‹ Exposé des travaux de drainage et desséchementChapitre 6 sur 12 · MO · texte numérisé non relu

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ployés sont cylindriques {Jig* i). Ainsi, et on

Fig. I

supposant qu'il ne se trouvequ'une petite quantité d'eau dans les tubes , comme cela arrive généralement dans les drains et même dans les collecteurs , la section transversale du filet d*eau est un segment de cercle def^ dont la partie concave sur laquelle coule l'eau est en dessous. Si cette section était un triangle [fig. 2)

Per

Fig. a.

dont l'un des angles serait en dessous, il semble que le filet courant d'eau se formerait mieux, et^ par suite, coulerait plus facilement. La forme aiguë de ces tuyaux serait défavorable pour leur stabilité, et peut-éti^ celle de \a^g 3 serait-elle meilleure à ce point

de vue.

Fig. 3.

^ermea^ Partie pe>.

Celte forme de tuyaux ne serait pas plus coûteuse que la précédente, et leur pose ne serait pas plus difïïcile.

Avec les tuyaux actuels , l'introduction de l*eau extérieure dans les drains ne peut avoir lieu que par les ajutages , c'est à-dire de distance en distance, et les intervalles entre ces ajutages sont sensiblement imperméables, îl semblerait préférable que ces tuyaux fussent perméables sur 'toute leur surface, ou mieux encore , sur leur moitié supérieure sou-

lemeDt, de manière à ce que IVau put s'y introduire partout où elle se trouverait en contact avec eux. La forme concave du dessus du tuyau [fig» 3) faciliterait cette introduction, tfne fois dans les drains, elle s^écoulerait dans Tangle dièdre formé par les parois obliques , ainsi qu'il a été expliqué. Les jonctions des tuyaux seraient exécutées d'une manière imperméable au moyen des ciments hydrauliques et par emboîtement. On obtiendrait ainsi , d'abord une absorption continue et facile des eaux ambiantes, ensuite beaucoup plus de solidité pour les conduites, dont toutes les parties seraient solidaires au lieu d'être isolées et indépendantes les unes des autres; en6n, on n'aurait plus à craindre l'introduction de corps étrangers quelconques et tendant à Tobturation des conduites. De plus , on éviterait les pertes d'eau considérables qui ont actuellement lieu sur le trajet du courant et par tous les ajutages. Tels seraient les avantages ; voyons quels pourraient être les inconvénients.

D'abord , une plus forte dépense du premier établissement ; mais ce serait à l'expérience à faire connaître si ce surplus de dé-

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pense ne serait pas au moins compensé par le plus de durée, comme par Tabsence de toute réparation rationnellement prévoyable.

Ensuite, comment pourrait-on obtenir une porosité des tuyaux telle, qu'ils fussent facilement pénétrés par Teau sans que les filaments les plus déliés des racines ou d'autres corps étrangers , et aussi ténus , pussent y pénétrer? La solution de ce problème semble facile ; voici par quel moyen : Tout le monde connaît les alcarazas « ces vases de terré que leur porosité rend perméables à Teau qu'ils contiennent , et qui se rafraîchît par Tévaporation de la couche d'eau extérieure produite par la transsudation . Des^ tuyaux ayant la même propriété, mais à un degré plus éminent , atteindraient le but qu'on se propose. Pour les construire, il suffirait de suivre le procédé employé pour la fabrication des alcarazas factices, c'est-à-dire exécuter avec une argile quelconque, et indépendamment du degré de cuisson. Voici ce procédé : L'argile étant réduite en pâte, on la triture exactement avec une quantité suffisante de sciure de bois tendre, et ce mélange, au degré de consistance convenable, est employé comme l'argile ordi-

naire. La torréfaction des poteries, en détruisant la sciure de bois, formerait des vides ou plutôt un réseau de vides , au moyen duquel on obtiendrait une perméabilité que l'on rendrait aussi grande que Ton désirerait , selon la quantité de sciure ajoutée à l'argile.

A ce qui vient d'être dit sur la forme et la nature des tuyaux , nous ajouterons ce qui suit relativement aux dimensions de leurs orifices : Lorsqu'un drain -est d^une certaine longueur, la quantité d'eau qu'il contient est à peu près nulle au départ , et elle augmente sans cesse jusqu'au point d'épanchement dans le collecteur, A ce dernier point , le drain doit suflSre à toute l'eau qu'il a reçue dans son parcours entier. Ainsi , si les tuyaux étaient partout de même dimension, ils seraient inévitablement ou trop gros au départ , ou trop petits à l'arrivée. Il y aurait donc lieu à proportionner graduellement leur capacité h la quantité d'eau qu'ils devraient contenir, d'où il résulterait que ces tuyaux devraient être coniques. Sans doute, cette régularité mathématique serait à peu près impraticable en exécution, mais du moins on pourrait employer plusieurs dimensions de tuyaux pour

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chaque drain. Il y aurait économie et aug* (ftieotation de solidité, car plus les tuyaux sont petits, moins ils coûtent , et plus ils sont résistants.

Ce qui vient d*étre dit des drains s'applique également aux collecteurs , qui doivent être beaucoup plus gros que ces drains , souvent nombreux , et dont ils reçoivent tous les produits. La détermination rigoureuse des i>entes est aussi de la plus haute importance : trop faibles, elles rendent les écoulements difficiles et lents; trop fortes, elles amènent des refoulements qui nuisent aussi à ces écoulements ; enfin, le plus ou le moins de pente, en augmentant ou bien en diminuant la vitesse des écoulements, doit influer sur les dimensions à donner aux orifices des tuyaux.

Tels sont , Messieurs, les moyens d'amélioration que nous présentons, nous voulons le redire, non comme bons et éprouvés, mais seulement comme sujets d'étude et d'examen.

En résumé. Messieurs, nous avons Thon neur de vous proposer de témoigner à M. de Bryas votre satisfaction de l'utile exemjile qu'il donne par Texécution de travaux qui , doublement utiles, réalisent d'abord une im-

portante amélioration agricole, et qui ensuite rendent un service plus grand peut-être en supprimant des foyers d'infection funestes à la santé publique. En outre, nous vous demandons d'adresser à cet honorable agriculteur upe copie de ce Rapport , pour le style et les formes de rédaction duquel nous réclamons une indulgence, motivée sur ce qu'étant obligés de le faire vite, nous avons donné tous nos sdîns au fopd, au risque de pécher dans ]a forpie^

A Bordeaux , ïe 7 mars i853.

Signé : A. Petit-Laffite, L,-0. »E Lacolonce, et G.-J. Durand.

Pour copie conforme à roriginal, Bordeaux , Le 10 mars i855.

Le Secrétaire général ,

Signé : Q.-J. Dvrani^

Rapport présenté à la Société Linnéenne de Bordeaux, dans son Assemblée générale du 7 mars i855^ au nom de la Commission chargée d'examiner les travaux de drainage exécutés par M, Ch. de Bryas, sur son domaine du Tailla n; par M. Crf. Later-

RADE (l).

Messieurs,

La Société Linnéenne n'est pas seulement une Société d'histoire naturelle, elle s'occupe aussi d'agriculture. A une époque qui n'est pas encore très-éloignée de nous , elle était à peu près seule à Bordeaux , pour provoquer, encourager, récompenser le mérite agricole.

Depuis, elle a eu la satisfaction de voir s'élever autour d'elle de nouvelles compagnies , de nouvelles institutions consacrées exclusivement aux graves intérêts de l'agriculture. Elle les a accueillies avec bonheur et avec sympathie, mais elle n'a jamais entendu renoncer en feveur de qui que ce soit à l'un des plus beaux

(') La Commission se composait de MM. Durieu de Maiftonneuve, le D' Lafargue et Ch . Laterrade . Plusieurs autres membres de la Société Linnéenne s^étaient joints (i la Commission.

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fleurons de sa couronne ; elle n'a jamais voulu rompre avec un passé dont elle était et dont elle sera toujours justement fière.

Voilà pourquoi , Messieurs, répondant avec empressement à l'appel qui vous a été adressé par M. Ch. de Bryas, vous avez désigné, pour visiter ses travaux de drainage, une Commission qui s'est rendue dimanche dernier sur le domaine de cet honorable propriétaire, et qui m'a chargé d'être auprès de vous son interprète.

