‹ Exposé des titres géologiquesChapitre 6 sur 14 · I. ÉPOQUE QUATERNAIRE · texte numérisé non relu

I. ÉPOQUE QUATERNAIRE

La géographie marine de l’époque quaternaire ayant été dans l’ensemble, peu différente de la géographie actuelle, il est logique que les travaux des géologues aient eu surtout pour objet les dépôts continentaux, fluviatiles ou glaciaires de cette période. Les dépôts marins quaternaires ont été généralement peu étudiés.

Les dépôts quaternaires marins de la Méditerranée. — Je me suis attaché spécialement à la recherche et à l’étude des formations marines de la côte française de la Méditerranée (ny) en combinant cette étude avec celle des faunes continentales de Tile de Corse et je suis arrivé à la conclusion que les modifications géographiques de l’époque quaternaire et de la fin du Pliocène étaient plus importantes qu’on ne le soupçonne générale-

J’ai fait connaître aux environs de Nice des faits nouveaux qui établissent l’existence d’une série de lignes de rivage s’abaissant de plus en plus depuis le Pliocène ancien jusqu’à l’époque actuelle. L’altitude du rivage se trouvait à i8o mètres au début du Pliocène, à 6o mètres à l’époque du Pliocène supérieur, à 25 mètres à l’époque du Quaternaire récent. J’ai comparé ces oscillations de la mer sur la côte de Nice aux déplacements analogues observés en d’autres points du littoral français et de l’ensemble des côtes méditerranéennes, etje suis arrivé à montrer que le parallélisme de ces anciennes lignes de rivage se poursuit sur d’énormes étendues géographiques. C’est d’une coordination générale de ces observations altimétriques précises, jusqu’ici trop négligées, que l’on doit attendre la solution définitive du

problème encore très discuté du sens des mouvements relatifs des continents et de la surface marine.

Quoi qu’il en soit de cette question générale très intéressante, la découverte sur là côte de Nice de l’horizon sicilien (Pliocène supérieur) et du Quaternaire marin à Strombus mediterrmeus constituent des faits absolument nouveaux et importants pour la géologie de la France.

La Corse (88,90,114)-—L’histoiregéologique et paléogéographique de l’île de Corse était encore peu connue. Des analogies pétrographiques et tectoniques ont fait naître depuis longtemps l'hypothèse que la Corse n’est qu’un débris d’un grand massif primaire en grande partie effondré sous les eaux du golfe du Lion, et dont les montagnes des Maures représentent le bord opposé. Grâce à la découverte d’animaux terrestres, à affinités toutes pliocènes, dans des brèches osseuses et des fentes de rochers du cap Corse et des environs de Bonifacio, j’ai pu démontrer que la séparation de la Corse d’avec le continent de Provence datait seulement du début du Quaternaire. Jusque vers la fin de l’époque pliocène, la Corse, unie à une partie de la Sardaigne, constituait une longue péninsule, une sorte d’Italie en miniature, rattachée à la terre cristalline des Maures. Les différences notables des faunes de mollusques pliocènes marins à l’Est et à l’Ouest de cette ancienne péninsule confirment tout à fait cette hypothèse.

Les vallées du Rhône et de la Saône. — J’ai consacré de nombreux mémoires ( 4 , 10, i 3 , i 5 , 21, 28, Sg, 49 t 5 o, 58 , 65 , 70, 79, 92, 96) à l’étude des terrains de transports fluvio-glaciaires et glaciaires du bassin de la Saône et de celui du Rhône.

La région de Valence ( 53 ) m’a offert le type le plus complet et le plus intéressant des terrasses fluviales qui marquent les étapes successives du creusement de la vallée du Rhône depuis le début

du Pliocène supérieur jusqu’à l’époque actuelle. J’ai distingué et délimité dans cette région six terrasses de graviers alpins étagées sur une hauteur verticale de plus de 200 mètres. Trois de ces terrasses,les plus hautes (respectivement aux cotes de 200,140, 90 mètres au-dessus du thaleweg actuel) sont pliocènes ; les trois plus basses (aux cotes respectives de 60, 4o, 15 mètres au-dessus du Rhône) représentent les temps quaternaires. Des terrasses semblables et sensiblement aux mêmes altitudes ont été retrouvées dans les vallées du Rhin, de la Moselle, de Tisser, en Algérie, et témoignent de Tunité et de la généralité de la cause qui a présidé au creusement de nos vallées actuelles.

