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II. ÉPOQUE PLIOCÈNE

Le Roussillon. — Cette contrée, qui comprend l’extrémité orientale de la chaîne des Pyrénées, était avant nos recherches, une ierre presque inconnue des géologues. J’ai consacré plusieurs années à l’exploration de ce pays qui m’a fourni le sujet de ma Thèse de Doctorat és sciences (5).

J'ai consacré un important chapitre à'Introduction à l’étude des terrains cristallins, primaires et crétacés inférieurs qui constituent l’extrémité de la chaîne et comprennent le massif des Albères, les avant-monts du Canigou, et la partie méridionale des Corbières orientales ; je reviendrai plus loin sur ces terrains.

Le grand golfe ou bassin pliocène du Roussillon, objet principal de mon travail, est le plus important et le plus étendu des affleurements pliocènes du sol français. Il m’a fourni une coupe d’ensemble très précieuse de ce terrain, comprenant les argiles bleues plaisanciennes a la base, puis les sables argileux à Pecfen scabrellus et les sables jaunes astiens avec niveau saumâtre supérieur à Potamides Basteroti et Congéries, que couronnent d’épaisses accumulations de limons continentaux à faune terrestre, et enfin les cailloutis quartzeux des plateaux. J’ai étudié les faunes marines successives de ces divers horizons et j’ai fait connaître l’importante faune d’animaux terrestres enfouie dans les limons des environs de Perpignan, faune devenue depuis ces travaux to it à fait classique.

La coupe du Pliocène du Roussillon m’a donné un point de départ solide pour les comparaisons avec le Pliocène du bassin du Rhône, d’Italie, d’Espagne, d’Algérie et pour la fixation du niveau précis des faunes de ’V'ertébrés terrestres de la Bresse et du plateau central français. Les idées générales sur la succession

stratigraphique de ces faunes dans toute l’Europe, que j’ai exposées pour la première fois dans mon Mémoire sur le Roussillon et que j’ai successivement perfectionnées et complétées dans d’autres travaux (33, 43, Sy) sont maintenant adoptées par les géologues et les paléontologistes d’une manière à peu près

Au point de vue tectonique, j’ai montré que, contrairement aux idées généralement reçues, le Pliocène inférieur du Roussillon avait été l’objet de dislocations assez importantes, conséquence de mouvements orogéniques post-pliocènes, dont la généralité se reconnaît de plus en plus sur le bord nord de la zone méditerranéenne, depuis la France jusqu’à la mer Noire.

Le Languedoc.— Le Pliocène du Languedoc était à peu près inconnu, en dehors des affleurements célèbres des environs de Montpellier. A l’occasion du levé des feuilles de Bédarieux et de Narbonne (71, 81, 83, 85), j’ai découvert et délimité les dépôts quelamer Pliocène a laissés dans les vallées de l’Orb et du Libron, ce qui constitue une contriouiion importante à la paléogéographie de cette époque. J’ai, en outre, fait connaître le grand développement que prennent dans les vallées de l’Aude, de l’Orb et de l’Hérault les dépôts continentaux sablo-limoneux du Pliocène moyen, jusque là partout confondus avec la mollasse miocène.

La question des couches à Cougéries (5, 3i, 49, 5o). — Peu de problèmes de la géologie du Midi de la France ont donné lieu à autant de difficultés, et de discussions que celui de l’âge exact des couches saumâtres caractérisées par les genres Consens, Dreissensia, Limnocardium, qu’on observe en affleurements épars depuis le Roussillon jusqu’au Bas-Dauphiné, en passant par le Gard et le Vaucluse. Mayer-Eymar, ïournouër, Fontannes, avaient exprimé des opinions très diverses et parfois changeantes sur l’âge de ces couches, les uns y voyant l’équiva-

lent des couches à Congéries miocènes du bassin du Danube, les autres les plaçant à la base du pliocène marin, après les avoir d’abord rattachées au sommet de cette formation.

Mes recherches stratigraphiques sur le Roussillon, sur les environs de Théziers (Gard), et sur ceux de Visan (Vaucluse), m’ont permis de donner la solution définitive de cette intéressante question, en montrant : i” que toutes les couches à Congéries du bassin du Rhône sont d’âge pliocènes et n’ont rien de commun avec les couches à Congéries du bassin de Vienne ; 2° que les divergences des stratigraphes sur cette question s’expliquent par le fait qu’il existe dans le Sud-Est de la France deux horizons distincts de couches à Congéries, l’un le plus important à la base du pliocène marin, comme phénomène précurseur de l’invasion de cette mer ; l’autre moins fréquent, au sommet de l’Asiien marin, à titre de phénomène de dessalure de la mer pliocène en voie de régression.