Vous n'attendez pas de moi , Messieurs , une dissertation sur les avantages que l'agriculture retire du drainage ; à priori , les prin* cipes de la physiologie végétale ont démontré dès longtemps l'importance de celte pratique, La germination ne peut s'effectuer sans le concours de l'humidité, la végétation ne peut s'accomplir sans l'aide de l'eau. Mais autant une certaine quantité d'eau est nécessaire à la vie des plantes, autant la surabondance de ce liquide lui est nuisible. Cette eau surabondante que renferme le sol , ou elle reste à l'état liquide dans les couches traversées par les rar cines, et alors elle nuit aux fonctions de cet organe, ou bien elle s'évapore et produit

alors un refroidissement considérable dans les couches qu'elle traverse. Il est donc évident qu'en débarrassant \e sol de son excès d'humidité, on facilite Faction des racines^ on favorise la végétation, et on élève dans une assez forte prôj)ortion la température du sol. C'est là précisément ce que fait le drainage. En diminuant l'évaporation, il n'est pas seulement avantageux à la plante, mais il contribue puissamment à l'assainissement de Tair et diminue sensiblement les chances de certaines maladies dont les animaux et les hommes euxmêmes sont toujours menacés.

Les avantages du drainage ne sont pas moins faciles à démontrer à posteriori ; depuis longtemps TÉcosse, TAngleterre, l'Irlande, la Belgique, ne cessent de s'imposer en sa faveur les plus grands sacrifices. Ces différents États savent parfaitement que les sommes énormes employées à la pose des drains ne seront pas moins productives que les capitaux absorbés par la pose des rails. C'est que les drains sont destinés à opérer dans la production les bienfaits que les rails apportent dans la circulation, et que ces deux grandes puissances qu'on appelle production et circulation, rapportent ati

centuple les sacrifices c|M'elles occasionnent. L*Écosse et F Angle terre ont drainé plus de 5ooooo hectares, llriande seule, enwon 25o ooo ; la Belgique voit s'élever de taus cotés de nouvelles fabriques de drains. Ne faut-il pas que tes avantages d'une pratique soient bien reconnus, bien constatés, pour que le mouvement fait en faveur de cette pratique s^oit si général et si grand ?

Laissons donc de côté une question qui n*est pins aujourd'hui ni contestable ni coU'testée. Appelés à exprimer notre opinion sur des travaux de drainage , exanvinons simplement si ces travaux onl; été conduits avec discernement, s'ils peuvent être proposés pour modèles , s'ils ont été pratiqués avec écpnomie, s'ils ont répondu aux espérances qu'on en avait conçues, et si les résultats, acquis dans le cas spécial qui nous occupe, peuvent suffisamment rémunérer le proprié-r taire des capitaux qu'il y a consacrés.

(.a plupart d'entre vous connaissent. Messieurs, la propriété c|ue M. Ch. de Bryas possède dans la commune du Taillan. Presque toutes les cultures que présenté cette belle propriété souffraient, il y a peu de temp^

encore^ d^uo excès d'humidité. M. de Bi^as, après avoir consulté les hommes les plus exr périmentés, après avoir étudié sur les lieux mêmes où on rapplique avec le plus de succès la théorie du drainage , résolut 9 il y a dixhuit moiS) de drainer la plus grande partie de ses terres. Mais comme son vaste domaine n'embrasse pas moins de 284 hectares, et qu'il lui eût été impossible de se procurer assez de drains et assez de bras pour tout entreprendre à la fois^ il se contenta, la première année., de drainer celles de ses terres qui réclamaient le plus impérieusement cette opération. Des tranchées furent ouvertes sous sa direction; M. de Bryas eut l'heureuse idée de ne suivre aucuno règle générale dans l'espacement des tranchées; il les rapprocha d'autant plus que leur action lui semblait devoir être plus né« cessaire; quelquefois il laissait eptre elles d'assez grands intervalles, se réservant d'en creuser de nouvelles si le besoin s'en faisait sentir.1 M. de Bryas n'a pas cessé, depuis lors , d'employer cette sage méthode ; aujourd'hui , 89 hectares de sa propriété sont à peu près complètement drainés, sauf les endroits oii la terre ne présente pas une surabondance 4'hiimiditc trop manifeste.

Quand les tranchées ont été faites, il s'agit de poser les drains; mais une autre opération préalable est «encore nécessaire : c'est le choix des drains, choix auquel on ne saurait apporter une trop grande attention. M. de Bryas assure que les drains peuvent en effet se désagréger lorsqu'ils sont mal faits, c'est-à-dire quand l'élément calcaire ou tout autre élén)ent soluble dans l'eau entre en excès dans leur composition. M. de Bryas a toujours soin de soumettre les drains qu'il doit employer à l'épreuve de l'eau avant de les placer dans les tranchées; l'agnculteur qui se sert des drains qu'il reçoit sans leur faire subir cette épreuve , peut se préparer à de fâcheux mécomptes. Il doit aussi s'assurer de la solidité de ces tuyaux. Chez M. de Bryas, un ouvrier placé dans les tranchées marche sur les'drains après qu'ils sont posés et avant qu'ils soient entièrement recouverts; il s'assure ainsi de leur solidité. Il doit enfin établir les tranchées à une certaine distance des arbres , dont les racines pourraient contrarier, annihiler même leur heureuse influence en soulevant la terre et en briîiant les tuyaux.

Lorsque la tranchée a été creusée , que le

lit des drains a été préparé à Taide d'un in • strumeot spécîal^il s'agjld'y placer les tuyaux. M. de Bryas se sert de drains ayant 3, 5 et 7 centimètres de diamètre et 36 centimètres de longueur; ces drains sont disposés les uns à la suite des autres; ils sont entièrement cylindriques ; leur point de jonction est recouvert par un demi-manchon dont le diamètre varie selon la grosseur des drains , et qui ont 8 centimètres de longueur. Sur les parties latérales de ce demi- manchon sont placées des pierres qui empêchent la terre d'obstruer le passage préparé entre les drains pour recevoir les eaux qui 'doivent y couler. — Quelques agriculteurs emploient maintenant des tuyatix qui présentent à Tune de leurs extrémités une sorte de collier tenant lieu du demi-manchon , dont nous venons de parler ; les drains s'emboîtent ainsi les uns dans les autres avec une grande facilité. M. de Bryas n'a point adopté cette innovation; il lui a été facile de démontrer à votre Commission que ces manchons adhérents au drain avaient Timmense inconvénient de ne recevoir Teau que d'un côté seulement et de la refuser précisément du côté de la pente , tandis que les demi -manchons la

recevaient des deux côtés ; d'ailleurs, Tadhé-* rence du manchon au tuyau qu'il termine diminue sensiblement la longueur des drains et augmente par conséquent les frais du drainage.

L'application du drainage exige, comme on le voit, une attention qui doit s^étendre jusqu'aux plus petits détails de cette opération ; M de Bryas a surmonté avec un bonheur constant toutes les difficultés de son entreprise : ces difficultés ont été quelquefois assez grandes. Ainsi , presque toutes les eaux des vignes , des prairies et des terres labourables de son domaine ont leur écoulement vers la Jalle de Blanquefort; mais un bras de cette jalle présentant un niveau supérieur aux terres environnantes, M. de Bryas a dû ob« vier à cet inconvénient par rétablissement dç trois siphons pratiqués sous le lit de la jalle et recevant des eaux qui continuent de couler et reprennent leur pente de l'autre côté de la jalle sans avoir été arrêtées.

Quant aux résultats obtenus déjà par M. de Bryas, ils sont au-dessus de tout ce qu'on pouvait en espérer. Ceux d'entre vous qui ont visité autrefois la propriété dç M. de

Bryas, soit pendant Thi ver, soit au commencement du printemps, ne peuvent se lasser d'admirer les changements <]ui s^y sont opérés ; il y avait là des vignes souffreteuses, peu productives , aujourd'hui pleines de vigueur ; il y avait là des terres dans lesquelles jusqu'au mois d'avril on ne pouvait pénétrer qu'avec la plus grande difficulté , et ces mêmes terres sont celles sur lesquelles, après plusieurs se« maines de pluie abondante, nous nous promenions à pied sec il y a trois jours; là se trouvaient des terrains sténles et improductifs dont votre Commission a pu constater les excellents produits. En un mot, là, comme ailleurs, la terre drainée est métamorphosée pour ainsi dire ; l'abondance est à la place de la médiocrité et quelquefois de la nullité des produits.

