LIVRE II
fondamentale l’exposé des règles présidant, à son avis, à la formation ou à la hausse de la rente :
1° Le prix des produits du sol doit coïncider exactement avec le montant des frais occasionnés par leur engendrement à l’aide a) des terres les plus mauvaises encore appliquées à la culture, b) des capitaux employés en dernier lieu et les moins productifs.
2° La rente foncière, procurée par les terres les meilleures et les capitaux primitivement mis en œuvre, est donc exactement déterminée par la différence entre les frais dont ces terres et capitaux sont l’occasion, et les frais plus élevés attachés à un mode de culture moins productif, ainsi qu’Adam Smith l’avait soutenu déjà eu égard aux substances minérales.
3° Ne rapportent pas de rente les terrains les plus mauvais, qui soient encore quelque part l’objet d’une culture, oubien les capitaux employés en dernier lieu, terrains et capitaux déterminant le prix des produits par les frais auxquels ils donnent lieu;
4° Des améliorations agricoles n’élèvent pas la rente, parce qu’elles ne modifient pas l’écart existant dans le produit des meilleures ou des plus mauvaises terres. Mais cette dernière affirmation est démentie par l’expérience.
Eh bien, si, en présence d’une demande croissante de produits du sol, il est pourvu à l’agrandissement de l’offre par l’amélioration des moyens de transport ou des terres ou de l’exploitation agricole, par le défrichement d’un sol fertile ou par d’autres moyens agissant de manière semblable, sans que les frais soient proportionnellement supérieurs, le prix des substances brutes aussi bien que la rente demeureront les mêmes, sauf pour autant que ces progrès viendraient rompre la proportion entre les frais des meilleurs et des moins bons terrains. Parmi ces progrès, nous citerons notamment, avec M. H. Passy, dont tout l’article rente du sol, dans le dictionnaire de l’Écon. pol., commande l’attention, celui de la mouture. « La quantité de grains, est-il dit dans
cet article, qui durant le XVIe siècle ne rendait à la meule que 100 livres de farine, grâce à des perfectionnements successifs dans les procédés en usage, en rend maintenant au-delà de 190. »
Mais si l’accroissement de la demande est sensible et persistant, tandis que l’occasion pour la mise en œuvre des moyens indiqués aurait des bornes, le prix des denrées aussi bien que la rente devront monter tant que le besoin agrandi n’aura reçu à moins bon compte une satisfaction durable dé la culture des terres moins productives ou plus éloignées, de l’emploi de capitaux plus considérables ou d’arrivages venant de l’étranger. En conséquence, le prix moyen à chaque fois existant des substances brutes et la rente foncière des terres meilleures et plus voisines trouvent leur limite dans le montant de frais, moyennant lequel l’offre peut être d’une façon ou de l’autre portée jusqu’à hauteur de la demande.
*\ Les trois premières causes mentionnées de la diversité des frais dans l’utilisation des fonds de terre sont absolument indépendantes de la manière dont se comporte chaque entrepreneur, et quiconque possède les fonds de terre et s’en sert en ressent les effets. La même observation s’applique à un mode donné d’exploitation, quand il est passé en règle dans une contrée. En général, le fermage, au moins celui ! qui est stipulé dans des baux de courte durée, coïncide à peu près avec la rente foncière naturelle, c'està-dire celle qui écheoit au propriétaire utilisant luimeme sa terre d’après les procédés usités. Si là où le piix des produits du sol est bas ou bien là où la terre exige, d’après sa nature, un traitement coûteux, le propriétaire ne peut pas grand chose contre de telles disgrâces (à moins que des améliorations foncières importantes ne soient possibles), il jouit sous des conditions différentes de l’avantage d’un produit net considérable dans une rente convenue correspondante. C’est là une conséquence de la manière de se produire habituelle de la concurrence. L’offre de fonds