La Bresse (i5, 16, 21, 22, 34, Sn, 58). — La grande dépression qui s’étend entre la chaîne du Jura et le plateau central sur une longueur de 25o kilomètres de Vesoul à Lyon, était l’une des régions naturelles de la France dont l’étude géologique était la moins avancée. La rareté des coupes naturelles, leur manque de continuité, la dispersion des gisements fossilifères, la monotonie du pays elle-même constituaient autant d’obstacles à la connaissance de l’histoire géologique de ce bassin de la Saône qui a joué le rôle d’une région d’affaissement presque continu depuis le début des temps tertiaires.

J’ai consacré plusieurs années (avec M. l’ingénieur Delafond), à parcourir cette contrée dans tous les sens et à y recueillir les éléments d’une Monographie qui a été publiée sous les auspices du Ministère des Travaux publics, avec le titre : Les terrains tertiaires de la Bresse et leurs gites de lignite et de minxrai de fer, accompagné d’une carte géologique d’ensemble au Seo.ooo”.

giles à silex et les sables bariolés des cotes chalonnaise etmâconiise (Eocène inférieur).

Un peu plus tard (Eocène moyen), se sont déposés dans la ivetle devenue lacustre les calcaires à Planorbis pseudo-amonius lutétiens.

Les dépôts de l’époque Oligocène sont plus développés. Les moins qui en subsistent sont assez nombreux pour nous laisser constituer les limites d’un vaste lac lagunaire étendu au Nord squ’au delà de Gray et en continuité au Sud avec les lagunes

sait les limites de la cuvette actuelle.

A la lin de VOligocène et sous l’influence des mouvements alpins, de nouvelles dislocations sont intervenues : le géosynclinal bressan s’est accentué et a permis la pénétration de la mer Miocène. Toutefois, la cuvette entière n’a pas été envahie et les dépôts miocènes marins et saumâtres se montrent seulement dans la région sud-occidentale de la Bresse, ne dépassant pas au Nord la ville de Lons-le-Saunier. Le reste delà dépression de la Bresse était devenu un continent parcouru par les animaux terrestres.

Après le Miocène, les mouvements orogéniques acquièrent dans les Alpes et le Jura leur maximum d’intensité ; la vallée bressanne

s effondre et, par Telîet d’une compression latérale énergique, les plis du Jura redressent jusqu’au delà de la verticale les couches de l’Oligocène et du Miocène. U se forme ainsi une profonde

et vaste cuvette toute préparée pour recevoir les dépôts pliocènes.

A l’époque du Pliocène inférieur, la mer occupait la majeure partie de la vallée du Rhône jusque près de Lyon et la Bresse constituait un lac dont les eaux s’écoulaient vers le Sud dans la mer Pliocène. Dans ce lac en voie d’affaissement continu, se sont accumulés sur plusieurs centaines de mètres d’épaisseur des sédiments fins, dans lesquels nous avons pu distinguer : une zone inférieure marneuse (zone de Mollon), une zone moyenne de sables, de marnes et d’argiles réfractaires avec minerais de fer (zone de Condal), et une zone supérieure marneuse (zone d’Auvillars).

Pendant que s’effectuaient ces dépôts, la forme de la cuvette bressane se modifiait progressivement; il en résulte que la zone de Mollon est localisée dans le Sud, que la zone moyenne occupe presque toute la dépression, tandis que la zone supérieure ne s’est formée que dans la région centrale du côté de l’Ouest. Les mouvements orogéniques ont continué jusqu’à la fin du Pliocène inférieur, dont les assises se montrent assez fortement relevées au pied du Jura, contrairement aux idées jusque-là admises.

Le Pliocène moyen et le Pliocène supérieur présentent des caractères tout autres : ce sont des dépôts essentiellement fiuviatiles. La formation de ces alluvions a été accompagnée de phénomènes assez complexes que je vais rapidement analyser.

