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VII. Hémato-Biochimie

a. Notions cliniques et expérimentales

Les ferments digestifs des leucocytes dans les exsudats des séreuses. Le zymo-diagnostic.

(Nos 46-47-48)

Utilisant comme technique la digestion des milieux albumineux solides (sérum de bœuf coagulé, ovalbumine coagulée), nous avons remarqué après Muller et Jochmann que le dépos à la surface de ces milieux de gouttes d’un culot de centrifugation provenant d’un exsudât à polynucléaires produisait, après 24 heures de séjour dans une étuve à 53°, des cupules arrondies, creusées dans l’albumine par une liquéfaction progressive. Cette liquéfaction ne peut être attribuée à une action microbienne, elle se produisait en effet dans des vapeurs de formol, avec des exsudats aseptiques, et à une température élevée, autant de conditions qui entravent le développement des éléments pathogènes. Les recherches chimiques nous ont montré que cette digestion des albumines allait jusqu’à la production des peptones et d’acides amidés. Il s’agit d’une hydrolyse progressive oxy-réductrice de la moléculn'àlbuminoïde. Elle se produit en milieu faiblement alcalin, il s’agit donc d’un processus digestif analogue à celui que réalise la trypsine.

Nous nous sommes demandé si ce ferment du polynucléaire était le fruit de vingt-quatre heures d’autolyse dans l’étuve à 53 degrés. Ne s’agit-il pas là d’un ferment autolytique (protéase autolytique), comme on en voit apparaître dans certaines autolyses aseptiques d’organes tels que le foie? Ou bien le ferment est-il préformé dans le globule blanc? Nous pouvons répondre à cette question, après avoir comparé le ferment retiré d’un même pus immédiatement

après extraction et après vingt : quatre heures d’autolyse : que le ferment obtenu avant toute autolyse paraît très nettement actif. Il nous semble donc juste d’admettre la préexistence du ferment avant l’autolyse dans un pus frais.

Cette propriété de digérer les albumines solides fait défaut, quand au lieu de polynucléaires on emploie les exsudats à mononucléaires. Par contre, ces exsudats possèdent quelquefois la propriété de creuser des sillons dans une plaque de cire jaune par une digestion des substances grasses de ce milieu : cette action est due à un ferment spécial, une lipase dont l’action se manifeste de préférence entre 37° et 50°.

Ces deux ferments, protéase des polynucléaires, lipase des mononucléaires, peuvent être isolés de pus formés de ces éléments. De suppurations aiguës, nous avons extrait, immédiatement après la ponction, une protéase active, tandis que pour obtenir une lipase, il nous a fallu recourir à des suppurations tuberculeuses.

Quels avantages pouvait nous apporter l’utilisation de ces techniques dans le diagnostic des suppurations ou des exsudats? Au premier abord, l'étude des ferments leucocytaires fournit les mêmes renseignements que la cytologie, mais avec moins de précision, La cytologie, grâceaupourcentage, renseignesurl’équilibredesformules leucocytaires : c’est un procédé quantitatif; tandis que la zymologie ne fait soupçonner que l’espèce leucocytaire dominante : c’est un procédé simplement qualitatif. En somme, l’étude- des ferments ne sërait d’aucune utilité, si le cytodiagnostic pouvait renseigner d’une manière constante. Mais ce cytodiagnostic peut se trouver en défaut, la morphologie cellulaire peut être altérée, les éléments difficiles sinon impossibles à reconnaître, c’est alors que la recherche des propriétés digestives, que nous dénommons zymodiagnostic, pourra nous fournir des renseignements. De nombreux exemples peuvent être rapportés à l’appui de cette manière de voir, nous nous contenterons de la seule conclusion déduite de ces faits.

La cytolyse cellulaire est un obstacle au cytodiagnostic, mais elle n’entrave aucunement le zymodiagnostic. Quand on hésitera en face d’éléments très déformés en désagrégation cytolytique, quand les cellules seront très altérées, quand les noyaux des polynucléaires, entrant en condensation pycnotique, simuleront des lymphocytes hosselés, c’est alors que deux gouttes de culot déposées sur albumine coagulée trancheront le différend. L’apparition d’une dépression en cupule le lendemain permettra l’affirmation de la polynucléose.

