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I. — MÉTHODES CHIRURGICALES

La méthode sous-cutanée, que l’auteur a fait connaître dans une série de mémoires lus devant l’Académie des sciences depuis 1859, repose sur un .fait physiologique nouveau, l’organisation immédiate des tissus divisés sous la peau et maintenus à l'abri du contact de l’air, et donne lieu à un résultat capital pour la chirurgie : l’absence de tonte inflammation suppurative.

Dans une première série de mémoires, on s’est efforcé d’établir, par des expériences nombreuses et répétées dans toutes les conditions, le fait de l’innocuité absolue des plaies souscutanées, quels que fussent leur siège, leur dimension, quels que fussent les tissus intéressés, depuis les tendons, les organes les plus inertes de l’économie, jusqu’aux nerfs, lès organes les plus irritables. Puis on s’est occupé de déterminer le caractère physiologique du travail qui se fait entre lès parties divisées sous la peau, et maintenues à l’abri du contact de l’air. On a prouvé que ce fait n’est ni un amoindrissement du travail inflammatoire des plaies ouvertes, ni la reproduction sous une forme quelconque de ce qu’on est convenu d’appeler T inflammation adhésive des plaies réunies par première intention, mais qu’il consiste, pour tous les tissus, en un travail de réparation et de reproduction entre les parties divisées et séparées, dont le

caractère général est de s’organiser immédiatement sans la moindre trace à’inflammation suppurative. Dans cette œuvre admirable de reproduction immédiate, l’économie supprime et enjambe, en quelque façon, la période pathologique des plaies ouvertes : c’est là son caractère indélébile, certain, absolu, à la faveur duquel la chirurgie a pu entreprendre et réaliser une révolution àlaquelle elle n’avait jamais songé.

Dans une seconde série de mémoires, l’auteur a fait connaître les applications les plus importantes de la méthode, applications dont il avait donné lui-même la première indication ; ces applications se rangent sous deux catégories : les sections et les ponctions.

Dans une troisième série de mémoires, l’auteur, étudiant avec plus de précision et de profondeur toutes les conditions et toutes les modalités du fait de l’organisation immédiate, a établi de nouveaux principes propres à éclairer le mécanisme de la régénération des tissus divisés sous la peau, et a déterminé les conditions en vertu desquelles le blastème organique, fourni par les extrémités divisées, produit les tissus similaires ou le tissu cicatriciel seulement.

Dans une dernière série de mémoires, l’auteur, essayant de relier entre elles toutes ces études physiologiques et les applications pratiques qui en découlent par les liens de leur commune origine, a indiqué les caractères à l’aide desquels on peut les reconnaître toutes, comme émanant d’une même idée et se rattachant toutes à cette idée. Il a fixé les règles propres à assurer, dans toutes les conditions, le résultat général de la méthode, et le bénéfice de cette dernière dans chacune de ses applications pratiques. C’est par ce travail, auquel il a cru pouvoir donner le titre de généralisation de la méthode sous-cutanee. qu il s’est efforcé d’imprimer à son œuvre le cachet d’originalité, de généralité et de précision dont elle est susceptible.

En effet, depuis quinze ans que la méthode sous-cutanée a été mise à la disposition de la chirurgie, elle s’est répandue dans le monde entier, elle a été adoptée par tous les chirurgiens, et elle â donné lieu à d’innombrables applications aussi propres à confirmer les promesses du passé, qu’à encourager les espérances de l’avenir.

On se bornera à rappeler ici les plus importantes applications de la méthode sous-cutanér réalisées jusqu’à ce jour.

Elle comprend la section des plus forts muscles du corps humain comme des plus petits; elle a donné lieu à une multitude d’opérations d’une grande étendue, et intéressant des masses musculaires tout entières. En raison des dangers inséparables des grandes plaies musculaires faites par les méthodes ordinaires, personne n’avait songé et n’aurait osé songer

à tenter ces opérations. Ce n’est que du jour où elles ont pu bénéficier du caractère d’immunité de la méthode générale, qu’on a connu les services que l’on pouvait tirer de la myotomie. L’histoire des applications successives dé cette méthode met celte vérité hors de doute.

