A propos des psychopathies génitales
{Société obstétricale, octobre 1911.)
Je rappelle dans un historique rapide l’évolution de la doctrine des origines extra-cérébrales de la folie, et les raisons de son discrédit au cours du xix" siècle.
Le problème peut être repris aujourd’hui à l’aide d’éléments nouveaux.
L’école psychiatrique actuelle a ouvert la voie en reconnaissant, h certaines formes de la folie, une origine périphérique.
La chirurgie peut lui prêter sur ce terraiu un concours utile, mais elle doit s’appuyer sur une méthode rigoureusement scientiGque.
En ce qui concerne les relations de l’utérus avec le délire, la question doit être posée de la façon suivante :
1° La fréquence des affections gynécologiques chez la femme aliénée ne saurait être niée. J’ai pu fixer cette proportion à 89 pour 100.
Mais cette fréquence n’entraîne pas un rapport de causalité et le chirurgien doit tenir le plus grand compte des données de la psychiatrie.
Or, c est méconnaître cellos-ci que de croire avec certains gynécologistes, que toujours à la base de la folie existe une lésion utérine et que
lorsque celle-ci n’a pas été constatée, c’est qu’elle a été mal recherchée.
Pour simplifier l’étude de ce problème compliqué, je laisse de côté les troubles fonctionnels de la menstruation, pour n’envisager que les cas où il existe des lésions nettement constatables.
D’autre part si l’on peut après les opérations pratiquées sur l’utérus et les annexes expliquer les insuccès opératoires au point de vue mental par la chronicité des cas observés et les insuffisances de technique, c’est une erreur de dénoncer l’action provocatrice des opérations mutilantes do la chirurgie.
Dne longue pratique de gynécologiste et de chirurgien aliéniste m’a permis d’établir que lorsque l’utérus contient des éléments susceptibles de provoquer une réaction du côté du cerveau, l’extirpation totale ou partielle du cerveau suffit à la faire disparaître en totalité.
Mais pour établir la valeur des guérisons obtenues et juger ainsi la question des rapports entre la lésion utérine et le trouble mental, il faut fixer leur durée et préciser les formes mentales observées.
11 est incontestable que dans les formes primitivement cérébrales, l’intervention ne peut que les aggraver en déterminant l’apparition des psychoses post-opératoires.
Aussi l’intervention préconisée à l’étranger ne saurait se défendre : il faut dans tous les cas fixer les indications et contre-indications opératoires d’ordre mental.
En ce qui concerne les hystériques, il faut distinguer l’hystérique simple de l’hystérique délirante.
Pour les premières, il convient de se montrer très réservé et se borner le plus souvent à la chirurgie d’urgence.
La statistique italienne d’Angelucci est bien intéressante à cet égard.
Au point de vue de la pathogénie des troubles cérébraux d’origine périphérique, aucune des théories admises jusqu’ici n’est recevable.
J’ai, pour ma part, insisté tout particulièrement sur le rôle de l’infection et indiqué les deux mécanismes qui permettent d’expliquer son action sur la production des troubles cérébraux.
C’est là une notion très contestée à notre époque, mais que démontre la chirurgie dans les conditions que j’ai indiquées.
D’ailleurs, la chirurgie générale permet de lui donner toute sa valeur et de solutionner la question de la subordination des troubles mentaux aux lésions des organes génitaux chez la femme.