‹ Exposé des travaux scientifiquesChapitre 13 sur 25 · IV. — BACTÉRIOLOGIE · texte numérisé non relu

IV. — BACTÉRIOLOGIE

Action des hautes pressions sur quelques bactéries (CLI-CLIII),.

Dans une première série d’expériences, j’ai soumis diverses bactéries (charbon sporulé ou asporogène, staphylocoque doré, streptocoque, coli-bacille) à des chocs répétés qui déterminaient, dans le liquide où elles étaient contenues, des élévations de pression de 200 à 25 o kilogrammes par centimètre carré. 11 ne s’est produit aucune modification dans la vitalité ou les propriétés des microbes.

J’ai recherché alors l’influence des hautes pressions, atteignant iooo, 2000 et 3ooo kilogrammes par centimètre carré ; la durée de chaque compression a varié de 6 à 12 minutes. Dans ces conditions, le staphylocoque doré et le coli-bacille n’éprouvent aucun trouble ; le streptocoque supporte 1000 kilogrammes ; mais une pression de 3ooo fait périr une partie des éléments et atténue ceux qui survivent. Pour le charbon, les résultats varient quelque peu, suivant que les cultures sont sporulées ou asporogènes ; dans le premier cas, il se fait une légère diminution du pouvoir pathogène, sans qu’il se produise de modification du pouvoir végétatif; dans le second cas, les pressions de 2000 et surtout de 3ooo provoquent une stérilisation incomplète du liquide et une très grande atténuation ; l’inoculation des cultures ainsi modifiées détermine une véritable maladie chronique.

On peut donc conclure que les bactéries possèdent une grande résistance vis-à-vis des élévations de pression. Il faut les soumettre à 2000 et 3ooo kilogrammes par centimètre carré (2600 atmosphères) pour provoquer, chez quelques-unes, des troubles appréciables.

Action de la bactéridie charbonneuse et du B. septicus putidus sur le lait (CV, CXV1II, CXXVI1).

Si l’on sème la bactéridie charbonneuse dans un tübe à essai contenant i5 à 20 centimètres cubes de lait, on constate que le milieu est coagulé vers le troisième jour ; si on fait l’ensemencement dans un ballon à fond plat, le lait ne se coagule plus ; il se transforme simplement en un liquide jaune brunâtre.

La différence des résultats tient à une différence dans l’apport de l’air ; car, en augmentant la quantité de lait contenue dans le ballon, de façon à donner à la tranche liquide une hauteur de 4 à 5 centimètres, .la coagulation se produit.

La coagulation est due à un ferment soluble que j’ai retrouvé, même quand le lait ne se coagule pas ; dans ce dernier cas, la bactéridie agit sur la caséine et la transforme en une matière incoagulable.

Les résultats sont analogues en semant dans du lait le B. septicus putidus ; ils sont même plus nets, car ce microbe [est facultativement anaérobie ; or, si on le fait croître à l’abri de l’oxygène, il provoque une coagulation extrêmement rapide et énergique.

Ces faits montrent combien les résultats varient quand on modifie légèrement le dispositif expérimental : il suffit de changer la forme d’un vase pour obtenir des effets différents. M. Etienne a observé des résultats comparables avec un échantillon de colibacille.

Des modifications qu’on peut provoquer dans les fonctions chromogènes des microbes.

Dans une première note, publiée en collaboration avec M. Charrin (XVIII), nous avons montré qu’en ajoutant des antiseptiques aux milieux de culture on peut amoindrir ou supprimer la production du pigment chez plusieurs espèces chromogènes (B. pyocyanique, B. vert [de l’intestin).. Ce résultat a été obtenu avec du sublimé, du naphtol, et même avec des substances insolubles comme le sulfure de mercure. On peut aussi entraver la

production du pigment en plaçant la culture dans de l’air raréfié ou au contraire en la soumettant à l’action de l’oxygène pur.

Plus tard (i), je suis parvenu aux mêmes résultats avec le Staphylococcus aureus et lè B. prodigiosus. Pour ce dernier microbe, il suffit de recouvrir le milieu de culture d’une couche d’huile pour supprimer la fonction chromogène ; si plus tard on retire l’hüile, la couleur rouge apparaît.