Mais indépendamment des règles propres à assurer la parfaite innocuité de la section souscutanée des muscles, l’auteur a fait connailre celles qui décident de l’organisation spéciale du* tissu de nouvelle formation, ainsi que celles qui peuvent faire éviter les obstacles 4 cette organisation : telles sont : la contraction physiologique provoquée des muscles à diviser, dans, le but d’en augmenter la tension et la rigidité; la formation du pli cutané, la section par pression des cordes tendineuses, etc.

Opération doublement nouvelle, et par la nature des tissus divisés et par la mélhode employée. D’après les croyances établies jusqu’alors sur le danger particulier des plaies articulaires, personne n’aurait cru qu’on pùt diviser impunément les ligaments qui entourent une articulation. Cette opération, pratiquée pour la première fois dès 1859 (mémoire lu à l’Académie des sciences. Sur les plaies sous-cutanées des articulations), a été répétée depuis par l’auteur un grand nombre de fois.

Mais il importe de faire ressortir le caractère le plus original de cette opération. Ilne s’agit pas seulement de la mise en œuvre d’un procédé opératoire exempt de danger, mais du caractère rationnel même de l’opération. Or, dans deux communications faites à l’Académie, l’auteur a posé en principe que le système tendineux et ligamenteux jouit de la propriété de se rétracter activement, de participer jusqu’à un certain point au fait général de la rétraction-musculaire; dès lors il participe à la production des difformités articulaires, pour une somme d’action qui règle la mesure de l’utilité rationnelle de la syndesmotomie. Les principales opérations pratiquées à la lumière de ce principe sont la section des ligaments du pied et du genou, dans les conditions mécaniques où la brièveté de ces ligaments fait obstacle au redressement de la difformité.

Dans cette opération, qu’on a le droit de qualifier sans précédents, il convient de distinguer

deux ordres de résultats nouveaux : le premier, qui est le plus important et le plus général, a été d’établir d’une manière irréfragable le principe et le caractère d’innocuité de la méthode sous-cutanée : aucune des plaies n’a suppuré, et le malade n’a pas éprouvé le plus petit accès de fièvre ( un des illustres membres de l’Académie, qui avait assisté à l’opération, s’est assuré ’que, quelques heures après, le sujet était parfaitement calme et profondément endormi). Le second résultat a été de porter remède à une infirmité générale, et considérée jusqu’alors comme tout à fait incurable. On a pu discuter sur l’étendue du service rendu; mais, à quelque degré qu’on l’ait voulu réduire, il a servi de point de départ à une foule d’opérations particulières, dont ce cas exceptionnel a été le spécimen général.

so.

A l’appui de ce mémoire, dont la doctrine se rattache à la théorie de la rétraction musculaire, l’auteur a présenté des malades guéris de hernies anciennes inguinales et crurales dont laguérison (chez quelques-uns) ne s’est pas démentie. Depuis, l’auteur a répété plusieurs fois cette opération, toujours sans danger aucun et souvent avec un succès complet et durable.

1 On sait que la cure radicale des hernies est le problème qui a le plus préoccupé les chirurgiens depuis un siècle.

Ce premier essai d’une opération difficile et imprévue n’avait pas eu d’abord d’imitateurs, parce qu’on la regardait généralement comme impraticable; elle vient d'être vulgarisée à l’hôpital Saint-Pierre de Bruxelles,' avec de légères modifications. On a substitué à la section des piliers et de l’anneau à l’aide d’un instrument mousse, la déchirure sous-cutanée de l’anneau avec le doigt.

