RÉPARATIONS ET RÉGÉNÉRATIONS
Alors que les interventions chirurgicales sur les canaux et les cavités se font chaque jour plus nombreuses, il était intéressant de fixer les conditions et le détail du processus de leur régénération spontanée. Les résultats auxquels nous avons été amené avec M. Cornil, nous ont montré un processus histologique dont la portée est très générale.
Obturation spontanée et immédiate des plaies viscérales PAR LES CAILLOTS, l'ÉPIPLOON OU LES ORGANES VOI¬ SINS. — Nous avons étudié la réparation spontanée de conduits tels que l’uretère, les trompes, les canaux biliaires, etc., et celle de cavités beaucoup plus grandes, telles que la vésicule biliaire et la vessie.
Pour les unes et pour les autres, la vitesse de la réparation aseptique est véritablement stupéfiante: vient-on à inciser longitudinalement un uretère ou une trompe, il se produit immédiatement, au niveau de l'incision, un caillot obturateur qui bouche l’orifice et rétablit, en quelques minutes, l’étanchéité du vaisseau : nous avons pu nous en assurer maintes fois par injection d’eau sous pression à travers le conduit.
Si la plaie est plus considérable, l’obturation se fait, très rapidement aussi, mais par un mécanisme tout différent: le grand épiploon, dont on connaît la grande mobilité, vient se placer spontanément dans tous les endroits où il y a une perte de substance, un corps étranger ou une infection commençante: il adhère très rapidement aux
bords de la plaie et sa surface sert de plan obturateur à la perte de substance ; à son défaut, ou si on le résèque, les organes voisins (ases intestinales, etc.), viennent s’accoler aux lèvres de la laie et en déterminent l'obturation.
Résultats des répahations spontanées après de larges PERTES DE SUBSTANCE. — Nous avous présenté à l’Académie de médecine, une série de pièces anatomiques relatives aux réparations spontanées survenues après de larges sections intéressant les uretères, les trompes, la vésicule biliaire ou la vessie : nous avons montré que, si on extirpe entièrement le pôle supérieur de la vessie, et que l’on y accole le grand épiploon,celui-ci s’organise,se renforce et se tapisseultérieurement d’épithélium, de telle sorte que le pôle supérieur se reconstitue entièrement à ses dépens. Lorsqu'on ouvre longitudinalement un conduit (trompes, uretères), qu’on le retourne et qu’on en suture les bords retournés,le grand épiploon parvient encore k obturer la perte de substance, reconstituant, en fer à cheval, une surface bien supérieure à celle du canal. Lorsque la section est transversale et complète, on assiste souvent à l'obturation des deux extrémités sectionnées : mais, parfois aussi, il se produit un petit pertuis dans la cicatrice, qui reste fistuleux, de par le passage du liquide, qui se tapisse d’épithélium et se régularise ultérieurement de façon à reconstituer le canal, même dans des conditions aussi défectueuses.
Ce processus de réparation est véritablement extraordinaire par sa vitesse et par ses résultats.
Etude histologique de la réparation sous-muqueuse (fibrine, épiploon). — L’étude histologique de ce processus est également bien remarquable : elle comprend, à la fois, la régénération du chorion et celle de l’épithélium.
La régénération du chorion est plus ou moins complète, suivant la nature de l’obturateur : si la plaie est obturée par un caillot fibrineux, ce qui est le cas le plus fréquent pour les petites pertes de substance, on assiste à l’organisation rapide de ce caillot, par ascension de cellules plasmatiques allongées et anastomosées et par formation très rapide de néo-vaisseaux: les leucocytes, très abondants au début disparaissent ultérieurement en grande partie ; puis la
l’ancienne muqueuse sur la nouvelle paroi. Nous avons pu saisir plusieurs fois sur le fait ce processus très curieux : les cellules de l’ancienne muqueuse se détachent, flottent dans le liquide intej-posé et se décalquent sur la paroi nouvelle constituée, par exemple par le grand épiploon ; elles dcvienneni alors adhérentes à cette nouvelle paroi, y constituent un îlot épithélial isolé ; celui-ci ne tarde pas h proliférer, et ainsi s’essaiment une série de centres néoformatifs qui vont à la rencontre des centres voisins et de l’épithélium propagéparglissement. On conçoit que ce processus
ces nombreuses se forment entre la muqueuse ancienne et l’épiploon et qu'il y a obturation de la cavité avec cloisonnements et géodes. Cette adhérence particulière se développe très rapidement, car elle est constituée en moins de trois jours. Histologiquement, les premières phases de ce processus correspondent exactement aux premières phases de formation du placenta maternel, telles qu’elles ont été décrites par M. Mathias Duval.