Votre Commission , en présence de ces magnifiques résultats, n'a point oublié cependant une question essentielle, celle du prix de revient des travs^ux de drainage; M. de Bryas a bien voulu lui communiquer des livres tenus avec le plus grand soin ; or il résulte de ces livras que les dépenses faites par M. de Bryas, jusqu'au 3i décembre i854,

pour drainer 65 hectares, moins queiques parties qui n'ont pas encore reçu de drains , parce qu'il n'y a pas urgence , * ont coûté 2 74^ fr. àe main-d'œuvre et 2 460 fr. de matériaux ; soit en totalité 5 200 fr. — Sans doute la main-d'œuvre, payée par M. de Bryas à raison de 1 fr. 25 c. à i fr. 5o c. par journée , coûte beaucoup plus dans quelques parties de notre département ; sans doute aussi la propriété de M. de Bryas se trouvant trèsrapprochée d'une fabrique de drains, M. de Bryas a pu se procurer des drains à des prix un peu moins considérables que ceux qui auraient été payés par un propriétaire plus éloigné. Toutefois, nous pensons que le chiffre de 280 à 3oo fr. de frais par hectare qui a été posé dans plusieurs publications , est un chiffre exagéré. Tout nous porte à penser que, dans la plupart des cas , les frais de drainage n'iraient pas au delà de 100 à i5o fr. par hectare.

Votre Commission, Messieurs, n'a point à formuler aujourd'hui de proposition spéciale en ce qui concerne M. de Bryas. Vous ne l'avez chargée que d'examiner les remarquables travaux dirigés par cet honorable «agriculteur

et de vous en faire un compte rendu. Celte mission est accomplie. Elle se borne donc à déclarer :

1°. Que le drainage est une pratique essentiellement propre à accroître la fécondité du sol et, par suite, le bien-être des cultivateurs et la richesse du pays ;

2^. Que les travaux de drainage dirigés par M. Ch. de Bryas, sur son domaine du Taillan, ont été exécutés avec nn discernement et une habileté qui méritent les plus grands éloges.

La Commission espère que vous vous associerez à cette double déclaration.

Bordeaux, 6 mars iS')5.

Les Membres de la Commission :

DURIEU DE MaISOKNEUVF. ,

Lafargue, d.-m., Ch.

Laterbade, rapporteur.

Nota. La Société Linnéenne de Bordeaux, réunie Je 7 mars i855, en assemblée générale , sous la présidence de M. Ch. Desmoulins , a adopté à runanimité les conclusions du présent Rapport dont elle a voté rimpression.

Rapport de la Commission nommée par la Société Philomathique pour visiter les travaux de drainage de^. de Bryas.

Ce qai les répand tantmieni qae ce quf les arance.

fiBKTHÀM

Le capital intellectuel, le capital mobilier et le capital immobilier , sont les leviers de Tactivité humaine. Dans l'économie des sociétés 9 ces trois forces productives sont destinées à se prêter un mutuel appui. L'étranger parcourant la France en observateur, il y a trente ans, eût été frappé à ce sujet d'une étrange anomalie : il eût vu ce peuple appliquer toutes les ressources de son génie entreprenant et inventif au capital intellectuel et mobilier, et dédaigner son capital immobilier ; il eût constaté un progrès merveilleux dans les lettres, dans les sciences, dans la politique, dans les arts, un développement inouï de l'élément manufacturier et commercial , à côté d'une agriculture stationnaire , souvent même rétrograde; car peut-on nommer autrement le système qui , cherchant une augmentation momentanée des produits dans l'épuisement du sol^ mange le fonds avec le revenu. « Est-ce donc là, aurait dit cet étran-

ger, ce que vous faites des dons de- la Providence^ qui vous a traités en enfants gâtés par la richesse et la variété de votre sol et de votre climat ? ce que vous faites des bienfaits de vos pères, qui, au prix de six siècles de lutte, vous ont affranchis de la main-morte et du monopole , de toutes les entraves et de tous les privilèges terriens ? » En "parcourant nos campagnes , il eût bientôt découvert la cause principale de cet état d'infériorité : l'absentéisme; les intelligences et les capitaux avaient émigré dans les villes , et les bras à leur suite. La gravité du mal devait amener une réaction. Les esprits furent frappés de la supériorité écrasante de Tagriculture anglaise com-* parée à la nôtre, de Fitifluence qu'elle avait exercée, et sur les autres industries, et sur les mœurs publiques, et sur la stabilité sociale. On reconnut que tous ces bienfaits étaient dus au patriotique bon sens des pix)priétaires, qui, non-seulement n'avaient pas cédé, comme les nôtres, à la tentation d'échanger la terre contre des écus pour courir les hasards de la Bourse et de la spéculation , mais qui avaient pris au sérieux leur part de responsabilité sociale, en se dévouant sans relâche à Famé-

lioradoD -du sol. Leur exemple suscita chez nous' des imitateurs, rares d^abord, mais plus nombreux d^année en année ; les choses alors commencèrent à changer de face; la routine perdit du terrain ; les assolements alternes , les instruments perfectionnés , les animaux de choix, les races nouvelles > les procédés modernes d'assainissement, les engrais minéraux, les comices agricoles , la réforme, en un mot, compta de fervents adeptes disséminés sur la surface de la France comme autant de jalons.

Il y eut peu de départements qui ne pussent citer avec orgueil cjuelqu'une de ces propriétés-modèles. Celui de la Gironde, nous le di« sons avec regret, ne se montra pas Tun des plus empressés à suivre ce mouvement. Aussi devons^nous de la reconnaissance aux rares propriétaires qui devancèrent les autres.

M. de Bryas fut de ce nombre. Les améliorations qu'il a introduites sur son domaine du Taillan, bien qu'elles n'aient été signalées que récemment à l'attention publique, datent de plusieurs années. Il a été aussi l'un des premiers à importer la méthode anglaise du drainage, dont la Société Philomathique , après toutes les Sociétés savantes du dépar-

tement, a tenu à constater la judicieuse application. Les nombreux Rapports qui ont été faits sur cette partie des travaux de M. de Bryas, dispensent la Commission qu'elle a nommée d'entrer dans les détails d^exécution ; elle ne peut que joindre son témoignage à celui des autres Sociétés sur l'excellence des résultats obtenus. Notre visite ayant eu lieu à la suite d'une saison très-pluvieuse, nous avons pu juger des services que rendaient les tuyaux draineurs en éliminant immédiatement une masse considérable d'eau, qui, sans leur secours , aurait séjourné indéfiniment dans le sol , faisant pourrir les racines et détériorant la nature même du sol. Il faut dire que peu depropriétés réclamaient plus impérieuscinent l'application en grand de ce mode d 'assainisse* ment, car partout la couche argileuse repose sur un sous-sol marneux et imperméable. Les essais faits sur la partie sablonneuse du domaine , la grande quantité d^eau que débitent les tuyaux mêmes dans ces terres poreuses, prouvent qu'il n'est pas de nature de sol auquel le drainage ne convienpe ; l'expérience en avaitdéjà été faite en Angleterre.

Quand M. de Bryas a mis la main à l'œuvre, il a compris qu'il travaillait moins pour lui

— lâs —

que pour les autres; que Tauginentation notable de revenus qju'il obtiendrait était peu de chose comparativement au bien que son exemple allait faire. Aussi, 'dès les premiers essais réalisés, s'est-il empressé d^appeler l'attention publique sur ses travaux , de convier les agriculteurs à venir les visiter. Le public a répondu à son appel , la foule est accourue , et Ton peut affirmer que, grâce à cette chaleureuse propagande, le département de la Gironde , Tun des plus arriérés d'ordinaire en matière de réformes agricoles , va se trouver l'un des plus avancés quant au drainage. Or^ nous n'avons pas besoin de répéter ce qui a été dit et démontré tant de fois, que le drainage constitue une. véritable révolution en agriculture ; car il double l'effet utile de toutes les améliorations qu'on introduit dans le sol. Puisse le modeste hommage que nous rendons ici à l'esprit d'innovation, engager nos compatriotes à suivre résolument la voie dans laquelle ils viennent de faire le premier pas!

Signé : De Lavbert-Dbsg&anges, Legrix de Lasalle, £. Seignouret, £. BoissiÈRE, et J. Martinelli, rapporteur.

Brtrdemix , le 21 mars i855.

SOCIÉTÉ d'horticulture DK la GIRONDE.

Séance du Conseil d'Administration du 36 mars ii)55.

Rapport sur les travaux de Drainage exécutés

sur la propriété de M, Ch. de Bryas, au Taillan,

Messieurs,

Dans votre séance du 26 janvier dernier, vous avez nommé une Commission pour aller, sur la demande de M. le marquis de Bryas, visiter les travaux de drainage exécutés sur sa terre du Taillan.