Dans ces deux communications, relatives à deux applications étiologiques et pratiques nouvelles de la théorie de la rétraction musculaire dans ses rapports avec les muscles du cou, l’auteur a fait connaître la méthode et les procédés particuliers, opérations chirurgicales et appareils mécaniques, à l’aide desquels il a produit la guérison complète d’une difformité qu’on n’avait fait qu’amender jusque-là.

Voici, du reste, les conclusions du rapport de la commission des hôpitaux sur cet ordre de résultats :

« 11 n'y a aucun résultat qui ne témoigne de l’efficacité de l’orthopédie pour guérir pu améliorer le torticolis, et quatre d'entre eux peuvent être considérés comme de très-beaux succès, confirmant la justesse des vues et des principes orthopédiques proposés par M J. Guérin, et attestant la, valeur des appareils et des méthodes qu’il emploie.'

» Sous le rapport des principes, on sait que M. J. Guérin considère le torticolis comme un produit de la rétraction primitive des muscles du cou, lequel est susceptible de varier, de se modifier, de se compliquer en raison du siège, du degré et de la combinaison de la rétraction dans tels ou tels muscles. De plus, il avait signalé dès longtemps un ordre de déformations secondaires, procédant de l’inclinaison consécutive du cou, inverse à l’inclinaison de la tête. Cette étiologie, ainsi précisée, a conduit le chirurgien à des indications aussi variées et aussi nouvelles que les éléments d’action de la cause auxquels le traitement doit satisfaire.

La myotomie sous-conjonctivale, qui est une des applications les plus délicates de lamétHode sous-cutanée, a sur les méthodes ordinaires des avantages qui ne sont plus aujourd’hui

contestés par personne. Elle a surtout pour caractère d’empécher la saillie anormale du globe oculaire et l’exagération de l’ouverture palpébrale, de prévenir l’abolition du mouvement;

inconvénients presque inséparables des méthodes ordinaires et qui ont discrédité l’opération du strabisme, à ce point qu’elle est aujourd’hui généralement abandonnée. Le but et le

résultat de la myotomie sous-conjonctivale sont de conserver à l’oeil redressé sa forme, son harmonie, ses fonctions.

L’opération ou les opérations imaginées pour remédier au strabisme consécutif (résultant des accidents produits par les méthodes ordinaires) forment le complément de la méthode

sous-conjonctivale : par la première, on prévient les accidents fâcheux des méthodes ordinaires; par la seconde, on y remédie. La légitimité de cette double prétention est attestée

par l’extrait qui suit du rapport de la commission des hôpitaux sur les traitements de l’auteur :

* En résumé, M. J. Guérin a opéré cinq sujets atteints de strabisme primitif et consécutif, lesquels ont donné lieu à neuf opérations, pour neuf yeux déviés. Dans les neuf cas, le redressement' a été complet.

» Ces résultats ont été obtenus par deux méthodes qui sont propres 4M. Guérin, et ils ont confirmé de tout point les avantages qu'il leur attribue, à savoir :

» Pour-la méthode sous-conjonctivale :

» 1" De ne pas donner lieu à des accidents inflammatoires;

» 2“ De ne provoquer aucune végétation de la cicatrice ;

» 3" De ne pas détruire la caroncule palpébrale;

> 4“ De ne pas produire d'ouvertnre anormale des paupières, ni d'exophthalmos ;

» 5* De ne pas abolir plus ou moins complètement les mouvements correspondants aux muscles divisés ;

» 6” En un mot, de ne laisser aucune trace fâcheuse de son emploi :

» Tous inconvénients observés trop souvent après d'autres méthodes.

» Pour la méthode de traitement du strabisme consécutif :

» 1* De rétablir et de fixer dans leurs rapports normaux les membranes de l’œil et les extrémités des muscles, divisés et greffés, les uns et les autres, d’une manière vicieuse ;

» 2" De rétablir le repli caronculaire plus ou moins complètement détruit ;

» .3° De restituer a l’œil sa direction, sa forme, ses mouvements et son expression, altérés ou détruits par des applications vicieuses de la myotomie oculaire : le tout sans accidents capables de compromettre la santé des sujets ou l’intégrité de l’organe de la vision. •

A l'appui de cette note, l’auteur a présenté des sujets auxquels, en peu de jours, il avait considérablement accru la portée de la vue, sans rien lui faire perdre de sa précision .

