CORPS THYROÏDE. MALADIE DE BASEDOW
Contribution à l’étude et au diagnostic des formes frustes de la maladie de Basedow.
Thlsc de doctorat, Paris, 1883.
Dans ma thèse inaugurale faite à la Salpêtrière sous l’inspiration de mon maître, le professeur Charcot, qui fut toujours pour moi un guide bienveillant et sûr, j’ai essayé de montrer qu’à côté de la maladie de Basedow typique à symptomatologie bruyante, il existait un assez grand nombre de formes atténuées, de formes frustes , dans lesquelles les symptômes typiques n’étaient pas aussi développés ou même faisaient plus ou moins défaut.
A cette occasion j’ai montré que le tableau clinique de la maladie de Basedow était beaucoup plus riche et plus chargé que ne l’avaient vu les auteurs classiques. J’ai insisté sur la fréquence de certains désordres viscéraux: diarrhées paroxystiques, boulimie, vomissements, angine de poitrine , polypnée, toux fréquente, quinteuse, sans expectoration notable, sueurs abondantes généralisées ou localisées, avec ou sans sensation de chaleur subjective, manifestations cutanées (vitiligo, taches pigmentaires, chute des sourcils et des cils, urticaire, etc:).
En outre de ces symptômes « mineurs » j’insistais sur la fréquence, ou mieux la presque constance d’un symptôme qui n’avait jusqu’alors appelé qu’à titre purement épisodique l’attention de très rares médecins. C’est le tremblement. — Je montrais donc la fréquence de ce svmptôme dans les
formes frustes de la maladie de Basedow aussi bien que dans les formes typiques, et j étudiais pour la première fois par la méthode graphique les caractères de ce tremblement.
Dans ses formes les mieux accentuées ce tremblement est généralisé et occupe les différents muscles du corps ; mais fréquemment aussi il n’est constatable qu’aux seules extrémités et notamment aux extrémités supérieures.Le rhythme de ce tremblement est assez rapide, surtout si on le, compare à celui du tremblement sénile ou de la paralysie agitante, et avec le tambour à réaction nous avons constaté que le chiffre moyen des oscillations par seconde est de 8 et demi, tandis que dans les deux maladies ci-dessus désignées il n’est que de 5 oü 6 oscillations dans le même laps de temps. C’est un tremblement très uniforme dans son rythme, mais variable dans l’amplitude des oscillations ; aussi sur les tracés constate-t-on souvent des « noeuds », suivant l’expression de M. Fernet, au niveau desquels l’amplitude croît progressivement jusqu’à un certain maximum pour décroître ensuite, ce qui fait ressembler le tracé à une corde en vibration.
Revue critique sur la nature et sur quelques-uns des symptômes de la maladie de Basedow.
Dans cette revue, faite après la publication de ma thèse, j’exposais les principaux points traités dans celle-ci, et j’agitais la question de la nature delà maladie de Basedow. Je m’élevais contre l’opinion prédominante alors, sous l’influence des physiologistes, qu’il s’agissait d’une affection imputable au trouble de fonctionnement d’un nerf déterminé, tel que le pneumogastrique ou le grand sympathique. Je soutenais au contraire que la maladie de Basedow est une Névrose générale dans laquelle l’organisme pour ainsi dire tout entier est profondément troublé. -Jè devais revenir sur ce sujet dix ans plus tard, et en mettant en relief l’influence de « l’hyperthyroïdation » de l’organisme dans certaines conditions, je continuais à soutenir la même thèse de la production de la maladie de Basedow par une action générale sur l’organisme tout entier et non pas par une action locale sur tel ou tel nerf.
Sur la nature de la maladie de Basedow.
A propos des accidents constatés par lui au cours du traitement d'un premier cas de myxœdème, avec la glande thyroïde en ingestion, l’auteur fait remarquer que les phénomènes qui se produisent sous l’influence de ce médicament rappellent quelques-uns des traits de la maladie de Basedow. La tachycardie, l’élévation de la température, l’insomnie et l’agitation, la polyurie, l’albuminurie, la paraplégie incomplète, la sensation de chaleur, la sudation exagérée, la diarrhée, qui peuvent, ainsi qu’en fait foi l’observation de cette malade, se montrer au cours du traitement thyroïdien, sont fort analogues aux phénomènes du même genre si fréquemment constatés dans la maladie de Basedow.
Ce n’est cependant pas une raison pour admettre ipso facto avec Gauthier (de Charolles), Môbius, Renaut (de Lyon), Joffroy, que le corps thyroïde soit directement l’origine de la maladie de Basedow.
La pathogénie de cette affection serait la suivante :
« Le primum moyens de la maladie de Basedow devrait être cherché dans une altération ou tout au moins dans un trouble du système nerveux ; sous l’influence de ce trouble du système nerveux, il se produirait un fonctionnement exagéré de la glande thyroïde, ayant pour résultat une hyperthyroïdation de l’organisme, et comme conséquence de cette hyperthyroïdation on verrait survenir tous les symptômes signalés plus haut et appartenant aussi bien à la médication thyroïdienne qu’à la maladie de Basedow. »
Cette notion de l’hyperthyroïdation de l’organisme dans la maladie de Basedow tend à faire penser, et l’expérience confirme cette opinion, que l’administration de suc thyroïdien préconisée contre cette maladie par quelques auteurs, est tout à fait contre-indiquée.
