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L’OFFICE FRANÇAIS D’ÉLEVAGE ET LA « REVUE DE ZOOTECHNIE

Quinze mois après avoir commencé la réorganisation du domaine des Vaulx-de-Cernay, nous avons songé à faire bénéficier les agriculteurs et les éleveurs français des recherches expérimentales et pratiques que nous avions entreprises dans nos fermes, avec le concours des techniciens du Centre zootechnique. Dans ce but, nous avons organisé l 'Office français d’Élevage, dont les bureaux furent installés à Paris, 24, rue de Londres. Cet organisme était destiné à tous ceux qui s’intéressent à l’agriculture et à l’élevage, et qui cherchent à se documenter d’une façon rigoureusement précise.

Pour compléter cette nouvelle œuvre, il nous parut indispensable de fonder une revue, qui serait, en quelque sorte, le porteparole de l’ Office français d’Élevage, et qui constituerait, en même temps, les Annales du Centre zootechnique des Vaulx-de-Cernay.

Le 7-juin 1920, dans une réunion intime, à laquelle assistaient M. Ricard, ministre de l’Agriculture, et MM. Fernand David et Victor Boret, anciens ministres de l’Agriculture, nous avons développé notre projet; il reçut l’approbation entière de ces éminentes personnalités du monde agricole.

Avec le concours des techniciens du Centre zootechnique et de l’administrateur du Domaine des Vaulx-de-Cernay, nous avons pris les dispositions nécessaires pour mettre nos deux projets rapidement à exécution. C’est ainsi que furent fondés l 'Office français d'Élevage et la Revue de Zootechnie. Le premier numéro de la Revue sortit des presses de l’imprimeur en octobre 1921. Depuis, elle a paru régulièrement tous les mois sous la direction de spécialistes d’une haute valeur technique et pratique. (Voir plus loin.)

A. — L’Office français d’Élevage.

La zootechnie étudie les animaux de ferme au double point de vue de leur utilisation et de leur perfectionnement. Jusqu’ici cette science manquait de la cohésion nécessaire à tout travail scientifique. Les éleveurs français et étrangers ignorent la solidarité que l’on observe en général pour toutes les spéculations humaines, qu’elles soient scientifiques ou industrielles. Cette solidarité devait s’établir.

Il existe sur notre sol une très grande diversité de races de bétail; peu de pays peuvent prétendre en posséder des variétés aussi nombreuses, mais ces races, pour la plupart, ont besoin du contrôle et de la mise au point de leurs livres d’origine. De plus, elles sont restées cantonnées dans leurs régions, à part quelques essais fructueux d’exportation, qui ont montré toute l’importance des achats faits par l’étranger.

Le plus souvent, nos éleveurs témoignent d’une ignorance regrettable en manière de science zootechnique. Beaucoup ne se tiennent pas au courant des découvertes et des travaux des techniciens de profession. Nombreux sont ceux qui ignorent les méthodes d’amélioration et de sélection qui sont applicables à leurs produits, et cela parce que l’on ne fait pas suffisamment connaître les avantages que l’on peut tirer de ces méthodes. Les éleveurs euxmêmes s’ignorent entre eux, de région à région, de race à race. Ils cherchent à se confiner dans un isolement qui leur est préjudiciable, et semblent redouter que leurs voisins ne veuillent les dépouiller de leurs biens. Les transactions, relativement aisées en ce qui concerne les bêtes de boucherie, sont très difficiles quand il s’agit de reproducteurs de race pure. Un éleveur qui désire acquérir un étalon, un taureau, un bélier, etc..., muni de certificats d’origine, ne sait pas, le plus souvent, à qui s’adresser pour être servi consciencieusement. Le problème de l’acquisition des reproducteurs garantis a ' une importance capitale pour l’avenir de l’élevage français, aussi convenait-il de créer un organe destiné à indiquer aux éleveurs les producteurs de race pure pour chaque variété d’animal.

En vue de faciliter les exportations, les éleveurs français et étrangers ne possédaient encore aucune organisation pratique. Quand un étranger venait en France pour acheter des chevaux ou des bovins, il ne savait même pas à qui s’adresser pour avoir la liste des éleveurs de la race qui l’intéressait. De même, le producteur, qui possédait des animaux de choix destinés à l’exportation, ne pouvait guère trouver les noms de clients éventuels?

Un autre point était encore à considérer. Les goûts de l’acheteur qui créent la mode. L’éleveur français, en général, connaît mal les desiderata de ses clients étrangers. S’il ne rencontrait pas de concurrent, il pourrait imposer ses produits, tels qu’il les a obtenus, mais comme le marché des reproducteurs est loin d’être

entre nos mains, nous devons, pour attirer l’étranger, lui fournir les types d’animaux qu’il recherche (conformation, couleur de la robe, finesse, etc...)- Si le goût du client change, la mode change; aussi les animaux à produire doivent-ils suivre là mode, Les éleveurs anglais sont au courant des goûts de leur clientèle et ils excellent à créer une race dès qu’ils ont acquis la certitude qu’un débouché est ouvert pour leurs produits.