Les résultats de cette application entièrement nouvelle de la myotomie ont été l’occasion d’une contradiction vive et passionnée. Voici, en dernier lieu, la manière dont la commission des hôpitaux a apprécié les résultats de cette méthode :

« 1" Il existe des déviàtiôhsdé f épine produites par la rétraction musculaire, au même titre que le pied-bot, le torticolis, le strabisme, etc.

» 2" Ces déviations, sans préjudice de celles produites par d’autres 'causes, offrent, comme le pied-bot, le strabisme et le torticolis, des caractères qui leur sont propres, et qui ne permettent pas de les confondre avec lés déviations d’une nature différente.

» 3° En principe, la déviation de l’épine, produite par la rétraction musculaire, réclame, Comme le pied-bot, le torticolis et le strabisme, la section des muscles rétractés et le concours auxiliaire des moyens mécaniques.

» 4" Les déviations musculaires, diversifiées à l’infini par le siège, le degré et les combinaisons de la rétraction impliquent, en raison de ces différences, des applications différentes de la myotomie.

» 5“ Les résultats de la myotomie rachidienne, quoique généralement moins favorables et plus difûciles à obtenir que ceux produits par la section des muscles du pied, de la jambe, du cou, de l’œil, etc., sont tels, néanmoins, qu’il est impossible de méconnaître l'efficacité de cette méthode.

» 6° Il est possible, quel que soit le degré d’amélioration obtenu par le traitement chirurgical et mécanique

dé aton 1 té le

Le premier , l’auteur a fait voir que le scapulum peut, comme l’œil, comme le pied, etc., être entraîné et maintenu déplacé par suite de la rétraction des muscles qui s’y insèrent. La' conséquence pratique de cette doctrine a été de diviser sous la peau les muscles rétractés. Plusieurs opérations de ce genre, pratiquées avec succès, ont justifié tout à la fois la doctrine et la méthode.

Cette application de la myotomie sous-cutanée a ouvert une voie nouvelle au traitement de cet ordre de difformités. En outre, l’auteur a signalé deux faits qui méritent de fixer particulièrement l’attention : 1 * la formation de cavités articulaires nouvelles au niveau ou dans le voisinage de la cavité normale absente ou oblitérée, et 2° Y allongement réel des os sous l’influence de la traction continue combinée avec la pression. Ces deux faits ont été constatés sur deux sujets traités sous les yeux de la commission des hôpitaux (Rapport de la commission, p. 78 à 90).

« Ces cas ont été présentés par M. J. Guérin comme offrant des résultats complément nouveaux : formation docavités articulaires nouvelles et allongement réel des os, compensant le raccourcissement produit par la luxation. C’est un genre d’amélioration que l’art n’avait pas soupçonné jusqu’ici, et qui est destiné à suppléer à la réduction complète et permanente, quand celle-ci ne sera pas possible. » ( Rapport de la commission des hôpitaux, p. 86.)

Les études de l’auteur sur cette difformité et les procédés opératoires qu’il a imaginés pour y porter remède ont été l’objet d’une des discussions les plus intéressantes et les plus

approfondies dont l’Académie de médecine ait été le théâtre. Plusieurs mois ont été consacrés à cette discussion, qui a eu pour résultat de mettre en évidence l’exactitude des déterminations étiologiques de l’auteur et l’utilité des procédés opératoires qu’il a imaginés. Le problème à résoudre était des plus difficiles et des plus délicats ; il ne fallait pas seulement redresser les doigts, mais encore et surtout conserver leur mouvement après la section des tendons fléchisseurs. Le procédé imaginé dans ce double but a été de diviser les deux ordres de tendons fléchisseurs en deux points différents : à la paume de la main pour les fléchisseurs superficiels, et au-devant des phalanges pour les fléchisseurs profonds. Par ces procédés,, et à l’aide de certaines précautions propres à prévenir les adhérences et l’écartement trop brusque et trop considérable des portions tendineuses divisées, l’auteur a prouvé qu’on peut obtenir, avec le redressement des doigts, la réunion médiate des moignons tendineux à l’aide d’un blastème intermédiaire, et la conservation du mouvement.