En revanche, il est un traitement dont théoriquement et pratiquement les indications sont indéniables, c’est le traitement chirurgical par lequel, en supprimant tout ou partie de la glande thyroïde, on s’oppose ipso facto à l’hypèrthyroïdation de l’organisme.
Maladie de Basedow et Goitre Basedowifié.
« Le syndrome de Basedow, dont la production dépend vraisemblablement de multiples causes, se présente, au point de vue étiologique, sous deux aspects très nettement différents :
Tantôt il survient d’une façon rapide, parfois même tout à fait brusque, sous l’influence d’une émotion vive ou d’une perturbation générale de l’organisme : c’est la maladie de Basedow classique s’accompagnant ou non de goitre; celui-ci, quand il existe, est toujours secondaire aux palpitations, à des troubles divers du système nerveux.
Tantôt le syndrome de Basedow survient plus ou moins lentement cher un individu porteur, depuis un temps variable, parfois très long (18 ans dans un cas de Brühl, 25 ans dans un cas de Lamy), d’un goitre qui jusqu’alors s’était, à tous égards, comporté comme un « goitre simple ». Il s’agit alors de ce que j’appelle le goitre basedowifié.
Dans l’un et dans l’autre cas, le syndrome basedowien peut présenter le degré de développement le plus complet, et dans l’état actuel de nos connaissances, il serait assez téméraire de prétendre distinguer l’une de l’autre ces deux variétés parle simple examen clinique du malade. Cependant, si je m’en rapporte à mon expérience personnelle, je dirai que, dans le GOITRE BASEDOWIFIÉ, un des symptômes majeurs est une dyspnée plus,ou moins continue avec paroxysmes d’une intensité souvent effrayante, survenant soit spontanément, soit à la suite de travail musculaire même léger, se montrant particulièrement la nuit et probablement sous l’influence de la position-horizontale. J’ai noté aussi parfois une sialorrhêe, vraiment extraordinaire, obligeant les malades à cracher dans une cuvette, une ou deux douzaines de mouchoirs ne pouvant suffire à recueillir le mucus excrété (s’agit-il réellement de salive ou bien d’une sorte de flux trachéo-bronchique? je ne saurais, l’affirmer, une de mes malades rendait ce mucus surtout après, des quintes; de toux très violentes, très fatigantes et très fréquentes). Les deux phénomènes dont je viens de parler ne se montrent pas, du moins à un pareil degré, dans la maladie de Basedow classique. Il n’est pas rare, dans le GOITRE BASEDOWIFIÉ, de voir augmenter la dyspnée et de provoquer la
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toux en exerçant une légère pression sur le goitre ; dans deux cas, j’ai constaté que la pression exercée sur le côté droit du goitre avait une action de ce genre des plus prononcées.
Cette dyspnée du goitre basedowifiê est telle qu’elle constitue à elle seule un danger imminent et suffit à faire considérer celui-ci comme une affection d’une extrême gravité et d’un pronostic autrement dangereux que la maladie de Basedow classique, bien que, pour cette dernière, je sois loin d’admettre avec Pribram que la terminaison mortelle est un accident des plus
Quant à la pathogénie du goitre basedowifiê, je veux me garder d’émettre aucune opinion, et pour cause. S’agit-il d’un trouble dans la sécrétion de la glande thyroïde? J’ai peine à croire que ce soit là le mécanisme prédominant dans cette pathogénie. Avons-nous affaire, comme le prétendaient Koeben et Piorry, à une compression exercée par le goitre sur les nerfs du cou ? Cette hypothèse me semblerait plus vraisemblable. En tout, cas, c’est bien certainement le go.itre qui, par lui-même, détermine l’évolution du Syndrome basedowien, d’où le nom que je propose de goitre basedowifiê , nom qui, pour plusieurs raisons, me semble préférable à celui de « faux goitre exophtalmique » ou de « goitre exophtalmique chirurgical ».
Cette distinction entre la maladie de Basedow classique et le goitre basedowifiê est importante au point de vue thérapeutique. En effet, dans la maladie de Basedow classique, le traitement par les préparations thyroïdiennes est plutôt défavorable, car ici l’hyperthyroïdation de l’organisme est un des phénomènes capitaux et le traitement thyroïdien ne fait que l’augmenter encore. Au contraire, le goitre basedowifiê est susceptible d’une amélioration sous l’influence de ce traitement, car ici, c’est le goitre qui est le primum movens des accidents et l’on sait que le traitement thyroïdien a parfois une action très favorable sur le goitre simple.
Sur la reviviscence du Thymus.
Dans quelques affections présentant des altérations du corps thyroïde ou de quelque autre glande vasculaire sanguine, le thymus subit une véritable reviviscence.
Les affections dans lesquelles qn constata cette reviviscence sont :
Le Myxædème, non seulement le myxœdème infantile, mais encore le myxœdème de l’adulte.
L ’Acromégalie ; ici c’est la glande pituitaire et assez souvent aussi le corps thyroïde qui est en cause dans cette reviviscence du thymus.
La Maladie de Basedow, dans laquelle la reviviscence du thymus semble devoir être directement rapportée aux troubles de fonctionnement et aux lésions du corps thyroïde.