G. THORIN
Extrait du Journal mensuel des travaux de l* Académie nationale, agricole, manufaeturiên et eommerdaie, — Revtte générale de VExposUitm universelle de 1855, publiée par M, Aymar-^ Bresiion, homme de lettres , membret^ de plw sieurs sociétés savantes,
TRAVAUX DE D&AINAGE ET DE DESSÉCHEMBNT
Exécutés par M. le marquis de Bryas^
Ancien député, membre de l'Académie nationale, etc.
Rappeler ici la haute importance que rAcadémie nationale attache à toutes les questions de drainage et de dessèchement serait une répétition inutile. Quelques noms seulement, ceux de M. le vicomte de Vigneral, de M. le comte de Straten-Ponthoz, de M. Vitard, de M. Clouchet de Pontacq, tous quatre membres de notre société, seront assez éloquents pour redire nos travaux et nos efforts constants afin de répandre en France une pratique agricole si féconde en résultats.
Oui, le drainage, largement appliqué partout où la natm-e du sol le réclame,
doit décupler en peix d'années les richesses territoriales de la France. C'est une vérité mathématique à Tappui de laquelle il n'est plus nécessaire de citer les nombreux arguments qui ont enfin triomphé de la routine.
Le drainage^ expression anglaise, que BOUS avons adoptée comme définissant l'action d'assainir une terre trop humide, n'est pas une pratique nouvelle. Son origine se perd dans la nuit des temps. Les anciens le pratiquaient à leur manière et en retiraient d'immense^ avantages (1).
L'Angleterre n'a le droit de revendiquer
(1) Sans parler de tons les auteurs latins qui ont éciît »tir la matière, nous citerons seulement ce passage de (>olamdle, écrivain contemporain d'Auguâte (Lib. II, cap. II : Si humidus en't, etc.) :
« Si le sol est humide, il faudra faire des fossés pour » le dessécher et donner deVéconlement aux eaux. On » connaît deux sortes de fossés : ceux qui sont cachés » et.oeux qui sont larges et ouverts... On fera, pour T» les fossés cachés, des tranchées de trois pieds de pro- » fondeur, que Von remplira jusqu'à moitié de petites ^» pierres ou gravier, et Von recouvrira le tout avec la >> terre du fossé. Si Von n*a ni pierres ni- gravier, on t> formera, au moyen de branches liées ensemble, des » fascines auxquelles on donnera la grosseur et la capa» y oSté du fond dé la tranchée, et qu*on disposera de • manière à remplir ce Vide. Lorsque les fascines se* » Toat bien enfoncées dans le fouddu canal, on les re-
epjfê Fexpi^esiHon. Hais, pour ôtre^ jointe, agt>utonâ qn'elie a donné à ce moyen agricole, appliqué jusqu'alors isblémekt/etsans règle fixe, la plus salutaire, la plus vigou-^ reuôe impulsion.
Le drainage est désormais une science^ et surtout une science à la portée de tous.
Le phxs itiodeste cultivateur peut en faire son profit» Il s^agit donc d'en vulgariser la pratiqué.
Parmi les propriétaires éclairés qui ont le mieux compris lès bien&its du drainage et' ont fait les sacrifices les plus considéra- Wes pour le répandre, nous placet^ons en première ligne notre collègue, M. le marifais de Bryas.
Il ne s'agit plus ici d'un essai plus ou ittcins timide tenté dans d'étroites limites
w cQavrka de feuilleff de cyprès, de pin ou de tout au- » tre arbre, et Toii couTrira le tout avec la terre tirée » des fossés ; aux deux extrémités, on posera, comme » cela se pratique pour les petits ponts, deux grosses » pierres qui en porteront une troisi^ne, le tout pour y eonsolider les bords du foss^ et favoriser récoulemeni » des eaux. »
£t après cette' citation latine que nous livrons aux
jsiéditations des draineurs anglais, sous les renverrone
^core auprès de notre illustre» Olivier de Serres^ qui>
dans son Théàirt d'Agritultur^, a parfaitem«iit déerit le»
a^aatages du drako^e.
ert' d'un intérêt purement locali M. de Bsfya&, dofué des faculté» les plus libérales eft les plus généreuses, secondé pap une fo^tùâe con^Mérable, a pu donner à ses tt'atatK des proportion& concluantes^ Il s'est fait fratncbeitient, hardinaent, Tàpètre du^ dlraîtiàge dans le département d^ la fii<> #ôttde, et c'est paa? des feits qu'il répond â^jourd'liui à toutes les hésitations qui re* Wp9éM encore le su<5cès définitif d^ ce puissant auxiliaiî^e de Fagriculture.