Cette déviation, qui est pour le genou i’analogue du strabisme pour l’œil, du torticolis pour le cou, de la déviation de l’épine pour le rachis, du pied-bot pour le pied, n’avait jamais été considérée comme une dépendance de la rétraction musculaire occupant les muscles, tendons et ligaments du genou. Sous la dénomination de genoux cagneux, on rapportait toutes ces déviations au rachitisme. L’auteur, en prouvant que la plupart des déviations du genou sont le produit de la rétraction musculaire, a donné tout à la fois la clef des nombreuses variétés dont cette difformité est susceptible, et la formule de leur traitement chirurgical. De plus, il a imaginé un appareil nouveau, gouttière articulée latéralement, dépendant du système de la flexion, au moyen de laquelle il est possible, la section sous-cutanée des muscles et des ligaments ayant été faite, de redresser le genou complètement et presque instantanément. C’est une triple conquête étiologique chirurgicale et mécanique dont il n’existait aucun rudiment dans la science.

Voici comment la commission des hôpitaux en a jugé, à l’occasion des faits de guérison dont elle a été témoin :

« M. J. Guérin a cherché à montrer qu’il est possible de distinguer nettement, et à l’aide de caractères précis, les diverses espèces de déviations des genoux ; et qu’il est indispensable d’approprier à chacune d’elles des moyens de traitement différents. De plus, il a eu en vue de démontrer que la déviation latérale interne est souvent causée par la rétraction du fascia-lata,[du biceps et du ligament latéral externe, isolée ou collective, et réalise ainsi un ordre

de difformités analogues au torticolis, au strabisme, au pied-bot, aux déviations de l'épine, dont le traitement principal consiste dans la sclérotomie sous-cutanée. En troisième lieu, il a imaginé deux appareils, nouveaux très-puissants d’après le système de flexion qui lui est propre, la gouttière brisée et l’appareil portatif à inclinaison latérale, a l’aide desquels il complète et assure le bienfait des opérations sous-cutanées. Les résultats obtenus dans les cas qni précèdent ne permettent pas de contester la'justessé des principes et la légitimité des prétentions de M, J. Guérin a leur égard. "(Rapport be i,a commission des hôpitaux, p. 103.

La section sous-cutanée du sphincter anal est une des applications les plus intéressantes de la méthode; elle a eu pour résultat de substituer une opération simple et peu douloureuse à une opération compliquée et extrêmement douloureuse et quelquefois dangereuse. Répétée un très-grand nombre de fois par Blandin, d’après l’initiative de l’auteur, elle est devenue une opération usuelle.

Généralisation de la ténotomie sous-eutanée,

Cette généralisation, considérée d’abord sous le point de vue des méthodes et procédés opératoires qu’elle comprend, a offert ceci de remarquable que c’est par elle qu’on a pu le mieux montrer immédiatement la différence qui existe entre les préliminaires empiriques et isolés du procédé sous-cutané appliqué à la section d’un ou de deux tendons, et la ténotomie régularisée d’après la méthode rationnelle, et rattachée à cette méthode par la communauté de principes et de règles qui relient toutes ses applications. Ainsi, à la suite des sections du tendon d’Achille et du sterno-mastoïdien, les seuls qu’on eût divisés jusqu’alors en réduisant les plaies cutanées à leur plus petite dimension, il y avait eu ou il n’y avait pas eu d’inflammation suppurative, sans que cette différence de résultats fût considérée autrement que comme produit variable de la petitesse des plaies, ou de la vitalité obscure du tissu tendineux. Mais, à partir du jour où les règles du manuel opératoire ont pu s’inspirer du principe physiologique de la méthode, qu’on a su qu’il fallait, pour éviter l’inflammation suppurative, s’y prendre de telle manière et non pas d’une autre, la ténotomie sous-cutanée a pris rang parmi les applications de la méthode générale, et lès nouvelles sections ténotomiques n’ont plus été