Nous avons dit que le relèvement en masse des couches du Pliocène inférieur avait eu, pour cause première, une dernière surélévation de la chaîne des Alpes. Ce changement de la pente générale fut accompagné d’un creusement des vallées jusqu’à <0 mètres au moins au-dessous du niveau actuel. Des glaciers ne tardèrent pas à s’établir sur le massif alpin surélevé et à s’avancer progressivement vers les plaines. C’est à l’étahlissement de ces glaciers que nous attribuons l’intensité remarquable du phéno-

mène de transport de graviers qui caractérise la fin dn Pliocène et le Quaternaire.

A l’époque du Pliocène moyen, le Rhône, encombré par des masses de galets amenés par des torrents glaciaires, comble son lit sur une hautenr de plus de loo mètres. La Saône et le Doubs, dont les niveaux dépendent de celui du Rhône, sont obligés de combler également leurs vallées. C’est alors que se forment les cailloutis et tufs de Meæimieuæ et de Montluel, les sables de Trévoux, les cailloutis d’Azans, près Dôle, etc.

L’activité torrentielle s’accentue encore avec le Pliocène supérieur, par suite de la progression des glaciers. Les nappes de graviers alpins franchissent la plaine suisse, encore incomplètement crensée, sur un plan incliné de terrains mollassiques, qui leur permet d’emprunter les cols du Jura méridional {92), pour s'étaler sur la Bresse, par les vallées du Suran, de l’Ain et du Rhône. Au même moment, le Rhin, alors tributaire de la Saône, amenait à travers le Jnra septentrional, parla vallée du Doubs, les cailloutis alpins de la forêt de Chaux et de la forêt d’Arne.

A cette période de grands remblaiements, succède une nouvelle période de creusement des vallées. Le creusement n’est pas continu, mais interrompu par des temps d’arrêt, pendant lesquels l’alluvionnement s’opère de nouveau. Ces phénomènes provoquent sur le pourtour de la cuvette bressane la formation de dépôts de cailloutis étagés enterrasses, qui sont jusqu’au nombre de cinq dans la Dombes. La terrasse de 40 mètres est surtout fort étendue et occupe la majeure partie de la Bresse centrale. C’est elle qui renferme les gisements classiques de Vhorizon de Chagny. (Voir plus haut l’histoire quaternaire de la Bresse.)

J’ai fait, en outre, dans ce mémoire, une étude détaillée des faunes successives de Mollusques qui caractérisent les divers horizons de la Bresse, depuis l’Eocène jusqu’au Quaternaire. Pour le Pliocène, en particulier, je suis arrivé à établir une corrélation étroite et tout à fait inattendue des faunes de la Bresse

avec celles des lacs levantins pliocènes du bassin du Danube et de la région de la mer Egée. La faune de ces lacs est caractérisée par une tendance de plus en plus marquée à mesure qu’on s’élève stratigraphiquement, à l’ornementation du test (côtes, carènes tubercules) des différents genres de Mollusques à quelque groupe zoologique qu’ils appartiennent : tels les Vivipara, Melanopsis, Valvata, Unio, Sphœrium, etc. Quelles que soient les causes biologiques, encore obscures, de ce phénomène, j’ai retrouvé en Bresse, une succession et une évolution tout à fait identiques à celles de l’Orient, ce qui m’a permis de préciser les parallélismes jusque là restés fort vagues avec les couches levantines.

Le Pliocène d’Espagne et d’Algérie. — J’ai visité les couches pliocènes des environs de Barcelone et fait ressortir (94) les similitudes avec le Pliocène du Roussillon, en particulier au point de vue du grand développement que prennent les limons continentaux du Pliocène moyen, dans le bassin de l’Ampourdan et dans la grande vallée longitudinale qui recoupe le massif primaire du littoral catalan. L’importance de ces formations avait échappé aux observateurs précédents.

En Algérie {82), j’ai émis et défendu l’opinion que les marnes bleues des vallées de Kabylie et du Sahel d’Alger, considérées, après Pomel, comme miocènes (étage Sahélien) étaient, en réalité, pliocènes et correspondaient trait pour trait aux argiles plaisanciennes du Piémont et de la vallée du Rhône. Cette opinion paraît avoir rallié aujourd’hui la majeure partie des stratigraphes.

ni. ÉPOQUE MIOCÈNE

Mes recherches sur l’époque miocène forment sans doute le point le plus important de mon oeuvre stratigraphique.