La Société d'Horticulture ne pouvait moins faire pour un de ses membres qui a déjà donné des preuves nombreuses de son zèle pour les questions agricoles , en même temps qu'elle devait , elle aussi , constater les résultats de la pratique du drainage, et l'application qui pourra en être faite en horticulture proprement dite.

S'il ne s'agissait , Messieurs , que de cansta> ter les bons effets du drainage primitif, con« sistant en des tranchées profondes remplies de pierres, de branches, de mousse, etc., le tout recouvert de terre, la question serait depuis longtemps jugée. Sans aller en Angle-

terre chercher nos preuves, nous rappelle-^rions ce qui se pratique dans plusieurs départements, celui du Jura par exemple, où les vignobles drainés acquièrent une valeur au moins triple de celle des terrains non assainis. Une simple observation, empruntée à la physiologie végétale, fait aisément comprendre qu^il doit en être ainsi. — L'eau fournie à toute plante est destinée à favoriser dans la terre des combinaisons diverses nécessaires pour la dissolution de certaines substances inorganiques, et, en même temps, elle apporte aux racines chargées de l'absorption les matéfiaux qu'elle a dissous dans Vair ou dans la terre. Que cette eau ne se renouvdie pas, raliment qu'elle avait apporté ne tar-dant pas à être assimilé, elle devient impropi'e à la nutrition, et, par sa trop grande quantité, il s'opère un véritable rouissage des radicelles les plus ténues et partant les plus importantes.

De là, nécessité incontestable de pourvoir à l'écoulement du trop*plein des eaux qui imbibent un terrain, nécessité de leur renou* vellement, et dès lors avec l'emplm des irrigations, des fossés ou de travaux fournissant phis économiquement les mêmes avantages.

Cette vérité comprise de presque tous les cultivateurs, on devrait s'attendre à voir une plus grande quantité de terrains entièrement assainis; mais les frais considérables de premier établissement arrêtent le plus grand nombre, auquel il est besoin de démontrék* souvent que la plus-value d'une terre assainie vient largement dédommager des premiers sacrifices. A ce point de vue, votre Commission a observé sur la propriété de M. Ch. de Brjas des faits d'autant plus intéressants, qu'ils se rapportent à deux modes d'assainissement : l'emploi des fossés et celui du drainage. Quant à ce dernier mot, vous savez quHl ne sert plus qu'à désigner la méthode qui consiste à débarrasser les terres des eaux surabondantes, par des tuyaux en terre cuite enfouis dans le sol k une profondeur variable, mais qui'n^est pas moins d'un mètre; et ce n^est plus que sur les avantages du drainage ainsi compris que doit porter la discussion.

Nous allons maintenant, Messieurs, vous parier de la pratique particulière de M. de Bryas et de ses résultats.

Près de 5o hectares ont été drainés, la roeillenre ^partie disposée en pente douce et presque exclusivement plantée ^n vignes.

Le sol est formé d*uoe terre franche ud peu maigre , à sous-sol alumineux ou marneux , et dès lors peu perméable. Un peu plus bas, une terre de 6 hectares réservée à la culture des céréales offre la même composition , bien cfUe, par sa situation, elle soit beaucoup plus mouillée. Puis viennent, à côté de cette dernière, une prairie récemment faite et une pièce considérable entièrement sablonneuse, à sous-sol presque partout siliceux, et, malgré cette circonstance, à peu près entièrement imperméable. Dans la partie la plus basse, des terrains efTondrés pendant plusieurs mois de Tannée servaient de mauvais pâturages, et sont maintenant transformés en champs assainis fournissant d'abondantes récoltes de mais, de racines fourragères, de légumineuses. Un cours d'eau considérable limite ces différentes parties de la propriété, qui se continue de Tautre côté par une étendue de terrains de près de loo hectares, exploités par la culture maraîchère.

M. de Bryas , qui depuis longtemps est convaincu de Futilité du drainage, a compris que, pour en vulgariser Tadoption, il fallait s'efforcer de réduire autant que (>ossible la dépense première. Partant de ce principe,

il a choisi des drains uniforméiTient cylindriques d'une fabrication plus économique.

Les lignes ont été espacées en moyenne de lo mètres; les tranchées ont été pratiquées assez profondes pour arriver toujours au point de la couche où Teau s'accumulant venait de là sourdre dans les couches voisines; aussi est -il devenu inutile de superposer deux lignes de tuyaux , comme l'ont pratiqué certains propriétaires.

Les drains , d*un diamètre variant de 3 à 7 centimètres, débouchent dans des collecteurs, qui portent eux mêmes leurs eaux dans de grands fossés destinés à être plus tard presque tous comblés lorsque les travaux de drainage seront terminés. Les terrains avoisinant la jalle avaient leurs collecteur au-dessous du niveau* des eaux de cette dernière ; il a fallu ingénieusement continuer les tuyaux par-dessous la rivière, et lés faire arriver dans un point plus déclive, où leurs eaux sont utilisées pour les irrigations des cultures maraîchères.

L'eau qui coule partout des collecteurs démontre le bon établissement des •tuyaux; l'assainissement des terrains est déjà prouvé

pas ce fait , qu^après de longues pluies nous avons pu , même dans des endroits autrefois très-marécageux, promènera pied sec.

Mais une preuve bien plus significative est fournie par les produits de culture depuis le drainage. Ainsi la pièce de 6 hectares qui»

année moyenne, donnait 60 hectolitres de froment, a produit, en i853 , après une forte fumure il est vrai , 208 hectolitres. Un aussi brillant résultat a été obtenu , il faut bien le dire, à Taide de fossés ordinaires dans les 100 hectares de terrains maraîchers, pour lesquels le fermage s'est élevé de 60 à 1 5o fr. rhectare depuis Tassai n issement ; mais on comprend que le découpage en tous sens par tks fossés y utile pour la culture de ces terrains parce qu'il y favorise les irrigations, occupe non- seulement une surface considérable, mais générait tout autre aménagement , et rendrait, par exemple, impossible l'emploi de la charrue.

Tel est. Messieurs, le sommaire bien succinct des opérations de M. de Bryas, et les résultats obtenus par lui. Si votre Commission s'est abstenue de détailler le mode adopté pour les travausc^ c'est que leur importance Ta déjà

fait mentionner par plusieurs Sociétés savantes; nous avons cru, malgré le minutieux examen duquel nous nous sommes livrés nous* mêmes , devoir concentrer votre attention sur deux points principaux : i*^ Futilité du drai* hage en horticulture ; 2® les dépenses que nécessite son établissement. Bien que les parties drainées que nous avons visitées ne soient destinées qu*à la production agricole, il est de toute évidence qu*nne pratique qui fait tripler une récolte de céréales, et de laquelle s'accommodent à merveille des plantes fourragères et des vignes, profitera tout autant aux légumes et aux arbres fruitiers; on pourrait seulement, pour ces derniers, «raindre un moment que leurs racines ne vinssent jusqu'aux drains les obstruer ; mais aucun d'eux, si ce n'est peut-être le poirier à haute tige, m'envoie des racines à plus de 3 à 4 pieds, profondeur moyenne des tuyaux de drainage.

Quant aux dépenses nécessitées par l'établissement des tuyaux à drainer, nous voudrions avoir à fournir des chiffres précis; mais la loyauté de M. de Biyas ne lui a pas permis de nous donner à ce sujet des renseignements qui ne pouvaient être que très-in-

complets. Nous savons seulement que, |)rati« quant sur une grande échelle^ et avec les ressources d'une vaste exploitation, il a pu considérablement réduire la dépense , qui se* rait moindre de 1 5o fr. par hectare.

Un des membres de votre Commission s*est livré, à ce sujet, à de très-intéressants calculs, qui lui ont permis d'affirmer qu'en moyenne, un hectare à drainer exige une dépense de 280 à 3oo francs. Malgré ce chiffre considérable , il est plus que probable que la dépense est largement couverte par l'augmentation du revenu. Mais avant d'exprimer une conviction qui n'a pas eu le temps de se changer en certitude , il reste à faire et à encourager de nombreux essais.

Aussi, en voyant un grand propriétaire comme M. de Bryas ne reculer devant aucune difficulté pour vulgariser une pratique utile à l'agriculture , votre Société ne peut manquer d'applaudir à son initiative, lorsque surtout les modifications apportées par lui dans l'établissement du drainage ont pour premier résultat de simplifier les premières dépenses , seul obstacle sérieux qui vienne retarder Tadopiion générale d'une excellente méthode.

