Sur 3 cas de troubles psychiques post-opératoires
(Société de Chirurgie, 1902. — Rapport.)
J’analyse dans ce rapport trois observations de prétendues psychoses post-opératoires adressées à la Société de Chirurgie par M. Marcopoulos, de Constantinople. J’en fais la critique à l’aide des acquisuions récentes faites sur la question.
5 — Note sur la neTirasthénie post-opératoire.
(Recueil des Travaux, 2*volume. En collaboration avec le D' Dagonet.)
A côté des psychoses post-opératoires proprement dites, j’étudie un groupe intéressant d’accidents sous la dénomination de neurasthénie postopératoire.
Elle est d’une fréquence réelle. En l’espace de cinq ans nous en avons observé avec M. Dagonet, à la consultation de Sainte-Anne, 67 cas chez des malades opérés dans les hôpitaux. Sur les 67 cas, 31 de neurasthénie pure et 8 cas de neurasthénie associée à d’autres troubles.
Ce travail comprend le résumé des 31 cas.
Plusieurs de ces observations restent incomplètes pour des raisons que nous avons indiquées mais elles présentent néanmoins un intérêt qu’on ne saurait contester, car chez tous les malades nous retrouvons un ou plusieurs des symptômes sur lesquelsBeard a insisté, en 1880, dans son mémoire (céphalie, insomnie, asthénie psycho-motrice). Or, s’agit-il d’une neurasthénie créée par l’opération ou d’une neurasthénie antérieure el aggravée momentanément par l’opération?
S’agit-il, en un mol, d’une neurasthénie essentielle ou héréditaire?
La question est délicate à trancher, tous les malades affirment que les troubles datent de l’opération, mais il y a lieu d’émettre li cet égard les les plus grandes réserves.
Dans la deuxième partie de ce travail nous donnons le résumé de 15 cas de psychoses post-opératoires dont 8 ont débuté par un état neurasthénique. Ce sont les formes associées dans lesquelles on constate les signes de Beard auxquels viennent se joindre les symptômes variés de la psychose post-opératoire.
(3 cas d’hypocondrie, 3 états mélancoliques dont un associé à l’hystérie, un accès maniaque.)
J’insiste sur la filiation naturelle qui conduit de la neurasthénie à la psychose véritable et, par conséquent, le passage de la neurasthénie à l’aliénation mentale proprement dite. Dans certains cas, en effet, la
psychose peut être l’aboutissant de la neurasthénie (2* forme, forme héréditaire) et constituer un nouveau groupe qu’on pourrait appeler psychoses post-opératoires secondaires.
6, — Nouvelle contribution à l'étude des psychoses post-opératoires.
(Archives de neurologie, 1905. En collaboration avec le D' Briand.)
Dans cette - nouvelle étude sur les psychoses post-opératoires, nous avons voulu montrer le chemin parcouru depuis la discussion de 1898, fixer les points définitivement établis, discuter ceux qui sont restés en litige et mettre en lumière certains faits nouveaux à l’aide des documents personnels que nous avons pu recueillir au cours de ces dernières années. Il restera enfin à montrer, en élargissant le problème, quel intérêt il y a pour l’aliéniste et le chirurgien à bien connaître les psychoses post-opératoires.
Ce travail est basé sur 9 opérations.
Les conclusions sont les suivantes :
1“ Sous la dénomination de psychose post-opératoire on ne doit comprendre dans la pratique que les troubles qui se produisent dans la sphère de l’idéation. Cette définition est indispensable pour séparer de ce groupe d’autres manifestations avec lesquelles les psychoses ont été abusivement confondues.
La neurasthénie post-opératoire doit en être rigoureusement séparéè et constituer un chapitre à part ; elle ne présente d’intérêt que comme élément pathogénique possible des psychoses.
2" Dans ce groupe ainsi défini on doit écarter les délires d’intoxication ou en former un chapitre à part ; si au point de vue nosologique pur le rapprochement peut être soutenu, il ne saurait en être de même dans la pratique.
La réunion de ces deux variétés de psychose vient obscurcir la question au point de vue de la prophylaxie, de la symptomatologie, du pronostic et du traitement.
Les délires infectieux sont des délires transitoires qui doivent guérir à l’hôpital spontanément ou après une intervention chirurgicale. Les envoyer à l’asile, comme on le fait malheureusement trop souvent, c’est leur imposer une séquestration inutile ou les éloigner du milieu chirurgical oh ils peuvent guérir. Les vrais délires post-opératoires au contraire sont des délires permanents qui ne peuvent être traités qu’à l’asile.
La pathogénie de ces délires varie dans les deux groupes. Dans le premier, le délire est, ainsi que nous venons de le dire, exclusivement sous la dépendance de l’infection et peut guérir par la suppression du foyer. Le cerveau peut, comme certains aliénistes l’ont soutenu, ne présenter dans ce cas aucune prédisposition héréditaire ou acquise. Dans le deuxième, cette prédisposition constitue la principale cause efficiente (Magnan et Truelle).
Si dans certains cas, comme nous l’avons montré dans un précédent mémoire (Picqué et Dagonet, 2* volume), la psychose peut se greffer sur un état neurasthénique, elle reste, même dans ce cas, tributaire de la mentalité des prédisposés.
La symptomatologie est très variable et dépend surtout de Tàge du malade, des antécédents héréditaires, du degré de la prédisposition, de la forme des troubles mentaux présentés antérieurement par les malades, enfin de la nature de l’opération pratiquée ; ce sera l’œuvre de l’avenir de déterminer d’avance les symptômes de chaque psychose d’après les éléments précédemment indiqués.
Mais il reste encore des affections mentales coïncidentes dont la confusion avec les psychoses post-opératoires augmente encore cette prétendue variabilité des symptômes. Nous en avons montré des exemples.
Quoi qu’il en soit, cette variété apparente dans les symptômes ne doit pas d’ailleurs conduire, comme certains l’ont prétendu, à la suppression pure et simple du cadre nosologique de cette variété de psychose. 11 suffit de la rattacher, conformément à la donnée palhogénique, aux psychoses de dégénérescence dont elle constitue une variété qu’il importe au chirurgien de bien connaître.
Le dignostic des formes est important à établir puisqu’il conduit h des considérations utiles au point de vue du pronostic et du traitement.
Presque toujours bénin dans les formes infectieuses locales justiciables d’une intervention chirurgicale, il devient plus réservé dans les psychoses vraies, mais là encore le chirurgien peut rencontrer un nombre considérable de cas où une opération peut mettre fin aux troubles cérébraux.
Enfin en terminant et comme conclusion générale nous devons insister sur l’intérêt considérable qui s’attache à l’étude des psychoses aussi bien pour le chirurgien que pour l’aliéniste.
Si elles existent réellement telles que nous les comprenons on doit tenir pour erronée l’opinion des auteurs qui,pour des raisons exposées ailleurs, les considèrent encore comme produites de toutes pièces et directement par l’acte opératoire.
Pour les chirurgiens, leur pathogénie est intéressante à connaître, puisque la connaissant davantage ils pourront diminuer le nombre de ces psychoses en évitant d’opérer certaines catégories de prédisposés et en n’envoyant à l’asile que les cas qui ne relèvent pas de l’infection (thèse Mallet).
Pour l’aliéniste la connaissance exacte des formes de la psychose le conduira à solliciter l’intervention du chirurgien dans le cas où elle reconnaîtra une origine infectieuse.