Coordination générale du Miocène (4i,47)- — L’histoire de la période Miocène en Europe était encore, il y a une dizaine d’années, tout à fait confuse et remplie de contradictions sur les points les plus fondamentaux. C’est ainsi qne, dans le bassin de Vienne, M. E. Suess avec la plupart des géologues autrichiens reconnaissaient deux grandes transgressions mannes ( I et 2' étages méditerranéens) séparées par une période de régression correspondante au dépôt du Schlier. La fin de la période miocène ou Miocène supérieur correspondait à des phénomènes de dessalure et de régression de plus en plus accentués à travers les étages Sarmatique et Pontique.

En France, au contraire, sous l’influence alors dominante des travaux suisses, on n’admettait avec Fontannes qu’une seule invasion marine représentée par le grand étage Helvétien ou Mollasse marine, suivi d’une régression dite Tortonienne, dont les dépôts saumâtres et continentaux (Mollasse d’eau douce supérieure) étaient considérés comme équivalents des formations marines de Tortone en Italie, et de Baden en Autriche. Mais que devenaient alors dans la Méditerranée occidentale les grands étages Sarmatique et Pontique de géologues d’Orient, puisque Fontannes et moi-même avions démontré (3i,5o) l’âge pliocène des couches à Congéries de la vallée du Rhône et de l’Italie ?

En ce qui concernait la succession stratigraphique des faunes terrestres, le désaccord était plus frappant encore, puisque d’un

avis unanime les géologues suisses, bavarois et autrichiens plaçaient aa-dessas de la Mollasse marine la faune dite de Sansan que les travaux français plaçaient non moins unanimement à la base du Miocène marin dans un étage à faciès continental dit Langhien.

M. E. Suess, dans l’admirable exposé de l’histoire de la Méditerranée qui forme l’un des importants chapitres de VAntlitz der Erde, avait contribué plus que tout autre à faire ressortir à mes yeux ces difficultés de coordination. Il me semblait impossible, à la suite de la lecture des travaux suisses, allemands et autrichiens que de pareils dissentiments pussent porter sur les faits ou sur des erreurs d’observation et il devenait vraisemblable de les attribuer à une manière différente de comprendre les limites des grands étages, c’est-à-dire à un défaut d’observations compa-

Le point de départ de mes recherches a été le bassin du Rhône, déjà illustré par les belles Monographies de Fontannes, dont j’ai dû assurer la tâche de continuer l’œuvre stratigraphique. Après la mort de ce savant, je repris d’abord, en utilisant quelques-unes de ses notes manuscrites, l’étude détaillée des Terrains tertiaires marins de la côte de Provence. Les résultats stratigraphiques de cette étude publiée en deux volumes (24,36) constituaient déjà un important progrès dans la connaissance du Miocène méditerranéen. Ce travail révélait, en effet, l’existence, à la base de ce terrain, de deux horizons géologiques jusque-là méconnus, VAqaitanien marin de la région de Carry et le Langhien marin de Sausset, avec des faunes tout à fait analogues à celles des faluns de Mérignac, de Saucats et de Léognan dans le Bordelais. C'était seulement au-dessus de ces horizons du Miocène inférieur que j’observais sur la côte de Provence le véritable Jîefoétj'en ou Miocène moyen avec la faune de Touraine, de Saint-Gall et de

Ainsi se précisait déjà à mon esprit la possibilité de suivre ces

divers horizons, en remontant le bras de mer miocène qui faisait le tour des Alpes par la vallée du Rhône et la Suisse jusqu’au hassin du Danube.

C’est dans le but d’éclaircir définitivement l’histoire si mal établie de la Méditerranée miocène que j’ai entrepris un long voyage d’études comparatives te long de la chaîne des Alpes par la Suisse, le duché de Bade, le Wurtemberg, la Bavière, l’Autriche, la Hongrie et enfin l’Italie du Nord. Le but de cette étude était précis ; les résultats ont été, comme on va le voir, décisifs.

En remontant la vallée du Rhône, je suivais sans difficulté les dépôts du Miocène inférieur ou premier étage méditerranéen, représentés par les sables à Scutelles et la mollasse marno-calcaire de Saint-Paal-Trois-Châteaux jusque dans le Jura méridional et je constatais qu’en Suisse, la partie supérieure seule de ces assises trouvait un équivalent dans le Muschel-sandstein des géologues suisses. Puis, de proche en proche, j’arrivais au pied du massif bohème, dans le bassin de Horn ou hassin extra-alpin de Vienne et j’étais frappé de l’identité stratigraphique et paléontologique du premier étage méditerranéen de M. Suess avec notre mollasse inférieure du Dauphiné, avec les couches de la cité de Carry et avec les faluus inférieurs du Bordelais. L’unité et l’extension du premier étage méditerranéen dans tout le synclinal subalpin se trouvait ainsi définitivement établie.