Nous venons donc vous proposer de constater par votrtt vote combien vous appréciez et encouragez ces travaux , et en même temps de manifester à M. de BryasTespérance formée par la Société de le voir bientôt appliquer le drainage à des travaux d'horticulture que vous seriez alors heureux de pouvoir récompenser.

Nous ajouterons un seul mot, pour mentionner la gracieuse obligeance avec laquelle M. de Bryas a accueilli votre Commission, eit a su lui fournir tous les renseignements qui pouvaient vous être utiles.

Lu et adopté en séance du Conseil , le 26 mars i855.

Signé : Léon Hfumann, Barret, dk

SaULNIERS , BUSQUET, ct Méran , rapporteur.

Pour copie eon forme :

Le Secrétaire générât^

Signé : Meran.

Extrait du Journal des Débats , du 1 8 février i855.

Les travaux de drainage commencent à se

développer sur tous le$ points du territoire. Du Nord, où elle a pris naissance et où etie est particulièrement appropriée à la nature du sol , la nouvelle méthode s'est déjà répandue dans les contrées méridionales, où les terres, étant moins humides, on pouvait la croire ou moins nécessaire on superflue. Mais ceux qui connaissent à fond la théorie du drainage, savent qu*il a le double effet d'assainir les terres trop humides et de rafraîchir les terres trop sèches. On peut donc établir en principe que si cette opération peut quelquefois être inutile, elle Hé peut jamais être nuisible. Aussi les agriculteurs du Midi sontils entrés dans cette voie d^amélioration comme ceux du Nord. Nous avons sous les yeux un document qui donne des détails pleins dUntérét sur les travaux de drainage qu'un des propriétaires les plus éclairés du Bordelais , M. Charles de Bryas, a fait exécuter depuis dix-huit mois sur sa propriété du Taillan, située à 8 kilomètres de Bardeaux.

Au début de son entreprise, M. de Bryas se trouvait arrêté par une difficulté qui est la pierre d'achoppement ordinaire dans les opérations de ce genre. Il était dans i'impossibi-

lité de se procurer la quantité de tuyaux né> ioessaires à retendue des terres qu'il voulait faire drainer; il n'avait pas non plus à sa disposition un nombre suffisant d'ouvriers expérimentés pour poser ces (nyaux. Il s'est tiré de cet embarras par un expédient qUe Ton peut citer en exemple aux agriculteurs qui se trouvent dans le même cas.

Il a pris le parti de faire creuser les trah chées à une distance à peu ptès double de celle qui est généralement indiquée comme la moyenne la plus convenable. Plus tard; si le trop grand espacement des tranchées n'a pas suiH pour opérer Tassainissement complet^ il se propose de les doubler. En attendant, il a pu drainer immédiatement une plus grande partie de ses ter;%s et leur assurer le bienfait au moins éventuel de cette opération.

C^ travaux^ bien qu'exécutés dans des conditions imparfaites, ont produit des effets surprenants. Des terrains plantés en vignes, où l'eau surgissait de tous côtés, et oi^ l'on ne pouvait f sans enfoncer dans la boue, travailler qu'après une sécheresse prolongée, se sont trouvés, huit jours après la pose des tuyaux, complètement purgés de celte humidité sura-

bondante, et se sont couverts d'une végétation magnifique. Toutesles autres cultures, les blés, les fourrages, les racines, présentaient l'apparence la plus vigoureuse. Dès la première année, toutes les récoltes ont donné des résultats considérables. Une pièce de terre labourable, de la contenance de6heclarcs, a produit 208 hectolitres de blé. Avant le drainage, la charrue ne pouvait y enti-erque clans le mois de juillet, et les bestiaux s'y enfonçaient jusqu'au ventre. Partout où l'on voyait auparavant une terre grasse et massive , on ne trouve plus maintenant qu'une terre pulvérn lente et presque légère.

L'inffuenccdu drainage sur l'amélioration du sol n'a peut-être jamais été plus sensil^e. Cette expérience démontre une fois de plus, et de manière à ne laisser aucun doute , que, quelque humide et quelque compacte que soit une terre , on parvient à l'assainir et à l'ameublir par le drainage.

L'étendue des terrains assainis jusqu'à ces derniers temps comprenait déjà 5o hectares, et les travaux continuent avec assez d'activité pour que la propriété tout entière puisse être drainée avant la fin de l'année qui comnience.

Le total de la dépense , tant pour la maiiid -œuvre que pour Tachât des matériaux , s^élève à ^a somme de 5 sioo francs.

En commençant son opération, M. de Bryas avait fait venir des ouvriers belges et une collection d'instruments propres à ouvrir les trancbées et à poser les tuyatix. Bientôt les ouvriers du pays eurent acquis assez dMiubileté poiir exécuter ces travaux sous la direction unique du. propriétaire, et il reconnut en même temps qu**entre leurs maiias ies outils du pays fonctionnent avec plus d'avantage qiie ceux qu'il avait importés. Il ne conserva qu'un seul de ces outils étrangers, celui qui sert à préparer au fond de la tranchée le lit dans lequel doit reposer le drain. L^exemple donné par M. Charles de Bryas a porté ses fruits et fait naître une émulation générale parmi les agriculteurs de la contrée. On s'attend à voir dès cette année des centaines d'ateliers ouverts dans le département. Les autorités locales ont secondé cet élan par les seuls moyensqui soient à leur disposition. Sur la proposition de M. de Bryas , le Conseil général de la Gironde a émis le vœu que des ma« chines à fabriquer les tuyaux de drainage fussent établies par les soins d^i Gouverne^

ment dans chaque canton. H a également «mis le vœu qu'un service d'ingénieurs spécia-ûx , pour rétude des projets et la directiott des travaux de drainage , fût organisé de ttiattière à être mis à la portée de tous les agriculteurs qui veulent assainir leurs terres.

Il a lieu d espérer que ces voeux serotit entendus. Ainsi que nous t'avons dit souvent, le Gouvernement a peu fait jusqu'à présent pour encourager le drainage. Cependant il est assez généralement reconnu que son coAeoctrs est indispensable pour donner une impnl^on efficace à des travaux qui intéressent' à un st haut point la Ibrtune et la 'salubrité.

pnbliqnes.

Louis AziLOuiur.

Extrait du Journal des Débats , du i" mars i855.

L^année dernière , nous avions déjà signalé les travaux de drainage exécutés par M. l'é conïte Duehâtel , ancien ministre du roi Louise Philippe^ -dans ses terres du Médoc, mais $atï!i pouvoir fo^irnir aucun détail sur rhnpor tance et SUT le résn4tat de cette opération. Nous sommes heurenfifemetit à même aujourd'hui dé «Qunbler cètre lacune et de donner à cet égard

les rensiçignemeDts les plus précis et les pki« audientiqueSi

Les essais de drainage que M. le comte Dunhâtel a faits dans sa pro|)riété d^ Lagrangç, 444 IkiloQoiètres d€ Bordeaux^ remontent à Y 852; ils sor^ par co»séc|uent antérieurs à •ceux de M. deBryas, qui n'entêté commencés •qu'en i853, et ce sont les premiers qui aient été entrepris dans le département de la Gironde. Ils Ofit eu lieu sous la dir^ection de M. Leclerc, ingénieur belge d'une grande distinction, chargé de ce service au Ministère <le l'Intérieur en Belgique, et connu par des ouvrages ^ur le drainage q^iilont. autorité dans la matière^ M. le comte Duchatel, voulant in- •troduire le drainage dans ses vignes, s*est adressé à M. Leclerc, que le gouvernement l)elge a autorisé à passer quelques semaines en Médoc.

Les difficultés à vaincre étaient grandes.

Il fallait former des ouvriers pour un genre de travail inconnu dans le pays-, lutter contre les ii>bstacles qu'opposait la nature du terrain, tantôt d'une dureté extrême, tantôt sans consistance suffisante; enfin, creuser des rigoles entre des rangs de vigne espacés de i mètre, 4it -en même temps ne pas endommager les

pieds de vignes, qui ont, dans les propriétés ilu Médoc, une très-grande vateun

Grâce aux connaissances théoriques et à ITiftbikré pratique.de M. liccterc, le problème a été résolu. Initiés par un guide aussi expé-^ rimenté à tous les secrels de Part de drainer, les ouvriers, qu'avait d'abord étonnés la nouveauté du travail , Tont bientôt exécuté aveé la même facilité que les travaux onlinaires de terrassemeul.

Un certain ntrmbre de luvaux avaient été fabriqués sur la propriété au moyen d'une machine venant des usines de Fourchambault, Ces tuyaux, au nombre de 25ooa environ, étaient de forme elliptique, selon un modèîe adopté à Grignon.