M. de Bryas n'a pas obtenu à FEx^si^ lîôiï universelle' l'emplacement qije nous étirions désiré pour lui, ce qui donnerait â- penser que le drainage sL encore de gran*feë cotiquétes à* Mre avant d'oceupêr le rang qui lui convient*
te systèHie de notre collègue est doâcà t'éti^it an centre de la galerie d'ag^i^ul*ture, ce. qui n'empéehe pas le public de se Tendi*^ compte' de touâ ses avantages.
Un mot encore avant de passer au(X tra*vaox'partioïili^s de M: de Bryas.
Voici, pour oeux qui veudaroal; mois^tiûi idée exacte du drainage' saaiff lé ffratûpief, une définition donnée par un agronome disjtingué, M. Martinelli :
« PreseB'Oepot de fleurs ;.ponripK)i ee *' tteSt trou' m tôHÈr Je iNms Aesà&ùèe
cela parce qu'il y a toute une révolution agricole dans ce petit trou. Il permet le renouvellement de Teau, révacuant à mesure. Et pourquoi renouveler Teau?
Parce qu'elle donne la vie ou la mort :
la vie lorsqu'elle neiait que traverser la couche de terre, car d'abord elle M abandonne les principes fécondants qu'elle porte avec elle ; ensuite elle rend solubles les aliments destinés à nourrir la plante ; la mort, au contraire, lorsqu'elle séjourne dans le pot, car elle ne tarde pas à se corrompre et à pourrir les racines, et puis elle empêche l'eau nouvelle d'y pénétrer. Le drainage n'est qu^ ce petit trou du pot de fleurs ménagé i dans tous les champs. »
M. de Bryas a habité la Flandre ; • il y possède des propriétés, c'est à-dire qu'il est imbu des principes qui font de cette riche contrée une des écoles de la bonne culture. Or, pouvait-on introduire dans le midi un assolement suivi dans le nord ?
Telle est la question que M. de Bryas entreprend de résoudre (1).
(l) M. Barrai, à qui nous deYons un excellent traité 4^ draînage, s^exprimait ainsi dans nn rapport présenté * larSocsi^^ d'«ncQuvagem«&t par rindustrie ncctionalA'
Avant de commencer s^ premiers travaux, il voyagea pour s'instruire et s'entoura de tous les livres, mémoires, documents, qui pouvaient guider son inexpé- 4rience, et lorsque ses convictions furent bien formées, il se mit à l'œuvre.
La carte géologique du département de la Gironde indique que les sous-sols imperméables se rencontrent sur tous les points : Thumidité remonte à la surface,
« Dans tout pays où il y a des marais, le drainage est indiqué comme devant produire les meilleurs effets. ; Cependant, lorsque l'on cherche à propager cet admirable moyen d'assainir les terres, de doubler, de tripler souvent leur fécondité, on vous objecte qu'il n'est bon que pour le nord, où l'humidité est en excès ; qu*il ne
'pourrait pas, sans doute, réussir dans le midi ; que, dans des vergers notamm^it, il serait impossible. Votre com;> tnission a été heureuse de voir le drainage établi sur une grande échelle dans le Bordelais, où M. de Bryas
, a déjà employé environ 70,000 tuyaux, et M. le comte Buchâtel environ 30,000, ce qui prouve que plus de 40 hectares ont été drainés. M. de Bryas nous a fait voir, dans sa belle propriété du Taillan,' combien Topération avait eu de succès. De nombreux tuyaux, exposés par MM. Clamageron, Robert et plusieurs autres
-fabricants^ montraient d'ailleurs que l'exemple serait contagieux, et que Ton pouvait proclamer que le drainage produirait non m'oins de bienfaits sous le ciel ardent du midi que dans les prairies pluvieuses du nord. »
elle altère les racines des plantes , et . notamment celles de :1a «vigne.
