III. — Pathogénie dd goitre exophtalmique
Du jour où a pris naissance la théorie th'yréogéne du goitre exophtalmique, cette maladie est devenue une affection du corps thyroïde, et, comme telle, il convient d’en faire ici la physiologie pathologique.
Nous ne prétendons pas que cette théorie thyréogène du goitre exophtalmique, quoique comptant actuellement le plus grand nombre de
avoir dans un long exposé, rappelé la production de la cachexie strumiprive après la thyroïdectomie, — rapproché l'existence du < myxœdème de l’absence congénitale du corps thyroïde, — rapporté les recherches physiologiques de Schiff, Colzi, Tïzzoni, Horsley sur les fonctions de cet organe, je montrais que tous les symptômes du myxœdème cadrent, mais en sens inverse, avec ceux du goitre exophtalmique et je concluais à une pathogénie similaire des deux affections. Je terminais en disant : « En somme, je crois que la lésion de la glande thyroïde dans la maladie de Basedow agit au point de vue de la production des symptômes de la même façon que la lésion; des organes lymphogènes dans la cachexie leucémique et que les
le refroidissement central et périphérique, la sécheresse de la peau, la torpeur intellectuelle, la perte de l'appétit, la constipation opù niâtre, etc. A la maladie de Basedow appartiennent autant de symptômes justement contraires : la suractivité nutritive, l’éréthisme cardiaque, la fréquence du pouls, l'élévation de la température qui se traduit quelquefois par un état fébrile permanent (Renaut, Bertoye), les hypercrinies cutanées, l’excitation intellectuelle, la, boulimie, la diarrhée, etc. Or, comme tous les troubles qui ont permis de fixer la nosographie du myxœdème résultent de la disparition ^ totale ou partielle de la sécrétion thyroïdienne, on peut dire qu’ils caractérisent l’hypothyroïdation. Ne va-t-il pas de soi que les symptômes contraires résultent d’une exagération de la sécrétion thyroïdienne et qu’ils caractérisent l’hyperthyroïdation’? Et alors, îs-;| logique ne dicte-t-elle pas impérieusement ces conclusions’!^ le myxœdème a pour point de départ l’insuffisance anatomique ét fonctionnelle du corps thyroïde, la maladie de Basedow doit reconnaître pour cause l’exubérance anatomique et fonctionnelle de la même glande. A première vue, ce raisonnement parait inattaquable, mais ce n’est IA qu’un raisonnement et la pathologie n’a jamais passé pour le triomphe du syllogisme (Brissaud) 1 .
Cependant, la clinique et l’expérimentation venaient appuyer le raisonnement et donner plus de poids encore à l’idée de l’hyperthy^. roïdation dans la maladie de Basedow.
Le caractère des phénomènes qui se produisent sous l’influence du traitement thyroïdien est tellement particulier, qu’aux yeux dû médecin qui les observe ils doivent forcément rappeler quelques-uns des traits du goitre exophthalmique. En effet, la tachycardie, l’élévation de la température, l’insomnie et l’agitation, ia polyurie, l’albuminurie, la paraplégie incomplète, la sensation de chaleur, la sudation exagérée, la diarrhée, qui peuvent se montrer au cours du traitement thyroïdien, sont fort analogues aux phénomènes du même genre si fréquemment constatés dans la maladie de Basedow.
Béclère, chez une femme atteinte de myxœdème et A qui par erreur on avait donné une dose exagérée de substance thyroïdienne, et par conséquent produit une véritable hyperthyroïdatioo, vit non
Pareillement, dans leurs expériences d’hyperthyroïdisation sur des chiens, Ballet et Henriquez ont reproduit, dans une certaine mesure, un grand nombre des symptômes de la maladie de Basedow.
j’avais été un des premiers à préconiser dans la maladie de Basedow, y était contre-indiqué et donnait de mauvais résultats *, tandis que les traitements chirurgicaux qui, à l’encontre du précédent, ont pour but de diminuer la quantité du liquide thyroïdien, amélioraient et guérissaient la maladie.
C’est ainsi que l’excision partielle du goitre basedowien qui, d’après la théorie, doit restreindre l’hypersécrétion glandulaire en diminuant le volume de l’organe, donnait des succès remarquables : 83 p. 100 d’après Putnam, 82 p. 100 d’après Birner.
