G. GAUTHIER. — FONCTIONS DU CORPS THYROÏDE
ces contrées, voient souvent leur maladie rétrocéder et guérir; — c’est qu’enfin dans ces pays, bien avant que Goindet eût introduit l’iode dans la thérapeutique, des substances organiques étaient employées avec grand succès contre le goitre, telles que l’éponge brûlée, le chêne marin, l’éthiops végétal, l’huile de foie de morue, etc.
... Ce qui a été acquis, dans ces dernières années, ce sont les succès, autrement remarquables qu’avec l’iode et les iodures, obtenus dans le traitement du goitre endémique et du crétinisme par le suc thyroïdien, et en particulier par l’iodothyrine ; c’est que dans un corps thyroïde goitreux, cette iodothyrine est beaucoup moins abondante que dans un corps thyroïde sain, exception faite pour certains goitres colloïdes qui seraient riches en iode (Oswald); c’est que la quantité d’iode contenu dans les glandes thyroïdes des animaux
sont moins volumineuses; c’est que la proportion d’iodothyrine est
iodé, môme externe, ou qu’il fait usage d’aliments renfermant de l’iode, comme les poissons de mer (Baumann et Roos).
Tous ces faits forment un faisceau solide servant d’appui à l’ancienne théorie qui fait dériver le goitre endemique du défaut d’iode; lés connaissances nouvellement acquises sur les propriétés de la glande thyroïde n’ont fait que confirmer et rajeunir les premières
La glande thyroïde, privée de la substance iodée qui constitue la partie essentielle de sa sécrétion et par conséquent fonctionnant pour ainsi dire à vide, est vouée à la dégénérescence depuis le degré le moins grave jusqu’à l’atrophie complète; car, d’après les lois de la physiologie pathologiqué, on ne peut concevoir uné glande qui, sa sécrétion se supprimant, resterait intacte.
Avec la dégénérescence de la thyroïde s’explique le crétinisme dans toutes ses formes.
Le crétin goitreux — le moins déchu — est celui qui, né avec une glande thyroïde saine, n’a pu trouver dans le milieu où il est placé, les éléments iodés pour une sécrétion thyroïdienne suffisante, et a vu de ce fait sa glande dégénérer. Ce crétin-là ne présente souvent les premiers symptômes de la maladie que vers les deux ou trois ans, parce que, jusqu’à cet âge, il a vécu avec le fonds acquis d’une glande thyroïde suffisamment saine; ces symptômes, pendant longtemps stationnaires, s’aggravent au moment de la puberté, parce que, à cette époque, par suite du rapport qui unissent les organes génitaux à la glande thyroïde, celle-ci doit fournir
A un degré plus grave du crétinisme se trouve celui qui, issu de parents goitreux, est venu au monde avec un corps thyroïde déjà dégénéré dès le sein de sa mère, probablement parce que celle-ci, ayant pour son propre compte une thyroïde insuffisante, n’a pu
male d’une glande pour son fœtus. C’est de cette source que des- ' cend le plus souvent le crétin athyroïde, le crétin à cou de girafe^ comme l’appelle Poncet, crétin plus dégradé que le crétin goitreux, car mieux vaut un corps thyroïde dégénéré que l’absence de thyroïde.
La pathogénie du goitre sporadique donne lieu à des considérations^ un peu différentes. j jjg
phases qu’il a traversées avant de présenter les caractères qu’il possède en dernier lieu, et que, malgré l’apparente complexité de ses formes, tout goitre peut être ramené à un type primitif. Le goitre,
culaire ou hyperplasique, c’est-à-dire celui qui offre les caractères!^ d’une simple multiplication des follicules normaux de la glande. Tout goitre débute donc par cette modification hypertrophique du tissu glandulaire, et ce n’est qu’après une série de dégénérescences^ consécutives que se constituent les goitres fibreux, vasculaire, col* : loïde, kystique et osseux.
Cette forme hyperplasique est celle du goitre qui se développe dés préférence chez les jeunes sujets et chez les femmes, où il constitue
modifications du côté des organes génitaux.
Cette augmentation de volume du corps thyroïde est l’indice,oomme du reste l’hypertrophie d’un grand nombre d’autres organes,' d’une suractivité fonctionnelle.
expliquer ce phénomène par la nécessité où se trouve la glande de fournir à l’organisme une quantité plus grande de liquide thyroïdien.
Il ne faut pas oublier que le corps thyroïde est un organe principalement utile dans les premières années de la vie; que, s’atrophiant •chez le vieillard, il est, pendant sa période d’activité, en rapport immédiat avec les phénomènes évolutifs de la croissance et de la puberté; que son action, prépondéranle sur les échanges nutritifs]
pas encore terminée. Par l’introduction artificielle de ce liquide, on supplée dans une certaine mesure à la sécrétion de la glandé, et celle-ci n’étant plus obligée de fonctionner d’une façon exagérée
Kocher, dont la compétence est si grande dans ces quéstionï; après avoir constaté les bons effets du traitement thyroïdien dans le
expliquée. Si l’iode agit contre le goitre, c'est qu’il supplée à l’insuffisance de la thyroïde en lui fournissant l’élément fondamental de sa
. L'hypertrophie goitreuse, telle que nous venons de la présenter dans sa pathogénie, est donc l’indice d’une sécrétion insuffisante de la glande thyroïde, d’une hypothyroïdation. C’est l’opinion de Kocher qui considère que le goitre au début est la première manifestation de la cachexie strumiprive et la première étape vers le crétinisme.
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hypertrophie et consécutivement de la sclérose glandulaire, car, quoique, à notre avis, le sue thyroïdien nelsoit pas toxique qualitativement, son excès peut être altérant, comme tout médicament donné à haute dose, comme l'iodure de potassium peut produire des atrophies quand il est donné sans mesure et sans indication.
Ces expériences d’hyperthyroïdisation ne visent pas du reste le goitre vulgaire; elles s’adressent plus particulièrement, comme nous allons le voir, h la pathogénie du goitre exophtalmique.