Du tubercule du testicule et de l'orchite tuberculeuse
Colle monographie est un des tout premiers travaux où l’on soit revenu à la doctrine des « tuberculoses locales », si nettement établie par Cruveilhicr, mais niée depuis la vulgarisation de la fameuse « loi de Louis ». D’après un tableau dressé, d’après trente autopsies d’individus morts avec des tubercules de la glande spermatique, nous voyons que vingt fois la tuberculose génitale coexistait avec la tuberculose pulmonaire, mais que dix fois la tuberculose génitale était seule observée. Ces recherches démontraient en outre que la doctrine « dualiste » sur l’origine du tubercule, déjà ruinée par Grancher et Charcot pour le poumon, était aussi inacceptable pour le testicule. « Dans le testicule, avaient dit Rindfleisch et Yirchow, la granulation grise ne se rencontrejamais », proposition que défendirent en France Richet et ses élèves; il fallait donc des autopsies nouvelles et des examens microscopiques précis pour « inventer à nouveau la vieille granulation grise du testicule ! »
Un long chapitre préliminaire traite de l’orcMte chronique dans ses rapports avec le tubercule ; le mot orchite chronique n’avait aucune valeur précise, et cette étiquette recouvrait presque toujours un testicule tuberculeux ou syphilitique; la confusion était absolue. Pour mettre un peu de clarté dans la question, il a fallu montrer que les inflammations aiguës ne laissent pas d’ordinaire des « exsudais » jaunes ou gris qui augmentent le volume de la glande. Ces exsudais sont des amas caséeux ou des gommes de la vérole, qui rendent les testicules « plus gros » ; tandis que les glandes chroniquement enflammées finissent par la sclérose ou l’atrophie. Le diagnostic « orchite chronique», très souvent porté dans les services avant 1877, et cette afi'eclion longuement décrite dans les thèses, mémoires et traités, ont à cette heure disparu.
La seule difficullé réside dans la détermination originelle de certains noyaux durs que l’on trouve parfois à la queue de l’épididyme. Sont-ils dus à une infiltration tuberculeuse ou sont-ils le reliquat d’une épididymite causée par une inflammation du canal, métrite ou blennorrhagie? Le cas est souvent délicat. Cependant on peut établir que « cette induration » diffère de celle du tubercule en ce qu’elle présente une sorte de rénitence et d’élasticité qui lui sont particulières. Il existe un autre signe qui nous parait constant : on peut suivre nettement les contours de l’anse formée par la réflexion de la queue de l’épididyme; on sent avec la plus grande facilité la dépression que cette anse circonscrit. Or, comme rien de semblable ne s’observe à l’état sain, car les deux chefs de l’anse sont accolés l’un à l’autre, ou dans la tuberculose, car celle-ci englobe dans une masse compacte les flexuosités de la queue de l’épididyme, ce signe — vérifié par un grand nombre d’autopsies et de dissections — nous semble acquérir une véritable importance.
Notre deuxième chapitre traite de l’Ânatoime pathologiijue : nous y étudions les trajets flstuleux du scrotum, leur disparition possible, la formation rare, mais observée par nous, d’abcès tuberculeux dans leur tissu cicatriciel, puis l’état de la séreuse; la vaginalito chronique qui accompagne toujours la dégénérescence caséeuse de la glande et qui se traduit tantôt paruneadhérencedes deux feuillets, des néo-membranes qui cloisonnent des cavités secondaires, ou bien par une hydrocèle, légère ou abondante; nous en arrivons aux altérations de la glande. La loi de Ricord : « lorsqu’il y a des tubercules dans quelques parties des voies génitales, il y en a dans l’épididyme, n’est pas toujours vérifiée » ; mais les infractions sont très rares; il est au contraire fréquent de trouver des noyaux caséeux dans le seul épididyme, et sur un total de 34 autopsies nous avons : tubercules de l’épididyme et des testicules 27 cas, de l’épididyme seul 7. Il est exceptionnel de trouver des granulations grises ; nous en citons pourtant plusieurs cas et nous en montrons des exemples dans les nombreuses planches qui accompagnent ce travail et qui mettent sous les yeux les nombreux types de lésions dont nous donnons, dans le texte, la longue description. Les examens microscopiques de nos très nombreuses pièces ont été pratiqués par M. Malassez, qui a publié dans les Archives
de physiologie une étude magistrale dont la partie histologique de notre thèse n’est que le résumé.
Dans la partie clinique de notre monoarraphie nous étudions, sous le nom i’orchite tuberculeuse, une forme que Simon Duplay avait vue en 1860, mais dont on ne trouve aucune trace dans les écrits postérieurs. Cette « tuberculisation galopante » du testicule débute comme une orchite blennorrhagique, dont on ne saurait la distinguer h la première période, mais les abcès apparaissent, les symptômes aigus s’amendent et l’orchite tuberculeuse ne diffère plus de la tuberculose testiculaire chronique, dont nous complétons l’étude par un chapitre sur les fonqus tuberculeux. Rien n’élait encore plus confus et plus contradictoire que ce petit coin de pathologie génitale, que nous avons essayé d’éclaircir par une série de recherches dont nous rendrons compte plus loin. Un recueil d’observations d’orchites tuberculeuses, d’abcès tuberculeus du testicule, de scléroses et d’atrophies du testicule, 5 planches et 25 figures terminent cette thèse inaugurale présentée déjà au concours de la médaille d’or.