Pour le Miocène moyen (Helvétien-Tortonien), les graves difficultés résultant de l’idée fausse que les géologues français s étaient faite de l’antériorité de la faune de Sansan, par rapport aux dépôts marins helvétiens, disparaissaient à leur tour devant la constatation formelle des types les plus caractéristiques de cet horizon dans le Tortonien et le Sarmatique du bassin de Vienne et dans toute la mollasse d'eau douce supérieure de la Suisse et de la

Par cette constatation même, nos couches d’eau douce du Mio-

cène supérieur français qui ne contiennent plus la faune de Sansan, mais la faune (très différente) de Pikermi cessaient de pouvoir être considérées comme tortoniennes, mais devenaient rigoureusement équivalentes de l’étage Poutien de l’Orient qui renferme les mêmes types d’animaux terrestres.

L’histoire de la période miocène dans toute l’Europe s’éclairait ainsi d’un jour nouveau et je pouvais la synthétiser dans les grandes lignes suivantes :

Au-dessus des formations presque partout lagunaires de la fin de l’Oligocène (Aquitanien), on doit distinguer un grand étage inférieur avec l’horizon des faluns de Saucats et de Léognan à la base et celui de la mollasse calcaire du bassin du Rhône au sommet, Le premier de ces horizons répond à une phase de début encore peu prononcée de la transgression marine miocène qui, dans le bassin du Rhône, atteint seulement la Drôme, tandis qu’avec l’horizon supérieur, elle pénètre en Dauphiné, en Savoie, en Suisse et, de là, par la Bavière, jusqu’au bassin extra-alpin de Vienne.

A ce premier groupe naturel de couches qui répond exactement au premier étage méditerranéen d’Autriche, j’ai appliqué le nom d’étage Burdigalien, à cause de la riche faune des faluns de Bordeaux. La faune d’animaux terrestres de cet étage a un cachet archaïque par la présence d’un Anthraoathéridé (Brachyodus), des Palæochærus, de l’état peu ramifié du bois des Cervidés (faune des sables de l’Orléanais et d’Eggenburg).

Au 2' étage méditerranéen répondent deux sous-étages qui ont avant moi reçu le nom de Helvétien et de Tortonien, bien que leur séparation soit pour ainsi dire impossible lorsqu’ils se présentent sous le même faciès. Il s’agit bien, en réalité, d’une seule période à laquelle j’ai appliqué le nom d’étage Vindobonien, à cause de la richesse des gisements fossilifères des environs de Vienne.

Le Vindobonien inférieur a pour type l’horizon fossilifère le

plus important de la Suisse, celui de Saint-Gall et de Berne. Il peut être désigné sous le nom d’Helvétien et répond au maximum de transgression de la mer Miocène qui envahit à ce moment la Touraine, la Randen, les environs d’Ulm et forme en Autriche, au-dessus du Schlier, les sables de l’horizon du Grand. En Italie, se déposent à la même époque les marnes à Ptéropodes des Langhe, surmontés par les sables verts de la Superga, attribués à tort jusqu’ici au i«' étage méditerranéen. Dans le bassin du Rhône, cet étage répond à une masse de sables et de grès, terminée par l’horizon marno-calcaire du Visan.

La phase de régression commence avec le sous-étage supérieur ou Tortonien, pendant lequel la mer de la vallée du Rhône est séparée de celle du bassin de Vienne par une large région exondée où s’est formée la mollasse d'eau douce supérieure de Suisse et de Bavière,

Enfin, avec l’étage Pontique ou des couches à Congéries de Vienne, la régression atteint son minimum et la Méditerranée presque entière se trouve asséchée et remplacée par des lagunes saumâtres. Grâce à ces conditions géographiques spéciales, des communications nouvelles s’établissent entre l’Europe et l’Afrique ou TAsie-Mineure et une nouvelle faune d’animaux terrestres, à affinités africaines, la faune de Pikermi envahit le continent européen et nous fournit un point de repère très net pour délimiter le Miocène supérieur.