Des travaux de sondage ont été faits en 1 852 dans toutes les pièces du vignoble qui pouvaient souffrir de l'humidité. D'après les résultats de ces sondages. M. Lecîerc a déterminé quelles étaient les pièces pour îesquellcs le drainage pouvait être utile, et quels devaient être dans chaque pièce, en raison de la nature du terrain , la profondeur et l'espacement des rigoles de dessèchement.

Les essais de drainage se sont bornés, en »852, à I hectare 70 centiares de vignes i et

1 liectare 5o centiares d^ prairies ou terres cultivées.

En i853, les trayaiix ont été entrepris sur ■une plus grande échelle. La fabrication d«s tuyaux, facilitée par rintroductioa 4'un malaxeur pour pétrir la terre et par la construction d'un hangar avec étagères, a été plus •considérable. La fabrique a fourni environ I s>.5ooo tuyaux de petite ou moyenne dimension, près de loooo tuyaux collecteurs et «nviron 44*^00 manchons. La forme circulaire, reconnue préférable à la forme ^îllipti- <[ue, a été adoptée pour les tuyaux.

L'étendue des terres drainées a été, en i853, de 27 hectares 5o centiares de vignes , et de •1 hectare 3o centiares de terres labourables.

En 18549 les opérations de drainage ont -été continuées; «ne grande extension a été donnée à la fabrication des tuyaux , pour satisfaire aux nombreuses demandes, qui av-aient d û être aj o u rnées en 1 85 3 .

Il a été drainé à Lagrange, «p i854f j^^' <]u!^u 20 janvier i855, environ 29 hectares 10 centiares de vignes et 6 hectares de prés.

On s'occupe en ce moment à drainer une prairie de 9 hectares située sur les bords de la Gironde,

Ces travaux une fois terminés, îî ne restera, pour achever Texécution du plan complet de drainage, que 6 hectares environ de vignes à drainer; les vignes étant destinées à être arrachées, le travail a dû être ajourné, Texécution sur un terrain libre présentant plus de facilités.

A la fin de la campagne, retendue des drainages à Lagrange sera donc de plus de 58 hectares de vignes et environ 1 8 hectares de terres en prairies.

La profondeur des rigoles de dessèchement a varié, suivant la nature et la disposition du terrain, entre les limites de i mètre et i mètre 25 centimètres. Les rigoles ont été placées au minimum à 8 mètres les unes des autres, et ao maximum à 1 5 mètres.

Les résultats obtenus jusqu'à présent ont été excellents. Les vignes, dégagées de Thumi* dite surabondante qui nuisait à la végétation, ont pris une vigueur nouvelle et ont en quelque façon Tapparence des vignes qui ont reçu un fumage.

. Les terrains drainés sont secs , friables , faciles à travailler en toutes saisons; les mottes de terre qu'il fallait briser disparaissent. Les loauvaises herbes de nature marécageuse se

flétrissent et sont remplacées par des plantes qui distîngmenl les bonnes terres. Dans les terrains argileux , Faction du drainage a été plus lente, mais au moins aussi efficace que dans les autres. Les drains qui desservent les terrains argileux coulent aujourd'hui après les pluies aussi promptement que ceux qui desséchent des terrains moins compactes.

Une circonstance qui prouve le progrès de l'infiltration dans les terres drainées, c'est que, . cette année, les tuyaux ont donné , après la pluie , une quantité d*eau double de celle qu'ils fournissaient l'année dernière après des pluies plusabondanteset dansunesaison plusiiumide.

On a mesuré, il y a une quinzaine de jours, après une pluie qui n'avait pas duré vingtquatre heures, dix drains collecteurs réunissant chacun, en moyenne, les eaux de i hectare; ils ont donné, en moyenne, plus d*un litre par seconde ; les dix réunis fournissaient par minute 676 litres ou 3 barriques bordeliises.

Un drain collecteur qui date de deux ans, et qui remplissait une mesure de 4 litres et demi en seize secondes dans les moments où il coulait avec le plus d'abondance , remplissait cette année là même mesure en cinq secondes.

L'effet du drainage s'est fait sentir sur U récolte de cette année. Si le vignoble de Lagrange a été, dans la disette^générale, moin» maltraité que la plupart des propnétés voisinesy c'est au drainage qu'est due cette pro^r portion favorable, et, avec les prix élevés des vins , les dépenses Mtes jusqu'à préseot ont été largement remboursées dans la première année.

La fabrication des tuyaux a reçu, en i854»

un très-grand développement; elle a été con> fiée à un fabricant du département du Nord , M. Bornez , qui a introduit les tuyaux à col* lets, po^r lesquels sa maison a pris un brevet. Ces tuyaux ont le grand avantage de rempla^ cer les manchons, et ils donnent aux rigoles une solidité non moins grande ; le pose en est extrêmement facile : un ouvrier peut en poser de quatre à cinq cents dans une heure.

La fabrique de tuyaux a donné à Lsk-^ grange, en 1 854» les résultats suivants :

Tuyaux de 4 centimètres de diamètre avant

la cuite, et se réduisant, après la cuite, à 3 7^

pesant cuits environ i kilogramme.

1°. Ancien modèle, tuyaux sans collets»

:2°« Tu^auK u collets , même dimension , environ 585 oop.

Gros tuyaux servlint de collecteurs y et de 6 centimètres de diamètre après la cuite, pesant a kilograûomes environ , 75 000.

Les tuyaux de 6 centimètres comptant dans la fabrication , comme leur poids Findique, pour deux tuyaux ordinaires , la ^brication totale s'est élevée au chiffre de près de Soonoù tuyaux.

Une partie de ces tuyaux a été employée :sur la propriété de Lagrange, le reste a été «cédé aux propriétaires du voisinage. Des ea«* Tois même ont été faits jusqu'aux environs de Bordeaux et au delà.

L'utilité des travaux de drainage est généralement appréciée. Les cultivateurs s'aper- •çoivent qu'aucune- amélioration agricole ne peut donner, surtout pour les vignes, d'aussi prompts résultats et d'aussi beatix profits.

M. le comte DuK^âtel a dépensé pour ses travaux de drainage de aSo à 3oo francs par hectare, le prix des tuyaux compris, ainsi que coûtes les dépenses accessoires. Un drainage vraiment complet, avec un système régulier .<le rigoles suffisamment rapprochées, ne peut

guère coûter moins dans les pays de vigties^ où la main-d'œuvre est chère et le travail difficile.

En i853, la Société d'Agriculture du département de la Gironde a décerné une médaille d'or à M. le comte Duchâtel pour ses travaux de drainage.

Ceux de nos lecteurs qni s'intéressent aux progrès du drainage, peuvent avoir confiance dans ces renseignements dont nous leur ga* rantissons l'exactitude. Pour l'avenir de la nouvelle méthode, nous sommes heureux de compter parmi ses partisans et ses propaga^ teurs un homme d'une intelligence aussi élevée et d'une aussi grande autorité que M. le comte Duchâtel. Les agriculteurs qui voudraient se livrer à des essais en ce genre , ne peuvent suivre un guide plus sur et plus éclairé.

Par l'influence de son nom et de son exemple, nous espérons que M. Duchâtel fera chez nous pour le drainage ce que sir Robert Peei a £iit en Angleterre. Ainsi l'ancien ministre de la monarchie constitutionnelle continue de servir honorablement son pays en consacrant à ces utiles et féconds travaux les lumières et les éminentes facultés que les vicissitude»

politiques ne hii pennçttent plus tl'cxerccr dans les consuls du Gouvernement.

L» Allotjrt.

Extrait du Journal d'Agrictiltare pratique du

5 raars i855.

Messieurs , Parlons maintenant des agriculteurs; il en est qui ont fait des prodiges, rien que par leur propre volonté. Le défaut de place nous forcera à nous borner pour aujourd'hui au dé^ partement de la Gironde , qui nous fournit des exemples d'autant plus précieux que c^est un département méridional. M. deBryas vient de publier sur ses travaux une brochure qu'il a bien voulu nous dédier, ainsi qu'à M. Chambellan, inspecteur général de l'agriculture, et à M. lederc, chargé du service du drainage jcn Belgique. M. de Bryas affirme qu'il a puisé dans nos écrits le courage de mener ^ bien «on entreprise; nous ne l'admettons pas. Nous croyons plus juste de dire que sa volonté de rendre service à son pays a seule triomphé de tous les obstacles. Mais pour ne pas paraître rendre à M. de Bryas tout simplement politesse pour politesse , nous donnerons un extrait d'une appréciation que renferme le

Journal des Débats du 18 février. (Suit un résumé de Tarticle publié plus haut, page i^i.)

