DU CHANCRE SIMPLE
2‘ Note sur le chano
ir l’adénite chancreuse.
4° Dis complica
Ces quatre mémoires forment une histoire complète du retentissement du chancre simple sur les ganglions, et le troisième, intitulé ; De la virulence des bubons, que j’ai communiqué à la Société de chirurgie, a eu une réelle importance, car il a renversé une nouvelle théorie qui semblait destinée à modifier de fond en comble tout ce que nous savions sur cette question.
Dans les Le(om sur le bubon ehancreux, j’ai exposé, en prenant pour point de départ les travaux de M. Ricord, qu’à la suite du chancre simple il peut y avoir deux sortes d’adénites, l’une simple ou sympathique, l’autre virulente, c’est-à-dire se transformant après l’ouverture soit spontanée, soit chirurgicale, en un chancre, et que l’on désigne sous le nom de bubon chancreux.
J’ai insisté sur les signes donnés sur la marcbe de ces deux sortes d’adénites, et j’ai montré combien le diagnostic en était difficile même après l’ouverture. Certains bubons, en effet, dont l’inoculation du pus a donné la pustule chancreuse, ne présentent nullement les signes que l’on assigne au bubon chancreux, et de plus, fait clinique assez curieux, lorsqu’on vient d’ouvrir un bubon qui deviendra chancreux, si l’on inocule de suite le pus, alors l’inoculation sera négative; si, au contraire, on pratique l’inoculation le lendemain et surtout le surlendemain
de l’ouverture, l’inoculation sera positive. J’ai passé en revue toutes les opinions données pour expliquer ce fait, et je m’étais demandé s’il ne se faisait pas dans l’intérieur du ganglion une véritable gangrène susceptible, comme on le sait, do tuer l’élément virulent, qui reparaîtrait après l’élimination des points mortifiés.
Je terminais ces leçons par un exposé de la tbérapeutique de ces bubons chancreux, et j’insistais sur une pratique qui m'a donné de bons résultats. Lorsque les bords de l’incision sont ulcérés, décollés et tendent à se recoquiller, il faut en pratiquer l’ébarberaent et inciser tous les trajets pour en faire une plaie plate, sous peine de voir s’éterniser la suppuration.
Dans ces leçons, j’avais accepté, suivant mes maitres, que l’évolution du bubon virulent marchait vite et qu’il ne devait pas y avoir un temps bien considérable entre l’arrivée du pus dans le ganglion et le début des accidents inflammatoires. J’avais fait cependant quelques réserves en citant des observations de M. Ricord dans lesquelles l’abcès ganglionnaire avait apparu après la guérison du chancie, et des cas de bubons franchement virulents dans lesquels les sujets ne se souvenaient nullement de la présence d’un chancre dont je n’avais pas retrouvé
La note que je publiai la même année dans les Annales de dermatologie était une réponse à cette question.
Après avoir appelé l’attention sur la réapparition, depuis 1870, du chancre simple qui avait diminué en proportion considérable, depuis la guerre, à l’hôpital du Midi, je revenais sur l’évolution de l’adénite chancreuse et je publiais une observation recueillie avec le plus grand soin, dans laquelle un individu, atteint d’un chancre simple en février, ne présenta qu’en juillet, c’est-à-dire cinq mois plus tard, le gonflement des ganglions inguinaux, et la suppuration ne fut établie que vers le milieu de novembre. 11 y avait donc eu entre le chancre et la suppuration ganglionnaire un intervalle de neuf mois. Le pus du ganglion fut inoculé quarante-huit heures après l’ouverture, il donna la pustule chancreuse et l’un des bubons devint phagédénique.
Cette observation est importante, car elle permet d’affirmer que ; le
Jim chancreux transporté dans un ganglion peut y subir une incubation de plusieurs mois sans manifester sa présence.
Si ces mémoires apportaient quelques points nouveaux à l’histoire des bubons suite du chancre simple, il venait confirmer tout ce qu’avait enseigné M. Ricord, lorsqü’en 1884 un des médecins les plus distingués des hôpitaux vint annoncer à l’Institut et à l’Académie de médecine que le transport du pus virulent, à travers les lymphatiques, du chancre au ganglion, ne devait pas se produire, car si le foyer ganglionnaire devenait chancreux après son ouverture, c’est qu’il produisait une inoculation secondaire. On ouvrait un abcès ganglionnaire, et s’il devenait chancreux, c’est que le malade y avait porté du pus chancreux soit avec sa verge, soit avec ses doigts,soit même avec le pansement.