Les conclusions de cette étude ont été adoptées par la plupart des géologues et sont passées dans les traités classiques.

Le Miocène de l’Italie du Nord.— J’ai étudié (45)47) Miocène des collines de Montferrat et du pied de l’Apennin ligure comparativement à celui de l’Autriche et de la France. J’ai montré que le Burdigalien y était représenté par des grès et des psammites peu fossilifères et confondus pour ce motif avec T Aquitanien sous-jacent. Les marnes à Ptéropodes qui lui succèdent

et qui sont le type de l’étage Langhien de M. Meyer occupent une position intermédiaire entre le Burdigalien et le Vindobonien et se placent, en conséquence, au niveau du Schlier d’Autriche. Ce faciès pélagique des marnes à Ptéropodes ne constitue d’ailleurs pas-'un niveau bien défini, car il se reproduit de nouveau avec un aspect identique au-dessus des grès serpentinenx de h Superga; ceux-ci répondent exactement à l’Helvétien (sensu stricto) et non au i"' étage méditerranéen, comme le pensait M. Suess.

Au-dessus des marnes tortoniennes de Saint-Agathe, le Miocène se termine parla formation gessoso solfifera que surmontent des limons rouges et des cailloutis torrentiels jusque-là méconnus par les auteurs. Ces couches continentales répondent à la grande phase de régression du Politique.

Le Miocène de Languedoc. — Dans la région de Béziers et de Narbonne, le Miocène présente quelques particularités intéressantes (88,99). Burdigalien annonce le début d’une transgression encore peu accusée et dépassant peu le rivage actuel ; au contraire, la mer Vindobonienne s’est avancée beaucoup plus loin et a baigné le pied des massifs anciens de la Montagne-Noire et des Cévennes méridionales. Les phénomènes de rivage (estuaires, conglomérats, falaises), sont très fréquents le long de ces massifs et j’ai pu décrire à Autignac un récif frangeant a polypiers, le seul de cette époque qui existe en France.

Le Miocène supérieur (Pontique) est bien représenté dans les collines de Montredon (61, 62), où se trouve un admirable gisement que j’ai longuement fouillé pour y recueillir la faune terrestre de cette époque.

Le Miocène supérieur de Cerdagne. —J’ai décrit (6, 8), en colloboration avec M. Rérolle, la stratigraphie du bassin lacustre de Cerdagne situé sur le versant espagnol des Pyrénées,

et montré en nous appuyant à la fois sur les faunes et les flores fossiles, que ce bassin, jusque-là attribué à l’époque pliocène, était en réalité miocène et correspondait exactement à l’époque pontiquè.

Le Miocène en Egypte. — Les documents recueillis par M. Fourtau dans l’isthme de Suez, la région du Caire et le Sinaï m’ont permis (97, 106) d’apporter un important progrès à la connaissance des terrains tertiaires de la région égyptienne.

Le Burdigalien, dont l’existence n’était pas soupçonnée en Egypte, malgré les travaux de Schweinfurth, de Beyrich, de Zittel, etc., est bien développé au pied du Gebel Geneffe et se compose de grès à Echinides et faune de Pectinidés caractéristique. On retrouve le même étage à l’Onady Wettern sur le flanc du massif du Sinaï.

Le Vindobonien est en superposition sur l’étage précédent au Gebel Geneffe; il comprend à la base un horizon de marnes gypsifères qui est intéressant parce qu’il rappelle la phase de régression et d’évaporation du Schlier dont il occupe la position stratigraphique. Puis viennent des mollasses calcaires helvétiennes à Pectinidés spéciaux, et le tout se termine par des bancs de Polypiers très développés (récifs miocènes).

La mer pliocène a également pénétré dans la basse vallée du Nil et a laissé aux environs du Caire, près des pyramides de Gizeh, des dépôts de sables jaunâtres à grandes Clypéastres et bancs de Pecten d’espèces identiques à ceux du Pliocène français. Un fait spécialement intéressant est la présence du Pecten Erythræensis qui vit actuellement dans la mer Rouge. Cette espèce a dû s’introduire de la Méditerranée dans la mer Rouge à une époque où la première de ces deux mers s’étendrait plus au Sud, à travers l’isthme de Suez, sur une partie de la région érythréenne.

indiqué que le Miocène supérieur ne se montrait partout en Europe qu’à l’état de dépôts saumâtres et continentaux et que nulle part on n’observait de couches de cet âge franchement marines. M. Ed. Suess, frappé de cette absence de dépôts marins pontiens, avait émis l’hypothèse, d’ailleurs assez rationnelle, que les lignes de rivage de cette époque de grande régression de la mer étaient plus basses que les rivages actuels et échappaient en conséquence à notre observation. Cette hypothèse avait été fort généralement acceptée par les géologues.