Le zymodiagnostic protéolytique est positif quand il s’agit d’épan-

chement à polynucléaires, pleurésies aiguës, méningites cérébro. spinales, arthrite blennorragique, hémorragie méningée infectée secondaire. Il se trouve négatif, tandis que le zymodiagnostic lipolytique est positif, seulement d’une manière inconstante, dans tous les épanchements chroniques, pleurésies chroniques tuberculeuses, ascite de cirrhose alcoolique, méningite syphilitique chronique, etc.

Le ferment protéolytique des leucocytes dans les méningites aiguës à méningocoques

Le liquide céphalo-rachidien des méningites aiguës à méningocoques possède de remarquables propriétés digestives pour l’albumine en milieu faiblement alcalin. Ce pouvoir tryptique appartient surtout au culot de polynucléaires; cependant le liquide décanté est loin de s’opposer à cette action digestive, au contraire il peut y participer par le fait des cytolyses leucocytaires. Dans cette note, nous émettons l’hypothèse que le sérum antiméningococcique agit non seulement comme facteur bactériolytique, mais aussi comme antiferment qui s’oppose à l’action nocive de cette protéase leucocytaire. Ce serait peut-être la façon de comprendre les améliorations nettes et rapides de méningites cérébro-spinales obtenues par la simple injection intra-rachidienne de sérum non spécifique.

Le ferment protéolytique des leucocytes

(N os 53-56)

Le ferment protéolytique des leucocytes polynucléaires ne possède pas une représentation figurée (grains de zymogène) dans les granulations neutrophiles des polynucléaires et des myélocytes. Nous avons en effet montré, à l’occasion d’un cas de leucémie aiguë, que des myélocytes non granuleux, à protoplasma basophile, possèdent la même propriété. Il s’agit donc d’une propriété spéciale à tous les éléments de la série myéloïde, contrairement aux leucocytes delà série lymphatique, qui, eux, paraissent exempts de protéase active en milieu alcalin.

Il résulte de nos recherches que la leucocytose à polynucléaires; qui apparaît durant la digestion des carnivores, relève d’une excitation fonctionnelle ayant pour but de permettre l’assimilation digestive de certaines albumines insuffisamment modifiées par la

digestion gastro-intestinale. Cette excitation fonctionnelle a d’ail' leurs comme résultat la propriété des polynucléaires; seuls, les polynucléaires d’animaux consommant beaucoup d’albumines animales, se montrent protéolysants ; chez les herbivores, les polynucléaires sont souvent indifférents, mais nous avons pu, chez le cobaye, par une nourriture albuminoïde longtemps poursuivie, transformer les polynucléaires inactifs en polynucléaires capables d’une protéolyse légère.

Chez le nourrisson, des constatations analogues sont apportées par la leucocytose digestive, Si, brusquement, on fait prendre à un nourrisson nourri au sein une alimentation au lait de vache, il se produit une leucocytose brutale.

On peut admettre que la plus grande quantité d’albumine ingérée nécessite une élaboration digestive plus active et, par suite, une surproduction de leucocytes; ce qui le prouve, c’est que la leucocytose est moins nette chez des enfants à qui l’on donne du lait de vache coupé de deux tiers d’eau. Mais l’albumine du lait de vache n’agit pas seulement par sa quantité, elle agit aussi par son caractère « hétérogène ». A ce litre donc, la leucocytose qu’elle provoque peut être considérée à la fois comme une réaction digestive et antitoxique.

D’autres expériences démontrent le rôle des polynucléaires dans la résorption des albumines.Les injections d’albumine à l’animal, qu’il s’agisSe d’albumine liquide ou solide, provoquent toujours une polynucléose locale, même chez les animaux dont les polynucléaires ne contiennent que très peu de ferments, comme les cobayes; il est possible que, dans ces cas, les polynucléaires fassent une rapide éducation fonctionnelle pour réaliser la digestion de l’albumine.

Ce ferment leucocytaire joue probablement un rôle dans les fonctionnements glandulaires et dans la coagulation du sang, sans que l’on puisse actuellement apporter à ce sujet toute notion définitive.

Dans notre deuxième mémoire, nous abordons les applications à la pathologie générale de ces notions en les envisageant au point de vue des réactions locales et des réactions générales.

Réactions locales. — Le pus aigu à polynucléaires de l’homme et du chien possède un très fort pouvoir protéolytique, même quand il est aseptique. Cette propriété lui vient des leucocytes qu’il contient. Ce pouvoir protéolytique joue un rôle important dans le déterminisme de la réaction aiguë, car cette réaction aiguë manque

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