De même, la ligature des artères thyroïdiennes, qui amène l’atrophie de ce goitre hyperémique, était conseillée et pratiquée avec d’excellents résultats par Kocher et réussissait entre les mains d’autres chirurgiens.
Mêmes succès avec l’opération de Poncet-Jaboulay, dit exothyropexie, qui, consistant en l’exposition et la fixation au dehors de la tumeur thyroïdienne, provoque rapidement une atrophie du goitre par une sorte de « dessèchement humide ».
Tous ces faits de raisonnement, d’observations et d’expériences, constituaient assurément des arguments plus que suffisants pour faire triompher l’idée de l’exagération de la sécrétion thyroïdienne dans la production du goitre exophtalmique.
Cependant, dès la première heure, des difficultés d’interprétation surgirent, quand on considéra les lésions thyroïdiennes d’où pouvait procéder la maladie de Basedow. Un point d’abord ressortait nettement de toutes les constatations anatomiques, c’est que les lésions macroscopiques variaient à l’infini : on trouvait des kystes, des goitres vasculaires, des goitres parenchymateux, des goitres fibreux, du sarcome, etc. ; en un mot, tout ce qui peut exister dans le goitre
excréteurs fonctionnels de la thyroïde, leur effacement va produire
dans celles dont le canal a été lentement obstrué, ainsi que c’est le cas le plus habituel dans les cirrhoses. L’activité sécrétoire se réduit alors, se simplifie; le parenchyme glandulaire prolifère, revient à des formes embryonnaires. C’est la cirrhose hypertrophique avec ses néoformations glandulaires de nature fœtale, telles que Brissaud, Letienne, Greenfied les ont trouvées au sein du lobule thyroïdien des exophtalmiques.
Par d’habiles recherches histologiques, Renaut a démontré que
. En un mot, apport à la glande thyroïde d’une quantité plus grande de sang et d’un sang qualitativement modifié, telles sont les deux conditions qui nous paraissent dominer la pathogénie du goitre
C’est à peu près la même idée qu’exprime Vigouroux 2 qui, faisant de la vaso-dilatation artérielle le facteur primordial du basedowisme, place cette vaso-dilatation sous la dépendance d’une intoxication
secondaires d’une syphilis grave, la symptomatologie complète du goitre exophtalmique. Sous l’influence du traitement hydrargyroioduré qui fut institué à ce moment, le complexus basedowien ne tarda pas à disparaître, sauf l’exophtalmie qui persiste encore actuellement à un certain degré. Or, on sait qu’en général l’iodure de potassium a une action plutôt défavorable sur le goitre exophtalmique, et le succès obtenu dans cétte circonstance semble confirmer l’étiologie syphilitique de ce cas de maladie de Basedow. . ^
Le corps thyroïde est aussi un organe qui supporte mal les actes opératoires. Avant les applications de la chirurgie antiseptique, il était considéré comme un noli me tangere, et actuellement encore
Ne voit-on pas encore, dans certains cas, après l’extirpation du goitre vulgaire, les opérés présenter pendant quelques jours des symptômes tout à fait semblables à ceux de la maladie de Basedow?
En plus de ces faits qui sont des arguments plus ou moins directs en faveur de l'altération de la sécrétion thyroïdienne dans le goitre exophtalmique, il en existe encore d’autres qui ne sont pas sans importance. Les lésions thyroïdiennes dont nous avons parlé précé-
dowiens : fréquemment, en mêrne temps que le thymus est hyper-
G. GAUTHIER. — FONCTIONS du corps thyroïde 239 basedowien serait la cause essentielle de ces adénopathies cervicothoraciques *.
K Cette tuméfaction ganglionnaire a été observée aussi à la suite du traitement thyroïdien et a été considérée comme un accident d’empoisonnement infectieux dû à des préparations impures de glande ; thyroïde altérée *.
En quoi consisterait eette altération de la sécrétion thyroïdienne | susceptible d’engendrer le goitre exophtalmique? C’est un point que ;• les recherches expérimentales ne sont pas encore parvenues à déterminer, pas plus du reste qu’elles n’ont pu démontrer jusque-là K l’hypersécrétion elle-même.
