Sur deux observations d’obstruction intestinale
{Cliniques chirurgicales de la Pitié, p. 301, 1894.)
« En résumé, les cas sont fort rares où le diagnostic est établi ; certes, il faut, par une analyse minutieuse des symptômes, tâcher de multiplier ces faits; alors le choix sera facile et de la nature de l’obstacle découlera l’indication du traitement. Mais que faire dans les cas douteux, dans ces cas qui, en définitive, forment la grande majoritéde ceux que les médecins nous soumettent...? Pour ma part, j’essaye, tout d’abord, des moyens médicaux, des lavements électriques; s’ils échouent et si le malade est encore résistant, si le tympanisme est modéré, si d’ailleurs je suis bien outillé, dans nn hôpital où l’asepsie est possible, j’aurais recours à la laparotomie, mais s’il s’agit d’un individu météorisé, refroidi, incapable de supporter une longue intervention et s’il se trouve dans un milieu où l’inoculation du péritoine soit à redouter, l’entérostomie me semble indiquée; si elle laisse peut-etre mourir plus de malades, elle en tue sûrement beaucoup moins. »
4. — Des appendicites aiguës {Reme de Chirurgie, 1890, p. 799); Appendicites {Bulküm et «moires de la Société de Chimrgie, 1890, p. 558 el 1892, p. 459) ; Traitement des appendicites {Semaine médicale, août 1890} ; Traitement des appendicites {Cliniques cUrurgiealee de la Pitié, g. SU)-, Traitement de l'appendicite aiguë {Cliniques chirurgicales de la Pitié, p. 344).
« J’ai soulevé sur celle queslion acluelle el des plus imporlanles de nombreuses discussions devanl la Sociélé de chirurgie et je crois avoir le premier de mes collègues, en France, ouvert le ventre et incisé l’appendice de propos délibéré. J’ai dès le début adopté la plupart des conclusions de Roux (de Lausanne), et à cette heure l’accord est fait sur la plupart des points. Un seul est controversé. « Faut-il, comme je le professe, inciser le foyer dès qu’on le trouve, ou vaut-il mieux s’abstenir comme le conseillent avec la plupart des médecins. Berger et Jalaguier, du moins lorsque l’état général s’amende, lorsque la fièvre tombe et lorsque la tumeur tend à rétrocéder? Certainement il existe des cas de guérison authentique sans intervention ; mais je n’en reste pas moins partisan de cette intervention. D’abord pour moi, dès que la tuméfaction s’accuse dans la fosse iliaque, dès que le plastron apparaît, il y a du pus ; ce qui nous permet d’en affirmer la présence, c’est qu’on le trouve toutes les fois qu’on incise ; Sonnenberg, Roux (de Lausanne) el nous, qui ouvrons systématiquement dans ces cas, nous l’avons toujours rencontré. 11 y a donc du pus dans ces appendicites accompagnées d’empâtement et je propose d’inciser, malgré la guérison possible sans intervention, parce que celte guérison médicale n’est pas aussi durable qu’on l’espère. Presque tous les malades que l'on finit par opérer ne racontent-ils pas que six mois, un an, deux ans auparavant ils ont eu une crise semblable traitée par le repos, la diète, l’opium, les sangsues et la glace! Us ont été guéris non pas une fois, mais deux, trois, quatre, sept fois comme dans un cas que nous avons eu sous les yeux, et ils n’en arrivent pas moins à réclamer une intervention chirurgicale.
« Donc, pour nous, la réponse ne saurait être douteuse, puisque dans les appendicites véritables où une tuméfaction nette soulève ■ la fosse
iliaque, le traitement médical ne donne qu’une guérison souvent précaire, puisque la récidive est toujours à craindre, puisque le pus collecté peut se résorber sans doute, mais d’une manière ordinairement incomplète, puisque au milieu des néo-membranes persistent des foyers mal éteints que rallume le moindre écart de régime, un léger traumatisme, un simple refroidissement, puisque le malade est toujours sous le coup d’une rechute, pourquoi ne pas en finir une bonne fois? Je comprendrais l’abstention si l’opération était dangereuse, mais elle ne l’est aucunement et je n’ai pas le souvenir d’une seule observation où la terminaison fatale soit venue de son fait. A la suite des opérations d’appendicites on ne meurt que dans les cas graves, justement alors que la question d’intervention ne se pose pour personne; elle est résolue à l’avance dans le sens de l’affirmative et comme l’unique et frêle espérance de sauver le patient.
(! S’il en est ainsi, si l’opération n’a aucune gravité, si elle donne plus de garantie de guérison définitive, pourquoi la repousser? D’autant que l’abstention n’expose pas seulement à une série de récidives ; il y a des dangers plus redoutables et Schmidt a soumis à la Société de chirurgie des observations où le mal a été la conséquence de ces rechutes. Nul ne peut prévoir ce que deviendra le foyer purulent ; le plus souvent il se résorbe, dit-on, mais il peut s’ouvrir dans le péritoine, fuser sous la veine cave, le hile du foie, pénétrer dans la plèvre et provoquer des accidents mortels. J’ai cité un cas de Brissaud où, après trois rechutes en l’espace d’un an et demi, une péritonite suraiguë emporia un enfant en l’espace de quelques heures. Aussi, pour moi, dès que l’appendicite se traduit par une tuméfaction appréciable dans la fosse iliaque droite, j’incise pour guérir le mal présent, pour éviter la récidive probable et pour conjurer les complications redoutables possibles. »