Nous avons tenté (avec M. Delafond) (58) d’analyser et de préciser les causes du creusement et du remblaiement des vallées pliocènes et quaternaires, et nous avons pu en donner une théorie générale fondée essentiellement sur les modifications de la pente générale de la vallée, soit par un relèvement de la région montagneuse, soit surtout par les variations du niveau de base (abaissement ou relèvement de la surface marine) qui sert de point de départ à Térosion régressive et à l’établissement des profils d’équilibre.

J’ai contribué à établir (lo, 58), en partie avec M. Delafond, l’existence, dans la région lyonnaise, de deux phénomènes glaciaires ou glaciations ayant donné lieu à la formation de deux systèmes de moraines. L’un, celui des moraines externes (maximum d’extension des glaciers alpins), qui s’étalent jusque sur les collines de la ville de Lyon ; l’autre celui des moraines internes formant un amphithéâtre concentrique au précédent étendu de Saint-Quentin à Anthon. Les moraines externes reposent indistinctement sur la terrasse des graviers pliocènes (i4o“) ou sur la haute terrasse quaternaire (90”) avec lesquelles elles ne paraissent avoir aucun lien commun d’origine tandis que les moraines internes sont le point de départ et l’origine des nappes de graviers qui forment la basse terrasse (i5“).

J’ai recherché et poursuivi^ en collahoration avec M. Kilian les deux systèmes glaciaires des environs de Lyon, dans la vallée de l’Isère en Savoie, et dans la dépression de Beaurepaire, où ils sont représentés respectivement par les moraines externes de Thodure et par les moraines internes de Rives. Les études que je poursuis dans cette voie avec mon collègue de Grenoble m’ont permis de réunir déjà les éléments d’une Monographie d’ensemhle des formations quaternaires fluviatiles et glaciaires des Alpes françaises.

Dans la région du Jura méridional, j’ai étudié (96) les changements de cours du Rhône dans sa traversée des chaînes jurassiennes, entre le lac de Genève et les plaines lyonnaises. J’ai montré que le Rhône tout entier fnssnit, au début du quaternaire, à l’époque de la haute terrasse, par la cluse aujourd’hui presque sèche de Culoz-Ambérieu, que suit la ligne ferrée de Genève. Le Rhône s’est ensuite successivement détourné de plus en plus vers le Sud, passant d’abord par le bassin de Belley et ne prenant son cours actuel que très tardivement à l’époque post-glaciaire.

Dans le bassin de la Saône (58) j’ai étudié les formations quaternaires encore peu connues de cette grande vallée. Nous avons pu distinguer, avec M. Delafond, un niveau ancien, celui des marnes et sables de Châlon-Saint-Cosme, caractérisé par une faune de Mollusques et de Vertébrés qui place cet horizon à la limite du Pliocène et du Quaternaire. A un niveau inférieur se montre une basse terrasse de sables et graviers appartenant au Quaternaire ancien. La localité de Villefranche-sur-Saône m’a fourni à ce niveau un gisement très remarquable où abonde le Rhinocéros Mercki, caractéristique de la faune chaude interglaciaire. J’ai découvert dans ce même gisement (Sq) des silex taillés de type moustérien, qui sont le plus ancien document connu en place de la présence de l’homme dans cette contrée.

Les phosphorites quaternaires d’Uzès. — Le phénomène

de remplissage des fentes de calcaires par des dépôts de phosphate de chaux concrétionné (phosphorite) a été extrêmement fréquent sur les plateaux jurassiques du Quercy au début de la période oligocène. Dieulefait a montré que ces dépôts phosphatés provenaient d'un phénomène de décalcification des calcaires jurassiques encaissants, qui sont riches en phosphate. J'ai fait connaître (6o) sur les plateaux urgoniens des environs d’Usès l’existence de poches à phosphorite identiques à celles du Queroy, mais datant de l’extrême début de l’époque quaternaire. Ces phosphorites quaternaires n’ont pas la même origine que celles du Lot, car les calcaires encaissants sont peu ou pas phosphatés, et j’ai dû rechercher l’origine du phosphate dans la lixivation du Gault qui recouvrait autrefois ces plateaux et dont j’ai pu encore retrouver quelques menus lambeaux avec les fossiles phosphatés caractéristiques.

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