DE LA BLENNORRHAGIE ET DE SES COMPLICATIONS
Bans ces différents mémoires, j’ai cherché à démontrer comhien il est difficile d’admettre le développement de l’épididymite, de la cystite, par la simple propagation de l’inllammation du canal d’avant en arrière. La découverte du gonococcus paraît confirmer cette opi-
Ainsi, dans la note lue à la Société de médecine do Paris, je disais que lorequ’on étudiait le développement de l’épididymite blennorrhagique, il était impossible de constater experiinenlaleinent l’envahissement de la portion membraneuse, puis celle de la prostate et enfin du canal déférent. Je m’appuyais sur ce que c’est toujours la queue de l’épididyme qui est prise la première,'puis survient ensuite le gonflement de l’épididymc cl du canal déférent de bas en baiit. Dans plus de
la moitié des cas, le premier signe qui appelle l’attention du malade est la douleur au fond du scrotum, à la queue de l'épididyme; dans l'autre moitié des cas, la douleur débute au niveau de l’anneau inguinal externe et on l’expliquait par rmllammation du canal déférent, mais cette douleur ne tient qu’au poids de l’épididyme enflammé. En effet le repos et le soutien du testicule font cesser cette douleur.
Aussi, sans nier la péritonite blennori'hagique produite par la propagation de l’inflammation qui, de la prostate ou des vésicules spermatiques, gagnerait le péritoine, je montrais que ces douleurs angoissantes qui durent 24 ou 48 heures, puis cessent sans laisser de traces et que l’on explique par de légères péritonites localisées, ne sont autre chose que des névralgies réflexes, si fréquentes dans l’épididymite, qui frappent un des plexus nerveux de l’abdomen.
J’ai soutenu et développé ces idées dans le chapitre des Affections inflammatoires du testicule, la 2" édition du Traité de pathologie de M. Nélaton.
Dans ce chapitre, qui a été refait complètement, j’ai appelé l’attention sur la vaginalite qui complique Tépididyniite. J’ai cherché à bien montrer les signes que présentent ces deux formes d’épididymite et l’importance qu’il y a à en faire le diagnostic différentiel, avec Torchite véritable que l’on a confondue souvent, car un grand nombre d’observations dans lesquelles on parle de ponction de l’albuginée ne sont que dos épididymites avec épanchement dans la tunique vaginale.
J’ai longuement étudié la marche de ces complications; je crois avoir montré que les expériences faites sur des chiens no pouvaient faire admettre la propagation de l’inflammation et qu’il y avait certainement la une poussée comparable à celles qui se font sur les articulations, et une poussée microbienne, car j’ai rapporté, dans ce chapitre, des recherches faites dans mon service avec M. le D'Jullien, qui ont mis hors de doute la présence du gonocoocus dans le liquide do la vaginalite.
Ce chapitre se termine par une énumération des épididymites qui peuvent survenir en dehors de la blennorrhagie et, sans parler du trau-
malisme, on voit que l’épididymite survient dans presque toutes Irs maladies infectieuses, ce qui permet d'admettre, avec plus d’autorité, que, dans la blennorrhagie, c’est par ce processus infectieux que doit s’expliquer l’apparition de l’épididymite.
A la lin de ce chapitre j’ai rapporté une observation d’épididymite avec vaginalite survenue dans le cours d’une scarlatine.
Tar la découverte du gonococcus, l’histoire du rhumatisme blennorrhagiquo et des arthrites blennorrhagiques a été bien éclairée, et je crois que M. le professeur Peler ne pourrait plus dire, si une nouvelle discussion s’élevait sur ce sujet, qu’il n’y avait eu unanimité que dans le désaccord, car les poussées infectieuses articulaires donnent une explication plausible des accidents. C’est ce que j’ai cherché à démontrer à la Société do chirurgie, dans un rapport sur les arthrites blennorrhagiques.
Pour la cystite blentmrhagique (Traité de pathologie de M. Nélaton) je crois qu’il eu est de même. Je ne puis admettre que la cystite blcnnorrhagique ne soit que l’inflammation profonde du canal de l’urèthre. Son apparition soudaine, l’hématurie qui ne manque jamais, le ténesme tout particulier que l’on constate, en font une affection toute spéciale que je désignais, dans ce travail, sous le nom de cystite hémorrhagique.
J’ai rapporté de nombreuses expériences qui démontrent que l’on peut impunément porter le pus blennorrhagique sur le col sans voir développer de la cystite et que de plus, lorsqu’on examine le canal d’un individu atteint de cystite blennorrhagique, on ne trouve jamais de contraction au niveau du col de la vessie. Aussi voit-on très rarement de rétention d’urine dans la cystite blennorrhagique; lorsqu’on en rencontre et que l’on veut y remédier par le cathétérisme, on voit que l’obstacle n’est pas au col, mais a la portion membraneuse, qui est fortement contractée.
Ces expériences, les nombreuses observations que j’ai recueillies, m’ont fait admettre pour la pathogénie dos hématuries de la cystite blennorrhagique une explication différente de celle qui est admise généralement. Au lieu d’y voir une compression de la muqueuse turgescente, je crois que « le col de la vessie est béant comme l’anus d’un dysentérique ; pendant le ténesme vésical, il se produirait une dilatation
du col qui occasionnerait des déchirures qui seraient cause de l’héma-
Si la découverte du gonococcus facilite de beaucoup l’explication des complications de la blennorrhagie, doit-eile faire triompher définitivement ia doctrine des viruiistes et prouver que toute blennorrhagie ne peut avoir d’autres causes que l’inoculation de ce microbe? Nous ne le croyons pas, et dans la note, en collaboration avec M. Jullien, écrite à propos d’une leçon faite par M. Diday, dans laquelle le représentant de l’école de Lyon avait défendu le microbe nouveauné, nous avons rappelé combien cette doctrine microbienne expliquait mai beaucoup de cas, et nous rapportions l’observation d’une longue et douloureuse chaudepisse due à la masturbation, recueillie par un observateur digne de foi. Le microbe, disions-nous, expliquera difficilement les blennorrhagies contractées auprès d’une femme mariée dont le mari reste indemne, car il est peu admissible de dire que si l’épouse qui prend un amant, ne donne rien à son mari et donne à son amant, c’est qu’elle trouve là l’excitation qui réveiile à ia fois ses passions et ses microbes.
Ce qui rend encore difficile la croyance absolue du microbe, c’est l’influence considérable que l’arthritisme apporte dans la marche et la nature de la blennorrhagie, car c’est par l’arthritisme qu’il faut expliquer ces blennorrhagies prolongées si difficiles à guérir. Dans les leçons que j’ai faites au Midi, j’ai montré par des statistiques que les différentes complications de la blennorrhagie étaient beaucoup plus frequentes au printemps et à l’automne, époque de prédilection des attaques de rhumatisme; aussi, pour guérir les blennorrhagies chroniques, ai-je toujours professé qu’avant de chercher à les faire dispal’aître il était indispensable de modifier l’économie par un traitement général. Alcalins, bains sulfureux, et ce n’est qu’après un traitement préparatoire fait longtemps dans cette idée qu’on pourra espérer obtenir la guérison par des modificateurs de la muqueuse uréthrale.