A la suite d’observations géologiques que j’avais pu faire en Algérie (8o, 82), j’avais été frappé du faciès spécial de la faune de Mollusques contenue dans des marnes bleues de la vallée du Chéliff, attribuées par Pomel à son étage Sahélien. Cette faune, qu’il était impossible de ne pas attribuer au Miocène en raison de la présence de formes très caractéristiques, telles que Cardita Jouanneti et autres, présentait néanmoins un curieux mélange de formes habituelles au Pliocène, et, ce qui me frappait plus encore, les espèces miocènes étaient représentées par des variétés marquant une tendance vers les formes représentatives dans les temps pliocènes. J’émis alors le premier l’opinion que l’on se trouvait en présence d’une faune de passage entre le Miocène et le Pliocène et que cette faune ne pouvait appartenir qu’au Miocène supérieur, dont le faciès marin était encore inconnu.

L’un de mes élèves, M. Brives, ayant justement choisi cette région du Chéliff pour sujet de thèse de doctorat, j’attirai spécialement toute son attention sur ce point d’un intérêt général considérable et, à la suite d’une étude monographique à la fois stratigraphique et paléontologique, M. Brives put établir sur des preuves définitives la réalité de mon hypothèse à laquelle j’ai eu le plaisir de voirM. Suess se rallier immédiatement.

Ainsi se trouvait établies pour la première fois les conditions

géographiques de l’époque du Miocène supérieur dans la Méditerranée : presque partout, et sous l’influence des derniers grands mouvements alpins, la mer est en régression et l’on ne trouve plus en Espagne, en France, en Italie, en Autriche, en Grèce, en un mot sur tout le pourtour nord de la Méditerranée que des dépôts de faciès lagunaire ou même franchement continental. La Méditerranée orientale avait peut-être entièrement disparu et la Méditerranée occidentale s’était rejetée sur sa rive sud, empiétant un peu sur les basses vallées africaines, et se mettant en communication avec l’Atlantique non par le détroit de Gibraltar alors fermé, mais par un chenal à travers le Maroc.

Les travaux de M. Gentil sur la vallée de la Tafna (province d'Oran), et celles plus récentes de M. Brives sur le Maroc central et occidental ont confirmé pleinement la distribution géographique que j’avais indiquée pour la mer Pontienne et la communication Atlantique par le seuil marocain.

Les phénomènes continentaux fluviatiles de la fin du Miocène.—La fin du Miocène a vu se produire sur nos contrées, en particulier sur le pourtour des Alpes, un régime fluvio-torrentielavec transport violent et dépôtdenappesdegraviers,analogues à ceux de la fin du Pliocène et des temps quaternaires.

La Durance miocène tout spécialement (69, 70) a construit en aval de Sisteron un immense cône torrentiel caillouteux, de 5o kilomètres de long, et un arc de base de 35 kilomètres. C’est une véritable Crau miocène dont j’ai indiqué l’allure et l’extension si remarquables sur une carte (70).

De même, une autre rivière subalpine, l’Eygues, a construit en aval de Nyons un delta analogue confondu avant mes recherchss (49, 5o) avec les dépôts pliocènes des plateaux.

Des formations similaires ont été depuis longtemps décrites par Lory dans le Bas-Dauphiné. Mais, dans ce pays, j’ai dû poursuivre, avec l’aide de mes élèves, la distinction délicate entre les

nappes de graviers miocènes et pliocènes, sonvent en contact immédiat les nnes avec les antres.

Il m’est ainsi devenu possible (70) de donner une idée exacte de la distribution, en altitude et en surface, des phénomènes de transport torrentiel se rapportant à chacune des époques miocène, pliocène et quaternaire dans l’ensemble des vallées divergentes des Alpes occidentales. Les travaux de cette nature sont encore, à l’heure actuelle, très peu avancés dans le reste de la chaîne alpine et même dans le bassin de Paris.

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