La cause mécanique initiale de ce processus est, évidemment, la disparition de la muqueuse caduque entre les glandes, qui rend possible son adhérence aux tissus voisins, aussi bien qu’à l’ovule.
De la réparation des plaies de la vésicule biliaire (4i).
Le processus général de réparation de la vésicule est celui que nous avons décrit pour les cavités muqueuses : il s’en distingue par quelques particularités.
En effet, le plus souvent, lorsqu’il s’agit de pjaies considérables ou de vésicules éversées avec muqueuse eu dehors, la réparation rapide de la cavité se fait, non par adhérences aux parties voisines, mais par adhérence, entre eux, des lobes du foie contigus, de telle sorte que la vésicule n’est plus apparente à la surface du foie et disparait dans la profondeur de l’organe : on ne retrouve, fréquemment, cette dernière que par une section totale du foie : la paroi nouvelle de la vésicule est ainsi constituée par les lobes accolés et soudés du foie, qui se sont ultérieurement
foucementde la vésicule dans le foie réalise donc un mode de réparation rapide, qu’il est intéressant de comparer à l’enfoncement, de même ordre, de la vésicule dans le foie, que l’on observe dans certaines inflammations ou certains néoplasmes de cette cavité.
d’abord étudié la réparation de sections simples du foie ; les divers stades de la réparation sont caractérisés le plus
part d’éponges fines dont les mailles étaient imbibées des solutions à essayer (jaune d’œuf, lécithine, sucre, glycogène, etc.). Les processus que nous avons observés sont voisins des précédents, mais ils évoluent souvent plus vite.
Un point accessoire intéressant est la résorption rapide des spiculés de l’éponge par de très grandes cellules à noyaux multiples (20 à 30), qui les digèrent complètement : il semble que, pour assimiler des corps étrangers volumineux et résistants, les éléments cellulaires normaux, de taille insuffisante, se conglomèrent de façon à constituer de véritables plasmodes.
L’influence des substances introduites se manifeste par la durée et l’intensité des diverses phases de la réparation : certaines substances agissent très favorablement (fibrine, lécithine, etc.), d’autres, au contraire, ont une action plutôt défavorable (blanc d’œuf). Mais nous n’avons pas obtenu, par ces procédés, de réparation particulièrement riche en
avonsiiiontré, notamment, que la réparation était accélérée et facilitée, lorsque le grand épiploon s’introduisait ou était fixé dans la plaie : cette observation a été le point de départ des recherches chirurgicales de M. Lœvy sur l’obturation des plaies viscérales par le grand épiploon.
Nous avons reconnu, d’autre part, que l’obturation des plaies par de la fibrine artificiellement introduite, facilitait également beaucoup le processus de réparation, remarque susceptible d’applications chirurgicales.
Enfin l’introduction, dans la plaie, de certains corps, capables de hâter la prolifération cellulaire (lécithine, cantharidine, etc.) sera peut-être un jour, également, susceptible d’applications chirurgicales.
Dans le rapport dont nous étions chargé, au Congrès international de 1900, nous avons étudié les lois générales de la réparation des tissus. Ces réparations se font et peuvent être étudiées dans diverses circonstances : au cours même de la vie normale,où elles assurent la rénovation perpétuelle deséléments cellulaires, après des traumatismes suivis de pertes de substance bien limitées, au cours d’états pathologiques ayant entraîné des lésions toxi-infectieuses diffuses de différents organes ; malgré leurdifférence apparente, les lois générales delà réparation sont cependant les mêmes dans ces trois circonstances. Nous les formulons de la façon suivante :
1" Un animalestd’autantplussuseeptiblederégénération qu’il est moins différencié et plus proche de l’état uni-cellulaire dans la hiérarchie ontogénique et phylogénique. Nous en donnons de multiples exemples tirés de la série animale.
2» Un tissu est, d’autre part, d^autant plus capable de régé-
extraits d’organes: nous avons obtenu, par ces procédés, des proliférations glandulaires parfois très curieuses, mais difficiles à apprécier dans la majorité des cas : ces recherches nous ont conduit à une série de résultats sur l’utilisatioh