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V. — Le Cœur des Vertébrés supérieurs

Le cœur d’un vertébré supérieur peut continuer ses battements quelque temps après la mort; dans certaines conditions, cette survie peut atteindre de grandes limites (30 heures chez un supplicié) (1). Mais cette survie est limitée; c’est qu’en effet l’arrêt des autres fonctions, notamment de l’hématose, place bientôt le cœur dans des conditions de nutrition, de température, incompatibles avec son fonctionnement. Il suffit de replacer ce dœur dans des conditions voisines de la normale à ces différents points de vue pour observer, soit la conservation, soit la reprise de son activité régulière.

Une circulation coronaire artificielle (Langendorff) (2),

(1) A. Kuliabko. — Sur la réviviscence du cœur ; rappel des battements trente heures après la mort. (C. îî. Acad, des Sciences, 5 janvier 1903, GXXXVI, p. 63).

(2) O. Langendorff. — Untersuchungen am überlebenden Saügethierherzen. [Arch. f, d. gesammte PhysioL, 1895, LXI, p. 291).

(Hédon etiGiLis) (1), (W.-T. Porter) (2), agit par un double mécanisme enlevant les produits de métabolisme qui se sont accuculés au cours des processus asphyxiques agoniques (Kuliabko) (3) et rétablissant les conditions de tension, les conditions électrolytiques, l'es conditions de température, etc., habituelles.

La réapparition des contractions peut alors se produire à un moment où les autres organes sont morts fonctionnellement et même anatomiquement, ou sur des cœurs isolés du cadavre. La réviviscence peut même être obtenue très longtemps après la mort. Kuliabko a, en effet, successivement montré la possibilité de rappeler à battre des cœurs 44 heures après la mort (4), puis de ramener des pulsations « au moins dans certaines régions » chez le lapin et chez les oiseaux, trois, quatre et même cinq jours après leur arrêt (5). Et ces résultats, il a pu les obtenir

(1) hédon et Gilis. — Sur la reprise des contractions du cœur après arrêt complet de ses battements sous l’influence d’une injection de sang dans les artères coronaires. (C. R. Soc. Biol, 30 juillet 1896, 9« série. VT, p. 760).

(2) W.-T. Porter. — On the cause of the heart beat. (The journ. of the Boston Society of medic. sciences, mars 1897, X).

(3) A. Kuliabko. — De la revivisceince du cœur. (Soc. des naturalistes et des médecins de la Faculté de Tomsk, 21 nov. 1903) in Vratchebnaïa Gazeta, 27 avril 1904, p. 403. — Analyse de Em. Wasserberg, in Journal de Phys, et Path., 1904, p. 557).’

(4) A. Kuliabko. — Arch. f. d. ges. physiol, LXC, p. 461 et C. B. Acad, des Sciences, loc. cit.

(5) A. Kuliabko. — Nouvelles recherches sur la reviviscence du cœur (Société d’Hygiène publique). Yratchebnaïa Gazeta, 1912, p. 1047).

„„„ seulement chez les animaux tues, mais chez des animaux morts de maladie; la restitution de 1 activité a pu se faire au cinquième jour et persister ' 5 »»-^»W'mt heures, ce qui porte à une semaine la duree possible de

la survie (1). ,

Locke et Resenheim (2) ont publié le cas d un cœur de lapin conservé à basse température dont les batements se montrèrent pendant cinq jours chaque fois qü on rétablissait la circulation artificielle par le procédé Langen-

Chez l’homme, Kuliabko a vu les battements du cœur d’un enfant mort de maladie reprendre pendant une heure, sous l’influence d’une circulation artificielle instaurée vingt heures (3) et même trente heures (4) apres la mor .

Abstraction faite des autres conclusions à tmer relativement aux causes de l’arrêt du cœur (5), ces expériences sont une démonstration de l’automatisme.

Pour réaliser la séparation fonctionnelle du cœqr, soü avec le miniMum de lésion, soit dans les meilleures conditions de circulation coronaire, on a employé des procédés divers, de même que le liquide de circulation peut etre

d'i A TCniTABKO Weitere Studien über die Wiederbelebung

de^^Htz~h. Td. . 1^3 XCVn, p. ^9^5^)-

(2) F.-S. Locke et O. Resenheim. -- Notiz bemdauer des isolierten Saügetierherzens. (Cent. /.

1905, XIX, p. 737-739)

(3) A. Kuliabko. — Weitere Studien, etc., toc cif.

(4) A. Kuliabko. — Sur la reviviscence du cœur, etc. (G. H.

Ac. d. S., laco cit.) ^

(5) A. Kuliabko. — De la reviviscence, etc. (Vratchebnaia

Gazeta, loco cit.).

du sang plus ou moins modifié, oü un sérum artificiel (Locke, 1901).