Enfin, j’ai constaté que de petites doses d’antiseptiques, loin de l’entraver, activent la production des pigments.

En étudiant certaines cultures du B.' prodigiosus, j’ai vu se produire dans les premières heures du développement des formes bien différentes de celles qu’on observe dans les cultures adultes.

Dans le sérum du cobaye, ce sont des filaments segmentés comme dans le bouillon. Dans le sérum du chat et du chien, ce sont des bâtonnets assez longs et très épais, isolés ou accouplés deux à deux; le protoplasma est granuleux, les bords sont souvent sinueux, les extrémités parfois renflées en massue. Dans le sérum de la grenouille, ce sont de longues chaînettes, extrêmement milices, dont les segments ont des longueurs variables.

Ges faits ont été confirmés par différents observateurs et notamment par Pane, Pernisse et Alessi.

Influence du sérum des animaux vaccinés sur la morphologie de quelques microbes (XLV1.XLVII, LI1I.LXX).

Le bacille du charbon symptomatique et le bacille pyocyanique ne présentent pas de variations morphologiques quand on les sème dans du sérum normal de cobaye ou de lapin. Il n’en est plus de même quand ce sérum provient d’animaux vaccinés.

Pour le bacille pyocyanique, les éléments, au lieu d’être isolés, sont réunis en chaînettes plus ou moins longues, composées de six à dix segments. La longueur de chaque segment est très variable ; la largeur est inférieure à la largeur normale. Souvent le protoplasma est granuleux. Enfin les bacilles ont tendance à se réunir en amas, ce qui explique l’aspect grumeleux des cultures.

Ce sont aussi des chaînettes qu’on trouve en semant le bacille du charbon symptomatique dans le sérum d’animaux vaccinés contre cet agent pathogène. Dans quelques cas, les éléments constitutifs des chaînettes sont devenus presque analogues à des microcoques ; on pourrait croire à une contamination accidentelle par un streptocoque, mais il suffit de reporter une goutte de cette culture dans du sérum normal pour constater qu’il ne s’est pas glissé d’impuretés.

Action du sérum des animaux malades (XLVI).

Dans notre première note sur les propriétés bactéricides du sérum, c’est-à-dire dès 1889, nous avons montré, M. Charrin et

moi, que le sang des animaux malades, alors même qu’ils succombent à l’infection, possède des propriétés analogues à celles du sang des vaccinés et se montre également bactéricide.

Ce résultat, vivement critiqué au début, a été vérifié depuis dans un grand nombre de circonstances diverses. Il ne présente, du reste, rien de paradoxal; il indique simplement que l’organisme réagit dès le début de l’infection et sécrète, même dans les cas funestes, les substances nécessaires à sa défense.

Culture du charbon symptomatique dans le sérum normal (LXX).

Le bacille du charbon symptomatique se développe facilement quand on le sème dahs du sérum de lapin, recouvert d’une couche d’huile stérilisée. Le développement est très abondant pendant quarante-huit heures, comme en témoigne la grande quantité de gaz formé, puis il s’arrête. A ce moment, le sérum est devenu acide et exhale une forte odeur d’huile rance. Cet effet tient à la présence d’acides gras et notamment d’acide oléique que j’ai pu caractériser par la solubilité de son sel de zinc dans l’éther. Le bacille du charbon symptomatique a donc la propriété de dédoubler les graisses neutres.

En remplaçant l’huile d’olive par de l’huile de vaseline, le milieu reste alcalin, mais la végétation se fait avec moins d’activité.

Bacillus hydrophilus fuscus (CXIX).

Chez des grenouilles qui succombèrent spontanément, j’ai trouvé ce microbe, découvert dans des conditions analogues par Sanarelli. C’est un agent qui parait très répandu et qu’on rencontre souvent dans l’eau ; ce qui lui donne un certain intérêt, c’est qu’il possède des propriétés pathogènes très marquées pour les poissons, les batraciens et les mammifères. On ne l’a pas encore rencontré chez l’homme.

Page 1