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RECHERCHES

TRAITEMENT des BRULURES

Au mois de mars 1916, tandis que nous remplissions nos fonctions de médecin aide-major au Vàl-de-Grâce, notre attention fut attirée par un traitement, déclaré spécifique des brûlures, imaginé par un ancien médecin de la marine, le docteur Barthe de Sandfort. Cette nouvelle thérapeutique était appliquée dans un ■ hôpital militaire de la banlieue parisienne, l’hôpital Saint-Nicolas, à Issy-les-Moulineaux. Les résultats obtenus par le docteur Barthe de Sandfort furent longtemps, discutés par les médecins militaires et-civils qui avaient eu l’occasion de l’étudier.

Poussé par la curiosité scientifique, nous nous rendîmes auprès de l’inventeur, qui voulut bien nous initier à sa technique, à la fois nouvelle et bienfaisante. Les résultats qu’il nous fut possible de constater nous surprirent quelque peu. La suppression de la douleur, la rapidité du pansement, la cicatrisation rapide de lésions étendues et profondes; ainsi se résumaient les faits qui se présentèrent à notre observation. Nous sollicitâmes de notre chef hiérarchique, le professeur Jacob, l’autorisation de faire un stage à l’hôpital d’Issy-les-Moulineaux. Notre demande fut agréée; au bout de quelques semaines, nous étions familiarisé avec la méthode du docteur Barthe de Sandfort. Une statistique des plus heureuses, établie sur plusieurs centaines de brûlures graves, traitées par le pansement à l 'ambrine, devait bientôt la consacrer.

Un rapport favorable adressé par le professeur Jacob, chirurgien du Val-de-Grâce, au Soüs-Secrétairè d’État du Service de Santé militaire, décida M. Justin Godart à faire appliquer la nouvelle méthode de traitement dans les formations sanitaires des armées et de l’intérieur.

L 'ambrine est une composition plastique, à base de paraffine et de gutta-percha, qu’on applique, après liquéfaction au bain-marie à 70 degrés, sur les brûlures superficielles et mêfne profondes. Le pansement à la cire chaude supprime la douleur, favorise l’élimination des tissus mortifiés, et hâte la réparation des téguments détruits. Cette réparation s’obtient presque toujours sans déformations et sans cicatrices vicieuses. Quand M. Justin Godart décida de généraliser le traitement à l’ambrine dans les hôpitaux de l’intérieur et dans les formations sanitaires du front, il voulut bien nous charger de la délicate mission de faire connaître la nouvelle thérapeutique à nos confrères de l’armée et de surveiller son application. Ainsi, après avoir longuement étudié la technique de la méthode cirique, nous avons organisé sur le front des conférences théoriques et des démonstrations pratiques, qui ont permis de faire appliquer la méthode dans toutes les formations sanitaires de l’armée. Depuis le début de 1917 jusqu’à la fin des hostilités, la méthode cirique fut employée, d’une façon systématique, pour le traitement des brûlés et des vésiqués.

M me Henri de Rothschild, nommée infirmière-major de pre^ mière classe dans le courant de l’année 1916, s’intéressa tout particulièrement au traitement des brûlures par le pansement à Y ambrine. Après avoir fait un stage de trois mois à l’hôpital d’Issy-les-Moulineaux, elle organisa, à Compiègne, à la demande du Service de Santé, un grand hôpital pour le traitement des brûlés. Cette formation sanitaire, désignée sous le nom de « Mission de l’Ambrine », se composa de cent, puis de deux cent cinquante lits, exclusivement destinés aux grands brûlés du front. La Mission de l’Ambrine fonctionna activement à Compiègne jusqu’au moment du bombar-

dement de cette ville, en 1918. Évacuée sous les obus, la Mission se transporta à Meaux, puis à Aumont, où deux cent cinquante lits furent de nouveau mis à la disposition des grands brûlés des armées. Cette seconde formation fonctionna jusqu’à l’armistice, et rendit, comme on le verra plus loin, d’inappréciables services. '

De 1916 à la fin des hostilités, un service spécial pour le traitement des brûlés fut organisé à Paris, à l’hôpital Henri de Rothschild, 199, rue Marcadet (hôpital auxiliaire 78). Là encore, la nouvelle méthode fut appliquée à un grand nombre de brûlés. A la fin des hostilités, le service organisé pendant la guerre à l’hôpital Henri de Rothschild, fut maintenu pour recevoir les brûlés civils de la capitale. Il fonctionne aujourd’hui sous la direction du docteur Ribo, de M““ de Rothschild et de M™ Van Cleef. (Voir chapitre VII.) 'é

C’est à l’hôpital Saint-Nicolas, à Issy-les-Moulineaux, puis à la Mission de l’Ambrine à Compiègne, que nous avons perfectionné la technique de la méthode cirique, qui fut appliquée parle docteur Barthe de Sandfort d’une façon empirique. Petit à petit, nous avons pu préciser les moindres détails de la technique, grâce à des recherches bactériologiques, biologiques et histologiques que certains de nos confrères ont bien voulu entreprendre. Elle fut définitivement mise au point, vers le mois de mars 1917, à la suite de nos recherches personnelles et des. découvertes biologiques et biochimiques qui furent publiées successivement par Wright, Carel et Policart.