C’est ainsi qu’on peut soustraire le cœur intact et in situ à l’influence du système nerveux anémié expérimentalement, en limitant, par des sutures vasculaires, la grande circulation à un arc constitué par une jugulaire et une carotide (Hering, 1898) (1) ; on peut, comme l’ont fait Heymans et Kochmann, intercaler le système coronaire du cœur isolé dans la circulation d’un animal vivant dont on a rendu le sang incoagulable (Frédéricq) (2); on peut, comme Carrel, séparer le cœur et les poumons de toutes leurs connexions et les isoler sous forme d’un appareil à système vasculaire clos n’ayant besoin, pour fonctionner, que de ta respiration artificielle. Ces difi’érentes méthodes ont des indications diverses suivant les recherches poursuivies.

Au point de vue de la vie individuelle du cœur, elles ne sont qu’une application de ce fait que le cœur complètement isolé possède en lui les causes de son fonctionnement régulier, et qu’il fonctionne à condition qu’il soit nourri avec du sang (Langendorff) ou du sérum (Locke, 1901) oxygéné et chaud.

(1) H.-E. Hering. — Méthode zur Isolirung des Herz. — Lungen — Coronarkreislauls bel unhlutiger Ausschaltung der ganzen Central nervenSystem. {Arch. f. die gès, Physiol, 1898, LXXII, P. 163-186).

(2) F.-J. Heymans et M; Kochmann. — Une nouvelle méthode de circulation artiflcielle à travers le cœur isolé de mammifère. {Arch. intern. de pharmacodynamie et thérapie, 1904,

L’importance de conditions en apparence secondaires est parfois très considérable. Les essais pour ranimer un cœür d’oiseau ont longtemps échoué jusqu’au jour où on a empêché la coagulation particulièrement précoce du sang (1), chez ces animaux, par un lavage du cœur, avant son excision, avec du sérum de Locke.

L’arrêt qui survient d’une façon plus ou moins précoce malgré les précautions prises, nous paraît s’expliquer d’une façon suffisante par ce fait que dans ces conditions artificielles, le cœur séparé de ses relations anatomiques ne tarde pas à subir une altération de ses éléments morphologiques.

C’est ainsi qu’ANiTSCHKOFF (2), ayant récemment (décembre 1912), examiné un cœur mis en circulation artificielle par le procédé Langendorff-Botchoroff, pendant des temps variant de une demi-heure à une demi-journée, a constaté la présence d’altérations musculaires et ner-

(1) A. Kuliabko. — Communie, à la Soc. Russe d’Hyg. publique, 12 nov. 1901, in Centralblatt f. Allgemeine Path, u. path. Anat, 1901, p. 2078-2079. — Versuche am isolirten Vogelherzen. {Centralblatt f, PhysioL, 1902, 3ÇV, p. 588-590).

Inversement, Lapicque et Gatin-Gruzewska (*) ont montré que le cœur d’un chien profondément chloralisé continue, après son excision, à présenter des contractions synergiques sous l’influence du sérum de Locke, alors que, dans les mêmes conditions, un cœur noirmal entre -rapidement en trémulation.

(2) N. Anitschkoff. — Sur les modifications histologiques du cœur isolé {Rousski Vratch, XI, p. 2076-274. (Acad, milit. Méd. Saint-Pétersbourg, 22-XII-1912). Analyse de M. de Kervily in Joum. Path. et Phys., 15 mars 1913, p. 429.

(*) L. Lapicque et Gatin-Gruzewska. — Influence du chloiral sur les battements rythmiques dans le cœur de chien excisé. (C. R. Soc. Riol., 1903, LV, p. 189).

veuses, notamment d’un œdème, avec destruction partielle du stroma musculaire, chromolyse des cellules nerveuses, ainsi que l’absence de glycogène, qui en font un cœur pathologique.

Le cœur ainsi isolé se trouve en effet soustrait aux actions trophiques nerveuses et humorales habituelles. Nous rappellerons, non pour en tirer une explication, mais par simple analogie, ce qui se passe d’une façon très générale pour les tissus en survie.

C’est ainsi que chez des tissus embryonnaires en voie de multiplication, on assiste pendant la survie à une dédifférenciation progressive des cellules qui retournent par étapes à un état complètement indifférent lorsque, placés en survie, ils se trouvent soustraits à l’action de voisinage habituelle des autres tissus (Champy) (1).

De même les plus récents travaux de Carrel (2) montrent qu’un fragment de cœur de poulet, prélevé au septième jour de l’incubation, et cultivé dans du plasma de poulet adulte, est encore au bout de 28 mois, et après 355 passages, en pleine prolifération; l’activité des colonies celMaires s’est même accrue, mais il n’est dans ces communications fait mention de contractions rythmiques que pendant cent quatre jours, durée considérable en ellemême, mais courte relativement à la durée dès maintenant acquise de la survie.

Pour la bibliographie relative à' la persistanoei des battements du cœur des animaux à sang chaud, jusgu’en 1899, Cf. Traité de Physiol. Morat et Doyon, T. III, p. 86.

■ (1) Ch. Champy. — Quelques nouveaux résultats de la mé¬

thode des cultures de tissus. Revue scientifique, U mars 1914.

(2) Alexis Carrel. — Comm. Acad, des sciences, 18 juin 1912, 6 mai 1913, mai 1914.

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