une imitation du procédé manuel employé précédemment, mais une conséquence de l’idée scientifique de la méthode, régularisée par le principe essentiel de celte dernière. Dès lors aussi, aucune section de tendon n'a suppuré : on entend celles qui ont été pratiquées avec la précision de la règle et la foi dans le principe.

Mais la généralisation de la ténotomie doit, être considérée à un autre point de vue, au point de vue des applications innombrables inspirées par la découverte de la signification essentielle et étiologique du raccourcissement musculaire : de la rétraction.

Cette généralisation, dont tous les éléments ont passé sous les yeux de l’Académie et qu’elle a récompensée elle-même par un de ses grands prix, est en quelque façon la conclusion pratique des recherches scientifiques qu’elle avait aussi couronnées à une autre époque. S’il était permis d’ajouter quelque chose à l’autorité de tels suffrages et de telles distinctions, on y joindrait les déclarations qui suivent, empruntées au Rapport de la commission des hôpitaux, déclarations qui formulent d’une manière complète et définitive le caractère de certitude des principes posés par l’auteur, et de perfection des résultats pratiques qu’il a obtenus :

« lin soumettant ces dix cas de pieds-bots à la commission, M. J. Guérin n’apas voulu se borner a répéter sous ses yeux ce que d’autres chirurgiens avaient pu faire avant lui, ou en même temps que lui. Son but principal a été de montrer, au contraire, ce que la science et l’art lui doivent de spécial et de nouveau, pour la connaissance et le traitement de cette difformité.

■ Sous le rapport de la science, ramenée à son expression la pins positive et la plus pratique, il a systématisé les innombrables variétés du pied-bot, et formulé, pour chacune d’elles, une méthode de traitement qui satisfait à toutes les indications. Montrer comment chaque muscle, chaque tendon, chaque ligament, commande, décide ou entretient telle ou telle forme de déviation, c’est mettre le doigt de l’opérateur sur la cause à faire disparaître, sur l’obstacle à diviser, sur la direction vicieuse à redresser ; c’est, en un mot, faire rationnellement pour l’ensemble de cette difformité si multiple, si complexe, ce qu'antérieurement on avait tenté empiriquement, pour un seul de ses symptômes (la section du tendon d’Achille contre l’élévation du talon).

» Sous le rapport de l’art proprement dit, il a donné des procédés opératoires qui assurent la parfaite réunion des tendons divisés sans nodosités ni adhérences, et des appareils mécaniques qui effectuent le redressement des difformités de la manière la plus facile, la moins douloureuse et la plus complète : système delà flexion et des brisures multiples-substituées à la pression.

< Les deux ordres de résultats qü’on vient de signaler par rapport au pied-bot peuvent, en reportant un regard d’ensemble sur les six catégories de difformités qui précèdent : strabisme, torticolis, déviations de l’épine, luxations .congénitales, déviations des genoux, pieds-bots, être élevés du particulier au général; ils montrent alors, d’une manière aussi claire que certaine, que l’ensemble de ces difformités si nombreuses, si complexes et si variées, se résume, grâce à M. J.Guérin, dans un seul etmêmëfait, comme leur traitement dans un seul et même moyen. » (Rapport de la commissiondes hôpitaux, p. 132.) '

La connaissance du mécanisme des courbures et des fractures rachitiques a conduit l'auteur à une méthode dont les effets sont aussi efficaces qu’ils étaient imprévus.