Les travaux de M. de Brjas out attiré Tat tention de tout le Bordelais, et lui ont valu les plus honorables récompenses de toutes les Sociétés agricoles ou industrielles de Bordeaux. Dans ce pays, le 'drainage a pris du reste droit de cité. Plusieurs fabriques de tuyaux y existent aujourd'hui , et nous cite^. rons, par exemple^ celle de M. Robert, qui a livré à M. de Bryas plus de i4o 000 tuyaux, et celle de MM. Clamageron et Roberty, qui est située dans Tarrondissement de Libourne. La ressemblance des noms Robert et Roberty a quelquefois fait confondre les deux fabriques.

Non loin de M. de Bryas, un ancien ministre, M. Duchâtel , a drainé une grande éten7 due de vignes , et a obtenu des effets qu'on dit extrêmement remarquables. On affirme même que les vignes drainées ont été moins maltraitées que celles du voisinage , et que, vu le prix élevé du vin , les dépenses faites par le drainage ont été largement rembour* sées dès la première année.

A.. DK BMiaAL.

Visite aux travaux de drainage ^ir M. Gh. dc Bryas^ par les auditeurs du Cours d'Agri' culture de Bordeaux et de Lihourne.

En rendant conrpte de cette visite, nous devons le dire dès le début y notre intention est aussi bien de constater les résultats avantageux que nous en avons retirés, nous et les cinquante personnes qui nous accompagnaient, que de remercier publiquement M. Ch« de Bryas de la cordiale réception qa*il nous a faite. C'est lundi, 19 mars, par un temps magnifique, que cette visite a eu lieu. Dès le début des conférences sur le drainage que nous faisons à Bordeaux , et qui doivent terminer les leçons du soir de Texercice courant, nous l'avions annoncée comme complément indispensable de ces conférences. lïous l'avions également annoncée à Liboume, aux auditeurs qui se réunissent autour de nous tous les dimanches, et partout nous avions rencon* tré des hommes désireux de prendre part à une exploration tout à fait digne, en effet, de l'attention des cultivateurs et des agronomes. Nous ne dirons pas avec détail tout ce que nous avons vu sur le domaine âe Lavie, ce sérail répéter ce que nous avons déjà consigné dans un article spécial récemment publié par

la Gironde ; ce serait revenir aur des faiu que grand noiobre de personnes connais^enl déjà, piiisquHl est -vrai qu'à Theure qu'il est les travaux de drainage de M. Gh. de Bryas, qui ne remontent qu*à deux ans, ont cependant attiré quatre mille vi^teurs au moins.

Seulement , nous constaterons le vif inlérét avec lequel ont été successivement appréciés, et les travaux déjà faits et ceux en cours d'exécution, et les résultats considérables déjà obtenus et ceux sur lesquels oq cœupte encore. Nous dirons combien il est avantageux qu'aux portes de Bordeaux^ et comme démonstration pratique de tout ce que l'on a dit et imprimé sur un des moyens les plus puissants de venir en aide à la production agricole, il se soit rencontré un domaine si bien disposé pour l'application du drainage.

Nous dirons enfin combien il est beureux que ce domaine soit la propriété d'un homme toujours disposé à accueillir les étranger^, toujours disposé à leur montrer ses travaux, à leur signaler les résultats qu'il en a obtenus* Sans doute, et avant tout, de telles dispositions sont la conséquence du caractère et des traditions de famille; mais elles sont aussi, qu'on noiis permette de le dire , les consé-

ifuenees de ragricnlture , de Toccupation Ta plus propre à inspirer la générosité et le dévouement.

Aug. Petit-Laffitte,

Obseivations relatives à La fabrication des tuyaiix de drainage,

Moitsu:u& i>E Pb£Sxdent,

J'ai rhonneur de vous adresser quelques observations relatives aux précautions à prendre dans les moyens d'encourager la fabrication des tuyaux de drainage.

J'ai visité divers départements et j'ai trouvé dans beaucoup de fabriques des masses de Uiyaux défectueux mis au rebut ; les cultivateurs paraissaient avoir peu de confiance dans leur durée.

En recevant des drains, en 1854» j^^^ ^^"^ connu qu'ils se décomposaient au contact de l'humidité et j'ai attribué cette détérioration, soit à l'élément calcaire qu'ils renfermaient et qui rendait Ja qualité de la terre employée impropre à ce genre de fabrication, et peutêtre à l'insuffisance de la cuisson.

Dans la seconde partie de mon exposé pratique, j'ai indiqué le mode à suivre pour reconnaître si les drains sont propres au

drainage; mais cette vérification mç pamii insuffisante et incomplète. ^

C'est à la chimie, c'est aux éminent^ savants dontropinionfaitloi en pareille matière, qu'est réservée la mission de résoudre le problème.

J'ai rhonneur de prier l'Institut impénal de vouloir bien nommer une Commission spéciale, qui sera chargée de l'examen de ma proposition.

Je fais observer que le Gouvernement encourage la propagation du drainage; il accorde et place dans les cantons des machines à fabriquer des tuyaux.

A Tavenir et loi*&que le problème sera résolu, M. le Ministre de l'Agriculture et des Travaux publics pourra poser, comme règle, qu'avant d'obtenir les machines que le Gouvernement accorde pour mieux vulgariser le drainage, les fabricants - candidats devront fournir la preuve incontestable qu'ils |>QSsèdent les cou-» uaissanees et les ressources nécessaires pour bien fabriquer, et que surtout, ils ont à leur portée les terres reconnues les plus propres à la confection des drains. Alors seulement l'agriculture pourra espérer que les tuyaux qui lui seront livrés, résisteront à toutes les épreuves et permettront d'exécuter des tra-

Yâiix transmissibles à plusieurs générations.

Je réclame le patronage de Flnstitut, et si mes cAservations lui paraissent digries d'intérêt, je le prie de vouloir bien m'accorder son concours, qui peut dans cette circonstance coopérer à la solution d'un problème dont dépend l'avenir de l'application du drainage.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, Tassiirance de mes sentiments les plus distingués et les plus dévoués.

Le Marquis Gh. dk Brtas,

ancien député de Ta Gironde.

Paris, leSo mai i855.

Obseî\>ations relatives à la fabrication des tuyaiix de drainage, par M. de Brtas.

( Extrait des Comptes rendus des Séances de i'Àcadt> mie des Sciences ; séance du 4 juin i853.)

L'auteur a reconnu, dans des voyages entrepris principalement pour étudier la question du drainage, que la mauvaise qualité des tuyaux devait, en bien des C/as^ compromettre le succès de l'opération, et il ne doute point que si des cas semblables se répétaient fréquemment, ils n'eussent pour résultat de jeter de la défaveur sur une pratique appelée à ren'^ dre de grands services à l'économie rurale. Il pense donc que le Gouvernement , qui s'est

montré très-disposé à encourager rétablisse»

ment de fabriques pour les tuyaux de drainage, devrait, avant d'accorder son appui aux établissements qui le réclament, s'assurer que la terre qu'on se propose d'employer pour les drains est d'une bonne qualité, que les directeurs de l'usine ont les connaissances nécessaires et qu'ils donnent aux produits le degré de cuisson voulu.

Lettre de M, le Secrétaire perpétuel de r Académie des Sciences h M. de Brtas.

Monsieur, l'Académie a reçu, dans sa séance du 4 juin i855, votre Mémoire manuscrit in; tîtulé : Observations relatives à la fabrication des tuyaux de drainage,

J'ai r honneur de vous prévenir que ce travail sera examiné par une Commission composée de MM. Boussingault, comte de Gasparin, Payen, Rayer, Decaisne, Peligot(ï).

Agréez, Monsieur, Tassurance de ma considération très-distinguée.

Paris, 18 juin i855. Signé Flourens.

'( 1 ) Lorsque le Rapport de la Commission sera parvenu à M. le Marq[uis de Bryas, il s'empressera de le publier.

Paris. - |«p. de MALLET-BACHtLIEK , ime d,. Jardinet, «a, j

TROISIÊIUS PABTIB.

L'ART DE DESSECHER.