Dans les différentes publications, dont nous donnons ci-après une brève analyse, nous avons réuni l’ensemble de nos recherches sur les brûlures : traitements classiques, des brûlures, anatomie pathologique des lésions, mode de réparation des lésions, technique de la nouvelle méthode de traitement par l 'ambrine, études biochimiques et histologiques des lésions traitées et des réparations dermoépidermiques, etc., etc.

LE TRAITEMENT DES BRULURES PAR LA MÉTHODE CIRIQUE, PANSEMENT A L’AMBRINE

Conférences faites à MM. les' médecins-majors des formations sanitaires des armées (Mission du G. Q. G.) par le docteur Henri de Rothschild, médecin aide-major de i re classe, attaché à la direction du Service de Santé de la III e Armée, chargé de mission du G. Q. G. Avec 18 planches en couleur et 48 photographies en

Paris, igiS, Octave Doiti et fils, 174 p. in-8°.

A la suite des résultats favorables obtenus par le traitement cirique (pansement à l’ambrine) chez les grands brûlés et chez les « vésiqués » atteints par les vapeurs de sulfure d’éthyle dichloré et de tétrachlorure de carbone, le Sous-Secrétaire d’État du Service de Santé, d’accord avec le Grand Quartier Général des Armées, à la date du 28 septembre 1917, résolut de faire bénéficier de cette nouvelle thérapeutique le plus grand nombre de blessés possible.

Pour aboutir à un résultat pratique, le Service de Santé décida de créer, dans tous les hôpitaux d’évacuation des armées, des postes de. traitement, dotés du matériel nécessaire à l’application de la méthode cirique, et de faire connaître au personnel médical de ces formations, la technique de la méthode par des conférences théoriques et des démonstrations pratiques. Le Commandement adopta ce programme et voulut bien nous confier la mission d’assurer son exécution.

Nous dûmes cet honneur à ce fait que nous avions, pendant près de six mois, étudié de près la nouvelle méthode de traitement des brûlures, tant à l’hôpital Saint-Nicolas, à Issy-les-Moulineaux, qu’à la Mission de l’Ambrine, à Compiègne.

Dans cette dernière formation sanitaire, qui fut organisée grâce à la généreuse initiative, et aux sentiments de profonde humanité de M. Justin Godart, Sous-Secrétaire d’État du Service de Santé militaire, « la méthode cirique » a subi certaines modifications heureuses, qui la mettent désormais à l’abri des justes critiques dont, au début, elle avait été l’objet de la part des chirurgiens de carrière et des savants de laboratoire.

L’emploi des paraffines plastiques dans le traitement des brûlures, préconisé par le docteur Barthe de Sandfort, se fait aujourd’hui dans les conditions d’asepsie rigoureuse qu’impose tout acte chirurgical. Ce résultat a été obtenu grâce à nos recherches méthodiques et aux efforts constants du personnel médical de la « Mission de l’Ambrine » à Compiègne.

Pendant plus de six mois, le docteur Ribo, médecin-chef de la Mission, avec qui nous avons eu le grand plaisir de collaborer, avait travaillé sans relâche dans le but de soustraire à toutes les objections qu’elle avait soulevées, la nouvelle thérapeutique, dont ' les bienfaits incontestables ne pouvaient échapper à l’oeil impartial d’un technicien avisé.

Notre premier désir fut de transporter dans le domaine scientifique une méthode de traitement, d’apparence empirique, qui, si efficace qu’elle fût, ne donnait satisfaction ni à l’esprit critique des savants, ni à la conscience professionnelle des praticiens.

Grâce à l’excellence du matériel scientifique dont le Service de Santé militaire dota la Mission de l’Ambrine, grâce aussi au concours d’infirmiers et d’infirmières d’une compétence consommée, notre tâche fut rendue facile. C’est ainsi qu’il nous fut possible de réaliser, dans l’établissement modèle de Compiègne, certaines améliorations de technique qu’il eût été difficile d’obtenir ailleurs, avec des moyens insuffisants, un matériel et un personnel de fortune.