Dans cette maladie, les os se composent de deux tissus osseux : l’os ancien réduit à des lamelles perdues dans l’os nouveau. A la seconde période de la maladie, celui-ci est flexible et spongieux. L’effort de redressement immédiat n’a donc à vaincre que les lamelles de l’os ancien. L’auteur les fracture sous la peau par un simple effort de redressement : le tissu nouveau ne fait que céder, que plier, et, par sa continuité non interrompue, il prévient tout déplacement consécutif. Là guérison est immédiate.

Lorsque la courbure est anguleuse et considérable, comme lorsqu’elle résulte d’une fracture, l’auteur fait la section sous-cutanée de l’os au sommet interne de l’angle : le redressement est également immédiat, et l’os divisé, dans la. moitié de son épaisseur seulement, se comporte comme un tendon et se consolide par l’exsudation d’une portion d’os nouveau.

Cette opération n’est pas une des applications les moins intéressantes de la méthode souscutanée.

Ce mémoire renferme une théorie nouvelle du phlegmon et une des applications les plus efficaces de la méthode sous-cutanée. L’auteur a cherché à établir que toute tumeur phlegmoneuse commence par un noyau, espèce de germe ou d’épine morbide déposée au sein du tissu cellulaire. L’incision sous-cutanée de ce noyau a pour effet d’arrêter brusquement le travail de l’inflammation suppurative. Des tumeurs du volume du poing ont pu être enrayées instantanément par cette opération.

Quatre fois déjà l’auteur a fait cette opération, dont la simplicité égale l’efficacité. Il divise en tous sens, sous la peau, la glande douloureuse ; il la sépare, au moyen de ces sections, des filets nerveux et vaisseaux avec lesquels elle est en rapport. Le résultat physiologique de l’opération est la conversion de la glande en un tissu cicatriciel amorphe insensible, qui finit par se résorber, et le résultat thérapeutique est la cessation d un état de douleur et d’irritation qui cause une grande préoccupation aux malades, peut-être aussi qui est, dans certains cas, le précurseur d’une dégénérescence beaucoup plus grave.

Cette application nouvelle de la méthode sous-cutanée, analogue à la précédente, a produit des résultats non moins intéressants, surtout dans les deux cas qui suivent.

Le premier est relatif à un sujet qui offrait dans le trajet du muscle deltoïde une tumeur bosselée de la grosseur d’une forte demi-noix, douloureuse à la pression, et fréquemment le siège d’élancements. Quelques personnes avaient regardé cette tumeur comme une encéphaloïde ; soumise à des incisions sous-cutanees qui l’ont traversée dans tous les sens et hachée en quelque façon, elle a guéri complètement à la faveur d’une transformation du tissu pathologique en tissu cicatriciel.

Le second sujet portait, dans l’épaisseur du mollet, une tumeur du volume d’une grosse noisette , plus dure et plus douloureuse que dans le cas précédent. Divers chirurgiens de la capitale avaient regardé cette tumeur comme d’un mauvais caractère. Outre la douleur qu’elle causait pendant la marche, elle avait produit la contracture des muscles jumeaux, et par suite un pied-bot équin. L’auteur a d’abord guéri la tumeur au moyen de larges incisions, qui ont eu pour résultat de changer le caractère de son organisation ; puis il a fait la section du tendon d’Achille. Le malade, revu après cinq ans de cette double opération, en avait conservé tout le bienfait.

Des deux applications précéden tes de laméthode sous-cutanée, on rapprochera encore la guérison de certaines loupes graisseuses, obtenue aussi par des sections profondes, qui ontpour effet de changer la trame de leur tissu, et de favoriser la résorption de leurs matériaux décomposition. Cette opération, qu’on peut regarder au premier abord comme insignifiante, offre un plus grand intérêt si l’on considère qu’elle remplace un mode d’ablation qui, dans certains cas, a donné lieu aux accidents les plus graves, même à la mort; et que, pour des loupes siégeant sur des parties exposées aux regards, elle épargne l’inconvénient de cicatrices difformes.