Les étrangers attachent une importance capitale aux certificats d’origine. Quels avantages auraient-ils à acquérir un sujet irréprochable, s’ils n’avaient pas la certitude que ses ascendants aient été également sans défaut ? Pourquoi acquérir un sujet de race pure si, dans l’ascendance de ce sujet, on retrouve un croisement de pluseurs races ? La nécessité d’établir des livres d’origine sincères s’imposait donc.

Enfin, il y a une autre question capitale : la publicité. Nombreux sont les étrangers qui nous ont dit : « Comment voulez-vous que le monde entier sache que vous produisez de bons sujets si vous ne le dites pas?» Il faut, par une propagande loyale, informer les acheteurs étrangers qu’ils peuvent trouver en France des animaux de tout premier choix. Il ne s’agit pas de faire une réclamé destinée à éblouir les clients, mais une publicité honnête, donnant des chiffres contrôlés, des photographies, des statistiques de rendements. Seuls des renseignements sincères sont capables de prouver l’excellence de nos races.

Pour répondre à ces besoins si divers, nous avons créé l 'Office Français d’Élevage. Il fournit aux éleveurs et à leurs syndicats tous les renseignements dont ils peuvent avoir besoin; il leur indique, sur leur demande, les moyens d’établir des livres d’origine. Des collaborateurs éclairés et exercés aux divers contrôles, tels que pesées, mensurations, fiches généalogiques, marquage, tatouage des animaux, contrôle laitier, peuvent se rendre chez les éleveurs désireux de créer une organisation durable et rémunératrice.

Afin de permettre aux éleveurs de communiquer entre eux, un service de renseignements a été créé : chaque éleveur adhérent possède sa fiche, qui indique les races qu’il élève et l’importance de sa production. Une bibliothèque, dont les ouvrages et les périodiques peuvent être consultés, est adjointe à l’Office : elle possède les principaux traités de zootechnie et les revues étrangères spécialisées.

Un Club d’éleveurs, dont les membres, de passage à Paris, peuvent se réunir pour traiter leurs affaires, a été mis à l’étude.

L’Office proprement dit est complété par un bureau d’achat de reproducteurs, dont les experts, agréés par l 'Office français d’Élevage, peuvent procurer aux adhérents des sujets de race pure présentant le maximum de garanties.

L’ Office français d’Élevage a commencé à fonctionner dès le mois d’avril 1921. 11 se livra tout d’abord à une enquête approfondie auprès de nos attachés commerciaux à l’étranger, dans le but de connaître les conditions d’exportation du bétail français. (Tarifs douaniers, débouchés éventuels, etc.).

La direction de l’Office a entrepris ensuite la confection de monographies pour les races françaises qui, traduites en plusieurs langues, sont envoyées dans les pays où il est possible de trouver des clients.

Elle s’est occupée ensuite de fonder des syndicats d’éleveurs ovins et porcins, au sein desquels sont tenus des livres d’origine.

L’Office s’est chargé d’envoyer des reproducteurs français à l’Exposition internationale de Rio-dc-Janeiro. 11 a mis en rapport M. le docteur Brumpt, professeur à la Faculté de Médecine de Paris, avec les associations limousines, charolaises et normandes. Des taureaux ont été choisis, et M. le docteur Brumpt s’occupe actuellement de les vacciner contre la piroplasmose si meurtrière pour le bétail européen envoyé dans l’Amérique du Sud.

11 envisage l’établissement de films agricoles qui, projetés dans les pays étrangers, serviront de propagande par l’image.

Du mois d’avril 1921 au mois d’octobre 1922, l 'Office français d’Élevage est resté sous notre seule direction : ce fut un an et demi

d’enquêtes et de recherches- qui permirent de fixer les divers problèmes à résoudre.

Vers la fin de 1922, nous avons jugé que l’Office était suffisamment mis au point pour nous retirer de la direction. 11 entrait dans nos vues, en effet, de préparer la voie aux éleveurs français, mais ; non de nous imposer à eux, une fois l’organisme mis en route. En vue d’un changement de direction, le 27 octobre 1922, nous avons provoqué la réunion constitutive du Comité directeur de l’Office français d'Élevage pour l’expansion des races françaises. M. le Ministre de l’Agriculture a bien voulu accorder son patronage à la Fédération naissante.

Nombreuses furent lés Sociétés qui répondirent à notre appel. Nous donnons plus loin un tableau qui permet de se rendre compte de l’ensemble de ces adhesions.

La première Assemblée générale de l 'Office français d’Élevage s’est tenue le i 5 décembre 1922. M. Dechambre, professeur aux Ecoles nationales de Grignon et d’Alfort, fut élu président.

Depuis cette époque, le bureau de cet organisme, que nous avons créé, poursuit activement l’étude et la mise au point des nombreuses questions qui intéressent l’élevage français (1).

Tableau des Sociétés d’Élevage adhérentes à l’O. F. E.

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