Pour transporter le traitement de l’Ambrine, d’un domaine voisin de l’empirisme, sur le terrain de la science exacte, il nous a suffi d’analyser les divers processus qui évoluent sous le « pansement cirique », et de les rapprocher de ceux que l’on observe au

cours des différentes méthodes thérapeutiques qui ont été préconisées, pendant la guerre, par des praticiens et des savants incon-; testés, tels que : Wright, Carel, Policard et autres.

Le praticien ne doit pas seulement se préoccuper de l’exercice de sa spécialité et chercher l’application des techniques les plus! délicates, ou la solution des problèmes les plus audacieux. 11 faut encore qü’il poursuive son instruction générale, qu’il se tienne au courant des travaux de la bactériologie, de la biochimie et de la physicothérapie, qui interviennent aujourd’hui pour une si large part dans la thérapeutique générale.

C’est dans les travaux des savants dont nous venons de citer les noms, que l’on doit chercher l’explication de l’élimination par fonte des tissus nécrosés, et l’évolution des éléments embryonnaires de réparation. C’est également dans ces travaux qu’il faut puiser l’explication des bienfaits cicatrisants de l’Ambrine.

Au cours de nos travaux, nous avons été largement aidé par des bactériologistes et des histologistes éminents, qui ont bien voulu nous apporter le concours de leur expérience et de leur autorité.

Nous remercions tout particulièrement le professeur M. Letulle, qui a bien voulu écrire une préface importante pour notre Traité des Brûlures (voir plus loin), et étudier l’histologie des tissus de réparation.

Dans nos conférences, nous nous sommes efforcé d’exposer, d’une façon claire et précise, une technique à laquelle nous avons consacré, pendant plus de deux ans, tout notre labeur et toute

Notre brochure : Traitement des brûlures par la méthode cirique (pansement à l’ambrine) a été tirée à nos frais à dix mille exemplaires, que le Service de Santé militaire a fait distribuer dans les plus importantes formations sanitaires du front et de l’intérieur. Ce modeste ouvrage a permis aux médecins des H. O. E., des ambu-

lances divisionnaires et des postes de secours, de sê familiariser avec la méthode, et d’employer comme il convenait, l’ambrine et le matériel spécial, qui, à la demande du G. Q. G., a été mis gratuitement par nous à la disposition des formations sanitaires. 11 a permis également à tous les médecins, qui ont suivi nos conférences, de bien comprendre la méthode et de compléter les indications, forcément résumées, que nous avons données à nos confrères au cours de nos démonstrations théoriques et pratiques.

Cette brochure, de 170 pages environ, résume les trois conférences que nous avons faites successivement à nos différents auditoires. {Dans l’espace de trois mois, ces conférences ont été répétées plus de soixante-dix fois, sur tout le front français.)

La première conférence débute par un exposé anatomo-clinique des brûlures : étude clinique, anatomo-pathologique, phénomènes généraux, complications, pronostic, diagnostic, traitement habituel des brûlures. Elle examine ensuite le traitement cirique (pansement à l’ambrine) : propriétés physiques et chimiques de l’ambrine, stérilisation, mode d’application de la cire, etc., etc...

La seconde conférence se divise en cinq parties : traitement chirurgical des brûlures, pansement cirique, application de la cire au pinceau et au pulvérisateur, préparation dés émincés de coton, application et ablation du pansement. Dans les deux derniers chapitres nous avons exposé en détail la technique du masque cirique, pour les brûlures de la face, et celle du gant d’ambrine, pour les brûlures des mains.

La troisième conférence est consacrée : à l’action analgésique et aux propriétés calorifiques de l’ambrine; aux processus biologiques et biochimiques qui aboutissent à l’élimination des eschares et à la réparation des lésions; au traitement général des brûlés, enfin au traitement des vésiqués (blessés atteints de brûlures par les gaz vésicants).

Ces conférences sont illustrées par des planches en noir et en couleur. Les planches en noir reproduisent, les unes, le matériel mis à la disposition des H. O. E., les autres permettent de se familiariser avec le manuel opératoire adopté pour les différents modes de pansement. Les autochromes montrent, avec une exactitude parfaite, l’évolution des lésions, depuis le moment où le brûlé est mis en traitement, jusqu’à sa guérison.

Ces planches ont été établies par la maison Desmoulin, d’après des autochromes que nous avons fait exécuter, à la Mission de l’Ambrine, à Compiègne, et à l’Hôpital Saint-Nicolas, à Issy-les-Moulineaux.