Dans les trois applications qui précèdent, la méthode sous-cutanée a mis en évidence un ordre de ressources inespéré et tout à fait inconnu jusqu’alors. En divisant dans tous les sens le tissu pathologique et en lui substituant le simple tissu cicatriciel, elle a changé son caractère d’organisation, elle l’a détruit. Bien comprise, cette nouvelle propriété des sections sous-

cutanées parviendra à arrêter dans leur germe bon nombre de tumeurs malignes dont le développement est presque toujours le signal d’une mort inévitable.

Cette application de la méthode, indiquée pour la première fois dans le mémoire lu devant l’Académie le 15 juillet 1859, a été réalisée avec des procédés différents par plusieurs chirurgiens. Le procédé propre à l’auteur de la méthode a été appliqué par lui pour la première fois avec un plein succès en 1845, chez un garçon du laboratoire de chimie du Jardin des plantes. Depuis lors, la même opération a été souvent répétée par differents chirurgiens français et étrangers; elle a eu pour résultat de substituer une opération généralement bénigne à une opération fréquemment mortelle.

Traitement .le l’empyème par la tlioraeeiiténe «Miug-cutanée (mémoire sur le);

Pour bien juger de l’importance de cette application de la méthode sous-cutanée, il suffit de rappeler qu’en 1856, à la suite d’une discussion approfondie qui a eu lieu à l’Académie de médecine, sur les avantages et les inconvénients de la thoracentèse dans le traitement de l’empyème, il avait été reconnu que cette opération, presque toujours mortelle, n’offrait aucun avantage sur les médications internes. Dès lors elle avait été à peu près abandonnée. Ce niest qu’à partir de l'établissement delà méthode sous-cutanée que la thoracentèse a repris faveur. Grâce à cette méthode, la guérison est devenue la règle et la mort l’exception.

Dans un mémoire lu récemment devant l’Académie des sciences, l’auteur a fait connaître le résultat de trente opérations de thoracentèse, toutes pratiquées dans des établissements publics, sans accidents, et suivies de la guérison de tous les malades qui n’avaient pas d’autres complications graves.

Plusieurs auteurs ont employé et emploient journellement la thoracentèse sous-cutanée d’une manière plus ou moins explicite : les succès qu’ils ont obtenus sont au moins la confirmation de ceux de la méthode originale. La première indication de la thoracentèse souscutanée se trouve dans le premier mémoire sur la méthode lu à l’Académie des sciences (4 839), et la première application de la méthode a été faite en 4840, avec un succès complet, sur un malade du dépôt de Saint-Denis.

Cette application de la méthode, l’une des plus contestée, parce qu’elle est une des plus importantes, —jusqu’alors, en effet, il n’existait dans la science aucun exemple authentique de guérison d’abcès par congestion ouvert par le bistouri, — est aujourd’hui acceptée par la plupart des chirurgiens. Voici le résumé des faits constatés par la commission des hôpitaux :

• 1" L'opération à l'aide de laquelle M. Guérin extrait le pus des abcès par congestion est exempte de tout

» 2" A l’aide des ponctions sous-cutanées, secondées des moyens internes convenables, on peut parvenir a faire disparaître les abcès par congestion, et simplitter d’autant la maladie tuberculeuse des vertèbres, dont ils cohstituent une complication grave.

« 3° Chez les malades dont la commission a suivi le traitement, c’est bien à la méthode sous-cutanée, et en particulier aux procédés et appareils employés par M. Guérin, qu’il faut attribuer les résultats qui ont été obtenus. *>

Il est permis de rappeler que les cas de guérison publiés par l’auteur avant le contrôle de la commission des hôpitaux avaient été résolùment niés, parce qu’on les regardait comme impossibles.

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