L'Exposition universelle a participé dans une immense proportion à faire apprécier les avantages que le drainage procure lorsqu'il est appliqué avec discernement et économie ; dans un bref délai, il sera vul gansé sur tous les points civilisés du globe. Les terrains qui souffrent d'im excès d'humidité en seront bientôt débarrassés, que la cause provienne de sources intérieures et remontantes, ou d'un sous-sol imperméable qui empêche Veau de pluie de pénétrer dans les entrailles de la terre.

Dans l'admirable lutte qui réunissait un si grand nombre d'industriels dévoués et intelligents, chacxm a redoublé de zèle pour démontrer que le progrès se manifeste avec une rapidité qui tient du miracle ; les incrédules ont été vaincus et désillusionnés. Les hommes éclairés ont reconnu que pour appartenir à notre siècle, il fallait

être utile à son pays, et que plus on possède une position élevée, plus on doit faire de sacriûces pour perpétuer d'honorables traditions de famille.

Les théoriciens les plus érudits, les praticiens les plus persévérants dans les recherches qui doivent le mieux faire apprécier les di^érentes méthodes susceptibles de rendre les dessèchements plus complets, selon les circonstances qu'ils rencontrent en creusant les tranchées, ayant publié d'excellents traités et donné des conseils aussi logiques qu'instructifs, je crois superflu de rentrer dans la discussion des faits.

Dans ce nouvel écrit, je ne ferai connaître que les circonstances relatives à TExposition universelle et tendant à faire mieux apprécier les motifs sur lesquels le Jury international s'est basé en décernant les récompenses.

Le drainage a été exposé sous toutes les formes, le spécimen représentant mes grands travaux exécutés sur la terre du Taillan, près Bordeaux, est trop connu pour que j'en fesse la description. J'ai été honoré de la visite d'illustres souverains : le prince Napoléon, président du Jury, ainsi que MM. les membres qui le composaient, m'ont accordé leur bienveillant appui. De

savants tliéoricîens, de nombreux ^gricalteùrs, et notamment les travailleurs sâi* sissaient, avec un bon sens admirable, revenir de l'application de Tart de dessécher; ils proclamaient (pi'avec l'aide de la Providence et Tappui du gouvernement, jamais le prix du padn ne dépasserait le salaire réalisé par les ouvriers honnêtes et laborieux, si on se hâtait de mettre la main à Tœuvre, afin de récolter sur le sol français assez de subsistances pour ne plus en réclamer à haut prix à l'étranger.

Un grand nombre de plans et des masses de tuyaux flguraientàrExposition. Des ma^ chines à fabriquer des drains étaient exposées ; elles ont été Tobjet de Texamen le plus attentif du Jury, et classées selon leur degré de perfectionnement.

Les fabricants d'outils agricoles perfectionnés de Paris, de Bordeaux, de l'institut de Grignon, de Nantes et de bien d'autres localités ont prouvé, une fois de plus, la supériorité de l'industrie française ; le manège exposé par M. Pinetaété l'objet d'une approbation unanime.

Il est regrettable que la question relative à la fabrication des tuyaux de drainage reste encore indécise; espérons que les éminents savants qui ont été désignés par

rinstitut, pour résoudre le problème que j'ai soumis à son appréciation, feront bientôt connaître le résultat de leurs recherches, et qu'à Tavenir, les fabricants pourront, par un procédé certain, savoir avant la fabrication, si la terre qu'ils possèdent a les qualités propres à fournir des matériaux à Tabri de détérioration, lorsqu'ils sont posés dans les entrailles de la terre en communication perpétuelle avec Thumîdité.

Avant de terminer mon troisième chapitre, je dois signaler à Tattention des cultivateurs praticiens le rapprochement et l'entente cordiale qui existent actuellement entre tous ceux qui étudient l'application du drainage. Personne ne conteste la nécessité d'approfondir les tranchées, lorsque, par des sondages, on reconnaît que l'eau circule à une certaine profondeur ; dans les couches perméables, on espace les moyens d'écoulement selon les circonstances qui se révèlent en creusant les tranchées. On a reconnu que dans les terrains argileux et plastiques, on pouvait se contenter d'une moyenne d'un mètre vingt centimètres à un mètre trente centimètres de profondeur, et qu'enfin, les méthodes devaient varier selon les circonstances, et

que c'est au jugement et à rexpérience du praticien qu'est réservée la mission d'appliquer Tart de dessécher avec économie et discernement.

Les Landes occupent une surface étendue sur le territoire de la France ; la géologie nous fait connaître qu'elles contiennent sur beaucoup de points des couches d'âlios ou matières ferrugineuses, et en dessous un sous-sol perméable composé d'un sable susceptible de livrer passage' aux eaux ; c'est encore aux praticiens qu'est réservé le soin d'étudier tous les faits et toutes les circonstances que l'on rencontre lorsqu'il s'agit de pareils défoncements.

Une grande opération financière paraît devoir être soumise à la sanction des pouvoirs législatifs ; l'agriculture en retirera des avantages incontestables, si, à l'exemple de l'Angleterre, les intérêts des familles sont protégés et à l'abri de toute atteinte.

Je n'attaque pas les Compagnies, dont je respecte les intentions, mais je ne me préoccupe pas de la conservation de leurs intérêts, sachant, par une longue expérience, qu'ils sont toujours défendus de façon à n'être jamais compromis. La conservation' du patrimoine des familles, que l'Etat veut

favniHftpr fin Ipnr TirnrMTrant. à r\f> hniiTifift

conditions, l'argent indispensable pour augmenter la valeur des terres qu'elles possèdent, doit être l'objet d'une surveillance de tous les moments ; il faut (jue les fonds empruntés ne soient employés que pour réaliser une plus-value incontestable, et qu'ils ne soient jamais détournés de leur véritable destination.

C'est à M. Ernest Dumas qu'a été confiée l'important© mission de recueillir le texte des lois et tous les documents qui pou^ valent être de nature à éclairer Tadministration sur les mesures propres à assurer à la France les avantages immenses et incalculables que présentent les pratiques du djçainage appliqué sur une grande échelle.

MM. Mangon, ingénieur des ponts et chaussées^ chargé de l'art de dessécher sur les.doDaainea de VEtatet de la couronne, Eaïu^professeurauConservatoixeàes arts et métiers, et Leclere, directeur général du drainage en Belgique, ont été aussi chargés d'étudier les faits accomplis notamment &n Irlande ; iis ont pubBé les, plus précieux. ren;seignementa qfxî cQnii>; liueçont à rendre, la (jUsc^ssion;pii^s.faqâçt^^ ^faciliteront la consçirvatiûn :dès ;dr(^ ipapi^^/cwptibles des familles. . ,. r

, J'iavHe îWes. nx)mbreux lectteursi.à cAOr^

suUer a^sd un ai^tick publié à la date tiil 24 janvier 1856, dans lé journal le PoffS^ pat M. àugxiMe Jôurdier, de Versailles.

Ce docnment est remarquable par sa»

clarté et sa logique ; il ènumère les faits ies' plus ivEtéressaaaitB sur les modifications ap-* pistées a la législation anglaise ; il met tna lumière les^ tra^eaixx du parlement à l'épo^ qoB où le gootEvetnement de te/ Grandes Bcetagnea encennigé l'applicatiâm du dxaih nage sur tous les poLuts de son territoixe, STiso(q>lîLbies dé pfofitBr de cet admirabte; pfogiés.

Afin dé ne pas m'écarter de la marche suivie dans mes premières publications, je croifl devoir puMier rôpinion des sociétés savantes* et des organes de la presse, sur toutes les circonstances qui ont accompagné mon exposition en çualité d'agriculteur praticien..

Le gouvernement a accordé aux exposants draineuta aan appui et son bienveillant intérêt, il a rendu leurs eJEforts plus facUes et contribué à réaliser des succès iHôoiiteeâtbles.

M^puJin&catiousiôint été svcd^^Hlieftav^c une ^x^éme favetir par \m gm^rernBmetti»' ètrsngd]^ et j'ai été iinvibè à vlBilser âivei»'

Etats qui ont un pressant besoin d'appU»

quer l'art de dessécher.

Un concours régional international de produits agricoles, de machines et d'animaux reproducteurs, s'organise sous le ^ haut patronage de son Excellence le Ministre du commerce et de Tagriculture.

MM. les inspecteurs généraux en auront la direction. Je me rendrai au rendez- vous qui me sera donné ; j'y transporterai mon spécimen de drainage pratique, mes plans^ mes outils, et je redoublerai de zèle pour remplir la mission que je me suis imposée en faveur de la vulgarisation de l'art de dessécher.

Le Marquis Gh. de BRYAS, .

Ancien Député de la Gironde.

Globe industriel du 3 février 1856.

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