Le liquide thyroïdien des basedowiens diffère-t-il du liquide normal? Présente-t-il un degré de toxicité plus marqué? Des expé-
Hutchinson (d’Édimbourg) s , utilisant un corps thyroïde de baseb dowien, a constaté que la substance de cette glande, administrée à i des animaux, produisait des phénomènes de thyroïdisme beaucoup
l» corps thyroïde de mouton.
| morte à la suite de la thyroïdectomie (cas de Debove et Lejars), a
Si un autre rapprochement dans cet ordre d’idées pouvait être fait, nous dirions qu'en ce qui concerne les capsules surrénales, on a établi quelque chose d’analogue à propos de la maladie d’Addison. A. Alezais et F. Arnaud 1 ont démontré que la destruction du tissu fondamental des capsules surrénales est incapable, à elle seule, de donner naissance à la maladie bronzée. Pour eux, le syndrome d’Addison serait lié à l’altération du «ssm péricapsulaire : le tissu capsulaire lui-même peut être endommagé tant et plus, la lésion reste silencieuse, tant qu’elle n’a pas dépassé le parenchyme glandulaire.
Quoi qu’il en soit, le rôle des glandes parathyroïdes dans la genèse dü goitre exophtalmique n’est pas encore nettement démontré, et, pour édifier actuellement une théorie thyroïdienne de cette maladie, on est bien obligé de tenir compte des connaissances acquises, et, dépuis la découverte de Baumann, de faire intervenir l’iodothyrine, qui est la vraie substance active du tissu thyroïde.
J’ai dit, dès 1885, que dans le goitre vulgaire existent des troubles du chimisme de la glande, pouvant déterminer, à un moment donné, les symptômes de la maladie de Basedow. Ces goitres qui se basedowiflent sont d’observation fréquente, et cette particularité a été nettement mise en relief depuis (Maude, Brissaud, Broca, Lamy, Joffroy, Marie, etc.). Du reste, en dehors de toute manifestation basedowienne proprement dite, les goitreux sont souvent sujets à des accélérations du pouls et aux palpitations (Vette), et on connaît, depuis que Rilliet a signalé la fréquence de l’iodisme constitutionnel dans le goitre, leur susceptibilité à l’égard de cette substance. D’après cet auteur, quelques centigrammes d’iode administrés èt l’intérieur ou même en frictions à des goitreux, un simple séjour sur les bords de la mer suffisent pour produire de la boulimie, des troubles nerveux divers et surtout une tachycardie violente et permanente. Ces prétendus phénomènes d’intoxication iodique à très petites doses avaient été déjà justement interprétés par Trousseau, comme des cas de goitre exophtalmique latent que l’administration de l’iode rendait plus manifestes.
La présence d'un goitre comporte donc chez certains sujets une sorte de thyroïdisme latent. Ce sont, pour ainsi dire, des déséquilibrés de la thyroïde. Il convient par conséquent de réunir par un
vants de la même série : iodisme-thyroïdisme, thyroïdisme-maladie de Basedow, iodisme-maladie de Basedow.
la simple laparotomie produit quel et on explique ceux-ci par l’action
La corrélation évidente existant, à l’état physiologique, entre la fonction thyroïdienne et le trophisme général, puis les heureux résultats obtenus par l’opothérapie thyroïdienne dans certaines
syndrômes à l’hypothyroïdie et certains autres, d’allure opposée, à l’hyperthyroïdie. C’est ainsi, par exemple, que l’obésité se trou-
i. GAUTHIER.
Cette conception n’est pas une simple hypothèse, car elle s’appuie sur des faits nombreux d’observation; mais ne serait-elle qu’une hypothèse qu’il faudrait encore s’y arrêter. Toute théorie médicale ne commence-t-elle pas souvent par une hypothèse, et n’a 7 t-on pas supposé l’hypo et l’hyperchlorhydrie avant que le chimisme stomacal ait été, pour ainsi dire, extériorisé et livré à l’analyse par les repas d’épreuve et autres procédés?
