Anus iliaque et anus lombaire
(1- Congrès français de Chirurgie, mai i 885 ; Cliniques chirurgicales de f miel-Dieu, p. 516,1888.)
(En collaboralioa avec le prolessenr Verneuil.)
« l.’anus artificiel peut être ouvert dans la fosse iliaque gauche et s’aboucher dans l’S iliaque ou bien dans la région lombaire du même côté et pénétrer dans le côlon descendant. Chacun a ses défenseurs et en France, Fochier, Labbé, Mollière, Tillaux, Peyrot et surtout ïrélat préconisent hautement la supériorité de l’anus lombaire; Rochard, Huguier, Richet et surtout Verneuil tiennent pour l’anus iliaque; telle est aussi ma
convicuon, que je vais essayer de vous faire partager en réfutant les arguments que mon maître Verneuil et moi avons exposés au premier Congriis français de chirurgie.
« Les partisans de la colotomie lombaire indiquent cinq arguments de valeur inégale : 1" l’anus situé en arrière, comme l’anus normal, constituerait une infirmité moins dégoûtante et mieux tolérée par les malades; 2" cet anus serait moins exposé au renversement de la muqueuse et au rétrécissement consécutif ; 3” la courbure brusque imprimée à l’intestin pour l’amener à fleur de peau, à travers l’épaisseur des téguments incisés, entraîne la formation d’un éperon saillant qui conduit le bol fécal au dehors et empèclie son passage du bout supérieur dans l’inférieur ; 4° le côlon descendant appliqué contre la paroi postérieure de l’abdomen et plus fixe que l’S iliaque, mobile grâce à son méso est moins facilement déplacé; 5° enfin le péritoine, ouvert par l’anus inguinal, est respecté par la colotomie lombaire, de ce fait moins dangereuse.
« Le premier argument est sans valeur; nous le retournons même contre les partisans de l’anus lombaire et, toutes choses égales d’ailleurs, nous préférons à l’anus d’Amussat, l’anus de Littré, placé sous les yeux et sous la main de l’opéré. La hernie de la muqueuse intestinale, son renversement n’est pas moins rare dans l’anus lombaire que dans l’anus iliaque, ainsi qu’il ressort do la lecture des observations, et ce deuxième argument tombe comme le premier. Le troisième argument, la saillie que présente l’éperon dans la colotomie lombaire, a pour nous une haute valeur, car cet éperon arrête les matières fécales, les dirige vers l’anus artificiel et s’oppose à ce qu’elles s’engagent dans le bout inférieur, où les accumulations provoquent une distension souvent dangereuse. Mais par le procédé de Verneuil et par notre procédé en deux temps, l’anus iliaque est doté d’un éperon autrement solide que celui de l’anus lombaire, et de ce fait l’avantage reste encore à l’anus iliaque. Le quatrième argument, la plus grande fixité du côlon opposée à la mobilité de l’S iliaque, se retourne aussi en notre faveur et ce qui fait la grande supériorité de l’anus iliaque, c’est que celui-ci se fait facilement et pour ainsi dire à coup sûr, tandis que l’anus lombaire est si difficile qu’un opérateur comme ïrélat n’a pu 2 fois sur 9 trouver le côlon descendant et a placé l’anus
sur l’intestin grêle. Reste le dernier argument : l’anus lombaire n’ourre pas le péritoine, anssi serait-il d’un pronostic moins redoutable. Or la pratique a démontré l’innocuité absolue de cet anus iliaque. Aussi tous dirai-je comme conclusion ; la colotomie iliaque doit devenir le procédé de choix, car elle nous donne un anus artificiel mieux placé, d’une gravité moindre et d’une exécution plus facile et plus sûre (1885). »
« Depuis le jour où a paru ce mémoire, la question a marché et l’on peut dire que mon maître Verneuil et moi avons cause gagnée : la presque totalité des colotomies pratiquées dans ces derniers temps sont des colotomies inguinales ; la plupart des membres de l’Association britannique s’en sont déclarés partisans et nous croyons que M. Trélat luimême, qui vient d’avoir recours trois fois à cette opération, pense, tout en présentant quelques réserves d’ordre secondaire, que « l’avenir esl à l’anus iliaque ».