III.—PATHOLOGIE MÉDICALE
Recherches et expériences sur l’action toxique «lu chloroforme
Académie de médecine, 1848 (Bulletin de l’Académie de médecine, t. XIV, année 1848, p. 289 el 39G).
Les recherches de Fauteur sur l’action toxique du chloroforme ont eu pour résultat de faire connaître les circonstances et les conditions qui rendent dangereux l’emploi de la méthode anesthésique dans les opérations chirurgicales. A l’époque où il les fit connaître, l’Académie de médecine était sur le point d’absoudre le chloroforme de tous les accidents qu’on lui imputait. Les communications de l’auteur n’ont pas été étrangères au revirement qui s’eSt opéré dans l’opinion. Le premier il a assigné la dose où le danger commence; le premier il a montré, par des expériences sur les animaux, qu’une faible dose de chloroforme injectée dans les veines cause la mort immédiate, et a la propriété de déchiqueter, de détruire les globules du sang; le premier, enfin, il a fait voir que la mort par le chloroforme n’est jamais, comme le prétendaient la plupart des chirurgiens, causée par l’asphyxie résultant de l’emploi d’appareils vicieux, mais par une véritable intoxication pulmonaire. Enfin le premier il a indiqué la cautérisation pharyngienne avec l'ammoniaque comme moyen de rappeler à la vie les sujets frappés de mort imminente par le chloroforme. Ce moyen, trop négligé, est incontestablement le meilleur.
Ce travail est la coordination et le complément des recherches anatomiques faisant partie de l’ouvrage couronné par l’Académie en 1857, sur lesquelles la commission s’est exprimée comme il suit :
« La commission s’est arrêtée sur deux ordres de recherches d’une très-grande importance, » et dont l’indication va clore dignement l’analyse de cette partie du travail de M. Guérin : « nous voulons parler de l’histoire des difformités générales chez les monstres et le fœtus, et » de l ’histoire générale du rachitisme. »
■ Les principaux faits signalés par l'auteur, relatifs au rachitisme, sont les suivants :
• A. L’influence du rachitisme sur le tissu osseux se révèle par quatre ordres de faits distincts :1a déformation, l 'arrêt
it les différentes parties des membi déformations est en rapport avec le ion du squelette implique toujours
notas développés en longueur ou î de celle résultant des déformatioi bas en haut, et graduellement de hî
qui concerne l’étiologie de la maladie, est
arrivé à la reproduire expérimentalement chez
Ayant été conduit, par l’observation clinique, à établir que le rachitisme est une maladie de la première enfance, produite non pas, comme on l’avait cru jusque-là, par une mauvaise alimentation, mais par une alimentation prématurée, c’est-à-dire composée d’aliments de l’àge adulte, non appropriés à l’état des organes digestifs de l’enfance, l’auteur a cherché à reproduire cette maladie chez les animaux, en les soumettant à une alimentation prématurée. 11 a fait voir à quelques membres de l’Académie des sciences plusieurs spécimens de jeunes chiens ainsi rachitisés, dont il conserve }es squelettes dans son cabinet. Cette théorie expérimentale du rachitisme a eu pour conséquence nécessaire une réforme dans le traitement prophylactique et thérapeutique de la maladie. Jusque-là tous les médecins avaient coutume de prescrire aux enfants rachitiques une alimentation tonique et fortifiante : à partir des recherches et des expériences de l’auteur, on a réformé complètement cette pratique : on a supprimé l’alimentation fortifiante prématurée, qui avait pour effet de provoquer et d’augmenter la maladie. M. Trousseau, l'un des premiers, dans son service des maladies des enfants, à l’hôpital Necker, a adopté cette réforme et en a reconnu explicitement l’origine et les avantages.
Avant les recherches consignées dans ce travail, on croyait généralement que le eholéramorbus est une maladie foudroyante, prenant le malade à l’improviste, se manifestant d’emblée par ses symptômes les plus graves; c’était là une cause de terreur bien légitime parmi les populations. L’auteur, d’après une série de faits observés au commencement de l’épidémie de 1852, et qui ont été consignés dans la Gazette Médicale à partir du 12 avril 1852, a été conduit à établir qu’il y a une période prodromique du choléra, appelée depuis prémonitoire par les Anglais, reconnaissable à des caractères certains et constants, et pendant laquelle la maladie est presque toujours curable. Les diverses épidémies observées depuis 1852 ont parfaitement confirmé cette observation, adoptée aujourd’hui, après une longue opposition, dans tous les pays, comme base du traitement prophylactique et clinique du choléra.
Cette observation est devenue, en Angleterre, le point de départ de tout un système de mesures sanitaires nouvelles adopté par le gouvernement comme moyen de prévenir et d’arrêter les explosions épidémiques du choléra. Récemment, le gouvernement français, sur le rapport d’un des membres éminents du comité d’hygiène, de M. le docteur Mêlier, envoyé à cet effet dans la Grande-Bretagne, a établi un système de mesures prophylactiques analogues à celles mises en pratique chez nos voisins. En Angleterre, comme en France, il est explicitement admis et reconnu que ce système a pour base le fait signalé par l’auteur, de Xexistence d'une période prodromique ou prémonitoire du choléra.
Cette découverte n’a pas seulement mis entre les mains dé la médecine et de l’administration un moyen de combattre efficacement cette redoutable maladie et d’en prévenir le développement épidémique, elle a encore et surtout servi à rassurer les populations contre le danger des attaques foudroyantes.
Dans cet ouvrage, couronné par l’Académie des sciences (t), l’auteur a fait connaître, d’après le relevé officiel des cas traités dans les hôpitaux en 1852, les résultats statistiques des différentes méthodes de traitement employées.
Il résulte de cette application de la statistique faite à la médecine avec de grands nombres, comme le voulait Poisson, que le traitement du choléra par les saignées etles antiphlogistiques, a eu les plus funestes résultats. La mortalité du Val-de-Grâce place cet établissement après l 'hospice de la Vieillesse et des Incurables. Cette révélation, qui n’a pas été faite sans orages, a eu pour résultat de débarrasser la science d’une grave erreur, et l’humanité d’une pratique désas-
(1) Séance publique annuelle, année 1833.
CHàPITRE II.