Le gouvernement, dit M. de Bryas, u besoin d^êlre éclairé surla nécessité d'encourager le drainage dansle midi ; cette contrée mérite toute sa sollicitude, et w ijui facilitant les i^ioyens de drainer beaucoup ,et.à,bas prix, il. aidera ses habitants à, supporter toutes les vicissitudes qui menacent si souvent Tagriculture. Cela est incontestable.
Il serait utile de rapprocher les jnatèjriau^ des draineurs. Ujie machine ^ confectionner des tuyaux,, qui serait p^Pièe dans tous les chefs4ieux de.cantonâela France, produirait un salutaire résultat.— Sur la proposition de M. de Bryas, le conseil général de la Gironde a formula ^n vœu tendant à ce qu'il soit porté un /million au budget du ministère destravarax publics pour assurer l'exécution de la mesure proposée. Cette mesure sera-t-i^lle réalisée un jour? Espérûns4e.
Le domaine de Taillan, sur lequel M. de Bryàs a fait ses premières expériences, est situé à 8 kilomètres dç Bordeaux ; sa contenance est de 284 hectares divisés enjardins, maraîchers, prairies, terres, vignes et bois. Trois usines ont été créées sur cette
propriété, qui est traversée par deux cours d'eau. La partie basse, qui se louait, en 1&51, à raison de 50 à -60 £r. rhectare, se loue aujourd'hui de 145 à 180 fr.
Un système général d'imgation a été combiné de manière à ce que les eaux traversent par divisions les jardins, maral^ chers exploités par quatre-vingts familles>, depuis la prise d'eau jusqu'à la limite de la propriété, ce qui économise considérablement les eaux, si précieuses dans 1^ grandes chaleurs, et sans lesquelles il^i'y a pas de.cahureç possibles daufi la Gi^ ronde.
M. de Bryas a fait exécuter depuis deux ans seulement de grands travaux de drai* nage dans ses vignes, sesiterres et ses pral^ ries.
Le succès le plus complet a été «^éaîisé, et les résultats sont rsi avantageux, que les cultivateurs qui viennent visiter ces travaux se hâtent de mettre la main à l'œuvre. On peut affirmer qu'en 1856 le drainage enveloppera tout le département.
Le drainage présente des chances Ae «uccès incontestables sur la propriété du Taillan ; les sous^sols sont calcaires, marneux, argileux et sablonneux, et varient -à rinflni.
Sur certains points, le travail est peu dispendieux ; sur d'autres, au contraire, on rencontre des difficultés gui coûtent beaucoup pour amener les tranchées à une profondeur convenable.
Dés la première année, les récoltés out ^té magnifiques sur les terres drainées, et ont produit un résultat considérable.
Les travaux avaient été portés sur les points les plus humides et les plus fangeux.
La distance entre les tranchées a été calculée -selon le degré d'humidité, avec l'intention d'ajouter de nouveaux drains si le dessèchement n'était pas complet. Par ce mode d'opérer, la dépense a été réduite de la manière la plus satisfaisante. La profondeur des tranchées a été de 1 mètre 10 centimètres, 1 mètre 60 centimètres selon les circonstances ; enfin, sur tous 1^ points drainés, les tuyaux fonctionnent sans interruption et le dessèchement est complet.
Il y a plus de 120 hectares entièrement desséchés, et les travaux continuent, afin que toute la propriété de M. Ch. de Bryas soit tout à fait drainée avant la fin de
Nous sommes entrés dans ces détails afin
de mieux faire comprendre au public ce que représentent les outils, les tuyaux et tous les appareils de drainage acciunulés dans un espace de quelques mètres, dans la galerie des produits de l'agriculture.
Et maintenant, ce n'est pas notre appréciation seule que nous allons publier; après avoir dit bien haut que M. de Bryas avait réalisé avec le succès le plus complet toutes les données, toutes les promesses de la théorie, on pourrait nous dire : « Vous allez trop loin, vous exagérez, vous vous laissez entraîner par vos sympathies pour la cause qiie vous défendez... »
Nullement. — Nous avons dit la vérité, et pour corroborer le témoignage que nous rendons, nous n'avons qu'à énumérer sommairement les divers jugements qui ont été portés par des autorités dont nous respectons la compétence.
En 1854, la Société d'agriculture delà Gironde avait mis au concours un prix de drainage. Sur le rapport présenté par M. Jules Ivoy, cette récompense fut accordée à M. de Bryas.
