LIVRE II
produits bruts, mais seulemeut une certaine quantité déterminée par le climat, le sol et la nature de chaque plante, une demande importante de produits agricoles rend nécessaire la mise en culture d’un grand nombre de terrains d’alentour, et le prix doit s’élever assez pour bonifier encore les frais de culture et de transport motivés par les terres les plus éloignées, dont le concours soit réclamé pour l’approvisionnement du marché. La conséquence de ceci sera que les fonds de terre situés plus près, qui donnent lieu à moins de ces frais, procurent un bénéfice échéant aux propriétaires à titre de rente. Encore que les terres fussent de même fertilité, la seule différence déjà de situation ferait naître une rente, comme aussi des fonds de terre jugés convenables pour lieux d’habitation ou établissements manufacturiers peuvent devoir rien qu’à leur situation un prix élevé et une rente élevée.
On peut citer diverses circonstances renforçant l’influence de la situation sur la rente foncière : a) le rapprochement d’un grand nombre d’hommes sur un espace étroit, en telle sorte qu’il faille faire venir des vivres de fort loin. C’est pourquoi des fonds de terre situés dans le voisinage des grandes villes rapportent une rente considérable, alors que cette occasion de rente disparaîtrait presque complètement si tous les habitants d’un pays habitaient des établissements disséminés.
b) Des moyens de transport défectueux et coûteux dans un pays. De bonnes routes de terre, mais spécialement des voies ferrées et des routes par eau, diminuent la prééminence des terres avoisinant davantage le marché, et la rente de ces dernières est par conséquent abaissée par l’établissement des communications meilleures dont s’agit, à moins qu’il ne survienne un accroissement de la demande qui maintienne le prix des substances brutes au même niveau, ou que d’autres emplois plus rémunérateurs des fonds de terre voisins ne puissent être imaginés. Il
advient ainsi que l’avantage écheoit aux propriétaires des terrains plus éloignés. Par suite de la navigation à vapeur et de routes en meilleur état, le transport — selon ce qu’avançait R. Peel à la séance de la Chambre des communes du 19 mars 1830 — a eu des facilités telles qyte la qualité meilleure de terre en Irlande et en Écosse concourait avec la terre anglaise moins bonne et que celle-ci cessait d etre l’objet d’une culture. Liverpool recevait du blé des côtes occidentales de l’Irlande, ce qui ne s’était pas vu auparavant.
c) L’éparpillement de ceux des terrains qui fournissent une certaine espèce de biens.
d) La difficulté de transport ou l’importance attachée à la nature d’une espèce de biens. La production de légumes, de fruits, de fleurs, mais surtout de lait, etc., procure une rente considérable dans le voisinage de villes populeuses. La viande de boucherie, la laine de mouton, etc., permettent, eu égard à leur prix, un transport à grande distance, et le blé aussi en permet un, à plus grande distance au moins que le foin, la paille et le bois, ce qui fait que dans le voisinage d’un marché considérable on se jette de préférence sur la production de ceux des objets pour lesquels on n’a pas à soutenir la concurrence de contré0S éloignées.
* 3° Les débours en salaires sont habituellement plus modiques dans les pays et régions obligés d’envoyer les produits de leur sol à des marchés lointains, quand ce ne serait qu’à cause des substances alimentaires qui y reviennent moins cher; et par là se trouve au moins atténué, jusqu’à un certain point, le désavantage découlant des frais de transport. Que si un salaire moindre se trouve être le fait d’une population dense, qui l’amoindrit par une forte concurrence, il peut devenir, aussi bien qu’une plus grande fécondité, la cause d’une économie de frais et par conséquent d’une certaine rente foncière, ou du moins résister à l’influence d’autres circonstances agissant dans le sens de l’abaissement de cette rente.