LIVRE II
n’encaisserait au plus que 900 fr. Mais si au prix de 2 fr. 50 on emploie 2,000 fr. , le rendement de 900 quintaux se chiffre par 2,250 fr. et il se produit donc un excédant de 250 qui appartient à la rente foncière naturelle ou commence seulement à la former s’il n’en existait pas encore jusque-là.
La limite à partir de laquelle le rendement de nouvelles mises en capital décroît ne peut pas être tracée d’une manière générale et dépend entre autres circonstances de la destination assignée au capital, qui peut p. ex. devoir entretenir plus de travail pour l’agriculture (additional labour) ou procurer d’autres moyens d’accroissement du produit (machines, engrais, marnes, fossés d’irrigation, etc.); et d’ailleurs il est peu de pays où les cultivateurs soient assez avisés et la fortune à leur disposition assez considérable pour qu’on y puisse considérer cette limite comme atteinte et les mises en œuvre ultérieures du capital comme moins rémunératrices. Toutefois il est acquis qu’à un certain degré de la culture, l’entrée en scène de nouveaux capitaux sur des fonds de terre déjà cultivés dût avoir le même effet que la culture de terres plus mauvaises. On peut au surplus rapprocher de cette proposition l’expérience conformément à laquelle une économie fortement conduite ne devient rémunératrice que si le prix du blé ou de tout autre produit en cause atteint un taux qui ne soit pas trop infime.
¥*, Le prix moyen qu’ont à chaque fois les produits du sol se règle constamment sur les frais les plus élevés qui dussent, dans les conditions les plus défavorables, être sacrifiés pour la satisfaction de la demande, et la rente d’un fonds de terre consiste dans la différence entre ce maximum de frais et les frais réellement déboursés. On peut indiquer des terrains qui ne rapportent aucune ou presqu’aucune rente, par le motif que l’éloignement et la mauvaise constitution du sol s’y donnent la main. De pareilles surfaces ne peuvent être affermées ; elles peuvent
seulement être utilisées par leur propriétaire qui, si elles étaient encore sujettes à des redevances, ne pourrait même pas les cultiver sans perte. C’est là d ailleurs une hypothèse qui, d’une façon au moins transitoire, se réalise aussi encore assez fréquemment en cas d’un prix exceptionnellement modique des fruits, attendu que le passage à d’autres travaux acquisitifs est trop pénible pour des cultivateurs, que l’entretien par l’obtention personnelle des moyens d’alimentation mérite d’être pris en très-grande considération, et qu’aussi, étant donné un bien-fonds se composant de parties d’un rendement inégal, les frais et le produit net ne sont souvent calculés qu ’inglobo et non pour chaque parcelle de terre en particulier. Les terres les plus ingrates encore employées sont généralement consacrées d’une manière permanente ou périodique aux pâturages, parce que c’est là une destination qui peut encore plutôt assurer un petit boni.
Une demande croissante de produits du sol n’entraîne pas nécessairement à sa suite une hausse continue de leur prix et de la rente foncière, et il s’agit de voir par dessus tout de quelle façon on est en mesure d’agrandir l’offre. Adam Smith déduisait essentiellement la naissance, aussi bien que l’accroissement de la rente foncière, de ce que la demande de substances brutes s’élève simultanément avec la masse de population et que cette demande, quel que fût l’agrandissement de l’offre, la dépasse néanmoins toujours. Mais cette opinion ne permet pas de reconnaître jusqu’à quel point il serait possible de faire suivre la demande accrue par l’offre et jusqu’à quel point la rente foncière pourrait s’élever, et c’est là justement ce qui est éclairci par la théorie plus récente de la rente foncière. Voici à cet égard les principales propositions de Ricardo, dont le point de départ est au fond le même que celui de Smith, puisqu’il parle de fécondité naturelle ou faculté primitive de la terre, comme Smith avait parlé de la puissance coopérative de celle-ci, mais qui a ajouté à la notion