Depuis, rinstitut impérial de France, le conseil général de la Gironde, le Journal de la Gironde^ la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, le Jomnckl des
Débats^ la chambre consultative de l'arrondissement de Bordeaux, T Académie impériale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, la société Linnéenne, la société Philomatique, la Société d'Horticulture de la Gironde, le Journal d'agrù culture pratique^ les auditeurs du cours d'agriculture de Bordeaux et de libourne, ont apprécié à leur juste valeur les travaux de M. de Brias, et publié des rapports et des articles qui ne sont qu'une suite d'éloges parfaitement motives et dignement mérités, après lesquels il ne reste réellepfient plus rien à dire.
Ce que nous avons, de mieux*à faire est d'indiquer â tous ceux qui voudront se rendre compte des efforts heureux et persévérant^ de notre collègue M. le marquis de Bryas, le petit livre qu'il vient de publier sous le titre de : Exposé des travaux de drainage et de dessèchement exécutés par M. Ch. de Bryas dans sa propriété du Taillan (t). Cette brochure renferme des considérations générales écrites par M. de Bryas lui-même, et contient en outre tous les rapports et articles des sociétés et des journaux dont nous venons d^ parler.
fl) Patia, iîheï Midlet>^Ba<shélier, 1«, rue du Jardinet.
'M. de Bryas, gui n'est pas hommeÀ s'afréter dans les sfi^criiices qu'il a dèjàifaits pn faveur du drainage, ^loni^ ceifte broehura, et 1^ la vend pas.
Si jamais lumière sieatifaite sur des'timyaux agricoles .d'une grande importance, c'est certainement sur les merveilleux «ffets du drainage dans le domaine dell. de Sryas.
Il est impoasible de pousser plus loinda précision des détails, la modération dans le^uccès, la dignité dansrles ^acriâGes,.«t Qii^n le désir, de imieux faire encore.
L'Académie nationale est heureuse *et flore de pouvoir joindre le témoignage def sa hai^^te .estime à toi^s cmx que M. âe Bryas a déjà recueillis.
Au fond dexelte question. de drainag|p> qu'on ne s'y trompe pas, il y a autre chose qu'une innovation agricole : il y a Ja qum^ tion des subsistances tout .entiéreJ
Honneur donc aux liomnies gui »n'ont pas <^aint d'y engager une partie de leur fortune, car ils sont arrivés à ce résultat! : que les gouvernements ne peuvent pl^s rester-indiffiàrent» aujourd'hui^en préBOinee de ce^ Immense ^ressource conquise (^-> formais à nota^e^griôulteifre.
A toutes les'aiq^«x^9tionâ^qi4daiveat4si
piiissamment encourager M. deBryas, notfs ajouterons encore celles qu'il vient de recueillir, il y a quelques jours à peine, au milieu des expériences agricoles qui ont eu lieu à Trappes (Seine-et-Oise), le 14 août 1855, en présence de S. A. I. le prince Napoléon.
Plusieurs de nos collègues, et notamment quelques-uns de nos principaux fonctionnaires, MM. le vicomte de Cussy, Jobard, de Bruxelles, Ramon de la Sagra, Reverchon, etc., assistaient à ces expériences, qui se sont accomplies au milieu d'un profond enthousiasme.
M. de Bryas avait été admis à exécuter sur la propriété de M. Dailly im âpécimen de drainage ; on avait laissé à découvert une partie de la tranchée où se trouvait le drain collecteur, de sorte que le public pouvait voir au fond de la tranchée Teau provenant du champ s'écouler par l'orifice du tuyau. Quelques drains étaient restés à découvert pour qu'on pût facilement se ren- : dre compte de la manière de procéder et juger des résultats obtenus. M. de Bryas .donnait à qui voulait les explications les plus étendues, et son argument sans réplique était celui-ci r « J'ai drainé en en* tier une propriété, près de Bordeaux, qui
valait 700,000 fr., et dont voici les plans ; je TafFerme aujourd'hui -sur le prix de 1,100,000 fr., et mes fermiers sont enchantés de leur marché. »
N'est-ce point là une dès plus magnifiques apologies du draing-ge ?
M. de Bryas a été apprécié à Trappes comme il méritait de Têtre. Il appartient désormais au jury de formuler son triomphe.
La Presse^ du 21 septembre 1855.