La note que j’ai lue à la Société de chirurgie, sous le titre ; De la virulence des bubons, a eu' pour but de combattre cette nouvelle théorie. Car, me basant sur les signes du bubon virulent, sur la douleur si vive du début de la suppuration, sur les observations déjà connues, et particulièrement sur celle que j’avais publiée deux ans auparavant et dans laquelle les phénomènes chancreux avaient apparu quatre mois après le chancre, je cherchais à prouver que cette nouvelle théorie d’inoculation secondaire était difficile à accepter. Mais on pouvait m’objecter que ne soupçonnant pas l’inoculation secondaire, nous n’avions pas pris les précautions nécessaires pour l’éviter ; aussi j’apportai, pour soutenir ma réfutation, une observation toute récente, prise dans le but de contrôler la théorie nouvelle, c’est-à-dire dans laquelle je m’étais entouré de toutes les précautions antiseptiques suffisantes pour rendre impossible la supposition d’une inoculation secondaire. Malgré tout, les inoculations marchèrent comme nous le savions; l’inoculation faite le premier jour ne donna aucun résultat, mais celle qui fut pratiquée quarante-huit heures plus tard donna une pustule caractéristique, dont l’inoculation fut aussi positive.
Cette observation démontrait d’une manière indiscutable que le pus du bubon chancreux était virulent avant l’ouverture. On ne pouvait donc pas admettre que cette virulence tenait à une inoculation
secondaire faite soit par le malade, soit par l’opérateur, et qu’il fallait bien reconnaître que le bubon virulent, suite de chancre simple, devait avoir pour origine le transport du pus du chancre, par les lymphatiques, dans l’intérieur du ganglion.
Quelques mois plus tard notre collègue rencontrait une observation qui venait confirmer tous les faits que j'avais soutenus devant la Société de chirurgie.
Dans le travail sur les accidents inflammatoires du chancre simple, j’ai voulu étudier principalement les complications des chancres souspréputiaux.
Dans le chancre simple à découvert, les accidents inflammatoires, même lorsqu’ils sont considérables, ne présentent pas une très grande gravité ; il survient de la gangrène qui peut bien entamer une partie du gland ou du prépuce, mais il n’y a pas d’accidents consécutifs, c’està-dire que les points non touchés par le chancre ne présentent pas de lésions.
Lorsque le chancre est sous-préputial et qu’il n’est pas possible de le découvrir, il en est tout autrement. Si le chancre situé sur la face interne du prépuce s’enflamme, il se produit une gangrène partielle du prépuce qui amène une perte de substance du prépuce et, au moment de la chute de l’eschare, le gland apparaît entre les lèvres de la perte de substance, il mol le nez à la fenêtre, comme le dit un spb rituel syphiligraphe.
Mais si le chancre siège sur le gland et, principalement, sur la couronne du gland, la scène change, car, si l’on n’intervient pas, il peut survenir de déplorables complications.
Sous l’influence de l’inflammation, tout le gland prend un développement considérable, il vient presser, de dedans en dehors, le prépuce qui, enflammé lui-même, a perdu de son élasticité.
Ne pouvant pas se développer à son aise, le gland subit contre le prépuce une compression qui gêne sa circulation et par un mécanisme analogue à celui d’un lien compressif sur un membre ou à celui d’un anneau sur une anse intestinale, la circulation se trouve suspendue dans tout le gland et la gangrène s’y produit.-
J’ai surlout étudié la marche et les symptômes de ce grave accident. J’ai cherché à bien montrer que la couleur, l’odeur, l’aspect huileux de l’écoulement, que la forme.et l’empâtement du prépuce.peuvent faire soupçonner ce qui se passe sous le prépuce; j’ai mis en évidence la marche foudroyante de la gangrène et j’ai indiqué la thérapeutique qui peut seule arrêter la marche de celte gangrène secondaire du gland. L’école de Lyon est d’avis qu’il ne faut pas intervenir, la nature SC chargeant de l’élimination. Je crois avoir prouvé que cette conduite est excellente à tenir lorsqu’on est sûr que le chancre ne siège que sur la face interne du prépuce, mais comme rien ne peut permettre d’affirmer, puisqu’on ne peut pas découvrir le gland, que le chancre ne siège pas sur le gland, il faut inciser immédiatement le prépuce. Par ce débridemenl, que je conseille de faire avec les ciseaux, on arrête de suite la compression du gland, on fait donc cesser la gêne de circulation et on peut éviter une gangrène qui allait se produire.
Je conseille, comme je viens de le dire, de pratiquer cette incision avec les ciseaux de préférence au thermo-cautère. C’est plus expéditif et comme, à cause de la gangrène qui a envahi le chancre, il n’y a pas à redouter d’inoculation chancreusc, il est inutile d’employer un procédé plus long, plus douloureux. Une fois le débridement effectué, oti se trouve en présence d’une plaie qu’on peut nettoyer, panser à ciel ouvert, on est à l’abri des hémorrhagies qui arrivent si fréquemment dans les chancres souis-préputiaux enflammés. Lorsque le chancre est guéri, lorsque les parties gangreuees sont tombées, il reste un jabot préputial dont l’ablation complète la circoncision.
Dans une thèse, soutenue quelques mois après la publication de cette leçon, l’auteur, exposant les diverses opinions soutenues par l’école de Lyon pour la non-intervention, montrait les graves conséquences de cette pratique; aussi « croyons-nous, disait-il, que la clinique, faite par M. Horteloup, répondait à un véritable besoin. Nul mieux que lui n’avait jusqu’alors décrit avec plus d’exactitude les accidents gangréneux du chancre simple : aucun surtout n’avait mieux formulé les indications opératoires ».