Contribution à l’étude des blessures de guerre. TRAITÉ DES BRULURES

ÉTUDE CLINIQUE ET THÉRAPEUTIQUE PAR LE DOCTEUR Henri DE ROTHSCHILD

Préface et étude histo-pathogénique par le professeur Maurice Letulle, membre de l’Académie de Médecine.

Avec 54 photographies : 1 planche en noir et 53 en couleur, d’après les clichés et les autochromes du Service photographique des Archives et Documents de guerre du Service de Santé militaire et du Laboratoire d’Anatomie pathologique de la Faculté de Médecine.

Paris, 1919, Octave Doin et fils, 434 p. gr. 8°.

Nous avons relaté plus haut les circonstances qui nous ont amené à étudier à l’Hôpital Saint-Nicolas, à Issy-les-Moulineaux, le traitement des brûlures par la méthode cirique. Désigné par M. Justin Godart, Sous-Secrétaire d’État du Service de santé militaire, pour enseigner cette nouvelle thérapeutique aux médecins militaires des armées, nous avons été appelé au cours de notre mission, à étudier de plus près le mode d’action de l’Ambrine, à perfectionner la technique de son application, enfin à tirer les conclusions pratiques, qui permettent désormais de traiter les lésions produites par le feu, avec des résultats infiniment supérieurs à ceux obtenus jusqu’en 1916.

Le traitement classique des biûlures, qui, au cours de ces vingt dernières années, s’est modifié à la suite des recherches nombreuses entreprises en vue de calmer les souffrances, et de permettre une

réparation sans déformations et sans cicatrices vicieuses, n’a donné, pour ainsi dire, aucun résultat satisfaisant. Les différents agents thérapeutiques préconisés, ont été reconnus inefficaces : le Ihiol, appliqué après le « brossage » des lésions, proposé par M mo Nageotte- Wilbouchevitch, le pansement à l’acide picrique, le pansement au goménol, etc., etc...

Lés applications d’« ambrine », soit sur des brûlures superficielles et étendues, soit sur des lésions profondes du troisième et du quatrième, degré, ont donné des résultats surprenants, au point de vue de la suppression de la souffrance, de la facilité de l’ablation du pansement et de la réparation des téguments détruits (cicatrisation sans adhérences, sans chéloïdes et sans rétractions tendineuses). Aussi avons-nous jugé à propos d’étudier la pathologie des brûlures, au double point de vue de la clinique et de la thérapeutique, et de fixer, de façon précise, la technique des meilleures méthodes de traitement.

Ce n’est pas sans une certaine appréhension que nous avons entrepris, en pleine guerre, malgré nos pénibles occupations du front, la rédaction, puis la publication, d’un ouvrage important. Notre traité, en effet, ne comporte pas moins de 434 pages, illustrées de 54 figures en noir et de 54 planches en couleur. Nous devons une vive reconnaissance à l’imprimerie de Malherbe et aux établissements Demoulin, qui ont accompli un véritable tour de force en éditant un ouvrage aussi considérable, à un moment où l’on ne disposait ni de main-d’œuvre, ni de matériel technique.

Une partie de ce livre a été consacrée à des recherches de pure compilation et de bibliographie (t' e partie); la seconde, par contre, est établie sur des documents cliniques que nous avons réunis nous-même, et sur des études anatomo-pathologiques, histologiques, biologiques et biochimiques. Celles-ci ont été entreprises, à notre demande, par des confrères, dont la compétence technique est indiscutable.

Nôtre éminent maître et ami, le professeur Maurice Letulle, fut un des premiers à examiner, au point de vue histologique, les

tissus détruits, composant l’eschare de nos blessés, et les fragments de tissus reconstitués, grâce à une cicatrisation rationnelle et normale. L’illustre histologiste ne s'est pas contenté d’étudier les pièces anatomiques que nous avons soumises à son examen; il s’est rendu auprès des malades et il a pu se rendre compte de visu de l’état des blessés avant et après leur traitement. Il a pu se faire ainsi une opinion, non seulement comme anatomopathologiste,

Éclairé comme il l’a été, sur les résultats obtenus avec la nouvelle méthodè, que tant de praticiens ont dénigrée au début, il a bien voulu résumer dans une préface, les recherches de laboratoires auxquelles il s’est livré. Il nous a donné son impression sur les résultats obtenus par une méthode de traitement si différente de celles employées par la plupart des chirurgiens. Nous ne saurions mieux faire que de reproduire cette préface, à laquelle il nous suffira d’ajouter le résumé des différents chapitres de l’ouvrage. Le lecteur pourra ainsi se rendre compte de l’importance de notre travail.

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