PRÉFACE
Vous insistez, preuves en mains, sur le bénéfice de la thyroïdothérapie indirecte, qui vise les états morbides où l’on est conduit à admettre un trouble thyroïdien fonctionnel,sans altération apparente de la glande thyroïde. Ici, vous avez en vue les affections du système osseux, la croissance et la consolidation des fractures, question que vous avez eu le mérite de traiter l'un des premiers. Vous en montrez les bons effets dans les troubles uléro-ovariens liés à la puberté ; dans les maladies par ralentissement de la nutrition, comme l’obésité, mais dans certaines formes seulement que vous avez soin de préciser et dont le malade n’a nullement qualité pour être juge.
Enfin, vous n’oubliez pas la thyroïdothérapie empirique, plus ou moins logiquement inspirée par les données physiologiques et au sujet de laquelle vous énoncez justement les plus sages réserves.
J’avais étudié votre manuscrit, présenté à l’Académie, avec le soin que doit mettre un rapporteur et aussi avec l’esprit critique qu’il y doitapporter. Je n’y avais trouvé que matière à éloges et à compliments, et l’Académie a partagé mon opinion qu’elle a sanctionnée en récompen-
Aujourd’hui,je viens de lire votre livre plus documenté encore, mieux équilibré peut-être que votre premier ouvrage; je n’en dis ici qu’une faible partie de tout le bien que j’en pense. La récompense, cette fois, vous viendra du public médical, qui ne pourra manquer de lui faire le meilleur accueil.
François-Franck,
MEDICATIONS THYROÏDIENNES
INTRODUCTION
L’administration médicamenteuse de substances provenant de l’organisme animal (Organothérapie ou Opothérapie) est aussi ancienne que le traitement des maladies.
Dans les âges les plus reculés, la pratique courante des prêtres d’interroger les viscères des animaux pour en tirer la connaissance des volontés divines faisait que, par une pente toute naturelle, on devait arriver à utiliser ces propres viscères'pour ce qu’on estimait être le bien des particuliers qui interrogeaient les dieux. Et, défait, on voitqu’àlasuite de certains sacrifices, les personnages qui les avaient fait faire pouvaient eux-mêmes prendre et consommer certaines parties des viscères provenant des victimes.
C’était l’époque où la pratique religieuse se confondait avec la pratique médicale.
Quand, avec l’époque hippocratique, la thérapeutique se fût dépouillée en partie du caractère religieux pour
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à ces grossières pratiques qui ne représentent que des curiosités rétrospectives. Cette besogne du curieux a été faite bien des Fois (1).
L’Opothérapie moderne, fondée sur des bases scientifiques, a réellement pris naissance le jour où Brown-Séquard fit connaître la théorie des sécrétions internes. Dès 1869, ce physiologiste avait exposé, dans son cours à l’Ecole de médecine, l’idée que « toutes les glandes, qu’elles aient des conduits excréteurs ou non, donnent au sang des principes utiles dont l’absence se fait sentir quand elles sont extirpées ou détruites par une maladie». Ce n’est pourtant qu’en 1889, vingt ans plus tard,que Brown- Séquard donna à ces constatations physiologiques et à ces idées théoriques une application pratique, et attira, par les communications qui ont eu le retentissement qu’on se rappelle, l’attention sur la pratique même de l’Opo-
Chose digne de remarque, Brown-Séquard, à l’exemple des anciens empiriques, s’adresse tout d’abord au testicule, c’est-à-dire à un organe dont la sécrétion in-
Ainsi donc, après avoir donné, pour ainsi dire, à la méthode une base scientifique, voilà qu’on l’abandonnait aussitôt, car remplacer un organe absent ou au repos par un organe vivant, sans connaître ni la nature des perturbations génitales, ni la physiologie intime de la glande, c’était revenir aux anciennes pratiques-empiriques. Aussi, l’auteur fut-il vite puni de ce manquement à la méthode, car l’opothérapie génitale, après avoir eu un brillant et
l’extrait d’organe doit être préparé et administré.
Devant ces échecs et ces incertitudes, la médication opothérapique menaçait de sombrer,si on n’avait eu, pour servir de guide, l’enseignement fourni par l’opothérapie thyroïdienne.
Comme il arrive souvent dans l’étude d’une question complexe et d’une portée générale, c’est une notion précise, un tout petit fait nettement aperçu, qui donne la clef du problème ; la première équation résolue, toutes les autres se résolvent presque spontanément.
Les connaissances sur la physiologie du corps thyroïde consistaient à considérer ce petit organe comme un simple coussin cervical jouant un rôle mécanique assez imprécis. La nature et les effets de la sécrétion interne de celte glande vasculaire sanguine étaient complètement inconnus, quand une simple constatation clinique, —mais
ayant plus de valeur qu’une expérimentation de labora-
INTRODUCTION
loire, — vint projeter un flot de lumière sur les véritables fonctions de la thyroïde.
