perturbation physique des centres réflexes correspondant au membre blessé ?
Ce fait, joint aux autres variétés de perturbations physiologiques sus-mentionnées, ne justifiait-il pas amplement la dénomination de troubles n physiopathiques » que nous avions proposée pour désigner cette catégorie de troubles, longuement étudiés et opposés aux troubles psychopathiques, dans le livre intitulé Hystérie-Pithiatisme et Troubles nerveux d'ordre réflexe que nous avons publié avec Bablnski (37).
Nous voulions simplement marquer par là — que ni 1 hysterie, ni aucun autre état psychopathique, ne pouvait produire cette catégorie de troubles, — que, tout en traduisant une perturbation physique et matérielle du système nerveux, ces phénomènes ne semblaient pas correspondre à une lésion nerveuse, susceptible d’être décelée par les moyens d’investigation dont nous disposions.