au milieu de faits contestés, il en est de définitivement acquis. Un
à goitre et à myxœdème et le résultat déjà acquis est le rôle imprécis encore, mais assurément important, que joue la glande thyroïde dans les échanges nutritifs : la désassimilation des albuminoïdes, la formation ou‘ la désintégration de la graisse et du sucre, l’élaboration ou la destruction de la mucine, etc. Si l’on ajoute à toutes ses actions, son influence bien connue sur le squelette, on comprend que la thyroïde puisse, par son bon ou son mauvais fonctionnement,
s’est avantageusement modifiée *. Il a noté en outre une tendance de la colonne vertébrale à s’incurver, accident qui avait déjà été mentionné par Tèlford Smith », Ce dernier phénomène tient-il à l’emploi trop prolongé de la médication ou à l’ingestion d’une dose qui agirait plus que la thyroïde à l’état normal (phénomène d’arthromalacie que nous venons de signaler chez certains basedowiens?) C’est un point à éclaircir. — Moussu a administré régulièrement de
Le thymus, organe de la vie foetale, semble n’avoir qu’une seule fonction, celle de régulateur de la croissance dans les premiers temps de la vie. Les amygdales sont assurément des organes infantiles dont le rôle physiologique, encore problématique, semble lié à la phase de croissance et paraît s’éteindre avec la puberté.
Quant à la glande pituitaire, dont un lobe, le lobe antérieur, de composition épithéliale, est identique par sa structure (Lothringer, Viola, Pisenti) et son embryogénie (Valenti, Kupfer, Pisenti)'à un lobe thyroïdien, au point d’être considéré à juste titre comme une glande thyroïde aberrante, elle joue un rôle bien connu sur les phénomènes de la croissance, puisque les lésions de ce petit organe
dépasse guère 8 pour 100. Il n’est pas modifié chez beaucoup d’autres sujets; cela explique certains échecs de l’opothérapie thyroïdienne
Du côté des organes delà vie génitale, l’hypo et l’hyperthyroïdisme ont aussi leurs manifestations. Au premier appartiendraient les hémorragies profuses de la ménopause, des congestions utéroovariennes fréquentes (Jouin), l’appauvrissement de la sécrétion
prive aiguë du chien. Ils en concluaient que la fonction principale de la thyroïde consiste à communiquer à l’hémoglobine la faculté de Hier l’oxygène. Masoin (de Louvain) a constaté également que la quantité d’oxyhémoglobine s’abaisse beaucoup dans le myxœdème
dant inférieure aq chiffre normal '. P
L’existence de phénomènes nerveux dans le myxœdème, le crétinisme, le goitre exophtalmique, fait pressentir qu'en dehors de ces états, certaines maladies nerveuses peuvent être sous la dépendance des déviations fonctionnelles du corps thyroïde. Prenons, par
ou secondairement avec le goitre exophtalmique ; les plus fréquentes sont des vésanies diverses, l’épilepsie, l’hystérie, le tabès, la syringomyélie, la' chorée. Eh bien! toutes ces névroses, qui relèvent si fréquemment d’une infection ou d’une intoxication, ne peuvent-elles pas, en certaines circonstances, avoir une origine thyréogène ? L’intoxication thyroïdienne ne peut-elle pas produire l’épilepsie et l’hystérie? ne peut-elle pas provoquer le tabès tout comme la toxine syphilitique ou parasyphilitique ? Ne peut-elle pas agir sur la substance grise périépendymaire et y entretenir un état d’irritation chronique d’où résultera la syringomyélie? Ne peut-elle pas engendrer la chorée, puisque la chorée est une névrose de provenance infectieuse, mise en train par des toxines variées, telles que la rhumatismale, la puerpérale, la scarlatineuse, etc.? Enfln cette intoxication thyroïdienne ne peut-elle pas, comme le plomb, l’alcool et toute la série des produits d’auto-intoxications, donner naissance à la folie et à la dégénérescence mentale?
En ce qui concerne les troubles nerveux dus à l’hypothyroïdie, ils sont assurément d’une grande fréquence. Mordret (du Mans), examinant la glande thyroïde par le simple palper, sur 150 sujets (débiles, imbéciles, idiots simples, idiots complets), a trouvé sur 35 simples débiles une atrophie plus ou moins prononcée dans
tème nerveux, La thyroïde n’a pas sur ce système une simple action sympathique ou réflexe, comme par exemple l'ovaire eU’utêrus, mais elle a une influence directe et intime sur le développement d’abord la nutrition ensuite, des cellules nerveuses.
Il semble donc bien y avoir des névroses et des psychoses d’origine thyroïdienne. Celles-ci naturellement pourront être justiciables de la médication thyroïdienne ou d’une intervention chirurgicale,
Extrait du Lyon Médical
MÉDICATION THYROÏDIENNE