J.-L. Reverdin signalait, en 1883, la fréquence de phénomènes cachectiques spéciaux chez les sujets qui avaient subi l’opération de la thyroïdectomie totale, et synthétisait l’ensemble de ces symptômes sous la dénomination de Myxœdème opératoire. En dénommant ainsi cette cachexie, que Kocher avait, à la même époque, appelée Cachexie strumiprive , sans préjuger de sa nature, Reverdin dénonçait catégoriquement sa similitude symptomatique avec le myxœdème, affection encore énigmatique alors, signalée déjà par Gull sous le nom d'état crétmoïde. Cette similitude lui apparaissait si complète que les deux affections devaient se confondre : le myxœdème opératoire ne devait être, pour ainsi dire, que la reproduction expérimentale du myxœdème spontané. Cette déduction ne tardait pas à être complètement confirmée par l’enquête provoquée à la Société clinique de Londres par Semon, sur lés causes et l’origine du myxœdème. On reconnut péremptoirement que cette affection se rattachait en effet à une absence du corps thyroïde, ainsi que Fagge et Gull l’avaient déjà soupçonné.
Etat crétinoïde de Gull, myxœdème de Ord, cachexie pachydermique de Charcot, idiotie myxœdèmateuse de Bourneville, cachexie strumiprive de Kocher, étaient donc une seule et même affection, présentant une symptomatologie analogue et un substratum pathogénique unique : l'absence du corps thyroïde ou l’insuffisance de sa fonc-
La famille des myxœdémateux, c’est-à-dire des sujets privés de leur glande thyroïde, se trouvait donc ainsi défi-
thyroïdienne elle-même.
Schiff n'avait-il pas eu, l’année suivante (1884), l’idée géniale, en pratiquant la greffe thyroïdienne sur des chiens, de démontrer que ces animaux ainsi greffés pouvaient supporter impunément l’ablation de leurs lobes thyroïdes, ablation qui, sans cette précaution, est fatalement suivie de mort?
Sur ce faisceau de faits précis et utiles, l’opothérapie thyroïdienne avait dès lors des assises solides.
Les données essentielles du problème étaient connues. La pratique pouvait se mettre à l’œuvre, et, comme il arrive toujours dans les essais de toute médication, elle allait indiquer, après une série de tâtonnements, le meilleur modus faciendi à mettre en usage.
D’abord, et tout naturellement, il parut indiqué de répéter exactement sur l’homme l’expérience de la greffe thyroïdienne que Schiff avait pratiquée sur les animaux.
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C’est la première époque, époque chirurgicale, pleine de difficultés, qui ne dure pas longtemps.
On s’oriente alors dans une autre direction. On reconnaît que la greffe permanente est impossible, ou tout au moins extrêmement difficile, à obtenir, et que Schiff luimême, dans ses expériences, n’obtenait pas une greffe proprement dite, mais une simple transplantation de substance destinée à être résorbée, puisque les chiens éthyroïdés n’étaient immunisés que pendant un temps variant de 4 à 5 semaines, c’est-à-dire le temps pendant lequel les fragments de substance inclus dans le péritoine subissaient leur résorption.
L’expérience de Schiff était donc, — comparaison toute faite, — quelque chose d’identique àl’injection souscutanée d’une substance organique.
Tout naturellement donc, l 'injection sous-cutanée d’un suc thyroïdien devait avoir les mêmes effets que la greffe et c’est ce qu’expérimentèrent avec succès sur les animaux Vassale d’abord et Gley presque en même temps.
Employées chez des myxœdémateux, ces injections donnèrent des résultats favorables et plus rapides que la greffe, et la simplicité de leur technique ne tarda pas à les faire seules employer.
Voilà donc le second en date des procédés de la médication thyroïdienne.
Mais on ne s’en tint pas là. Dans les pays Scandinaves et en Angleterre, on essaya l’administration par la voie stomacale de l’extrait thyroïdien et du corps thyroïde en nature. Contrairement aux prévisions, ce régime thyroïdien produisit des merveilles et devint bientôt le « cri thérapeutique du jour ». La commodité de ce régime,
et les propriétés thérapeutiques par conséquent — sont différentes.
A côté de ia médication thyroïdienne proprement dite) il y a donc lieu de placer la médication parathyroïdienne.
L’Hypophyse, ou Corps pituitaire, se rapproche de la thyroïde par ses. caractères embryologiques, histologiques et physiologiques. Il y a donc bien des raisons pour considérer ce petit organe comme une glande thyroïde aberrante, ayant cependantdes propriétés thérapeutiques spéciales.
Jusqu’à un certain point, la médication hypophysaire doit donc se rattacher à la médication thyroïdienne.
En outre, on conçoit que la médication par le corps thyroïde peut s’exercer autrement que par l’introduction artificielle dans l’organisme de la substance thyroïdienne ; qu’on peut obtenir le même résultat en excitant la fonction sécrétoire naturelle du corps thyroïde. C’est en effet le but auquel tendent les manipulations excitantes exercées sur la glande, dans la pratique du Thyroïdo-Eréthisme de Poncet, par exemple.
Cela est encore de la thyroïdolhérapie.
Enfin, on emploie encore comme agents thérapeutiques des liquides organiques provenant d’animaux éthyroïdés, c’est-à-dire auxquels on à extirpé la thyroïde (sérum sanguin,lait). L’agent médicamenteux ainsi obtenu, quoique tout principe thyroïdien proprement dit en soitexclus, rentre encore incontestablement danslecadre de la thyroïdolhérapie.
Comme on le voit, il n’y a pas seulement une médication thyroïdienne, mais bien des médications thyroïdiennes, et chacune d’elles a ses indications spéciales.