LIVRE II
de terre constitués et situés d’une certaine façon a en effet une limite naturelle, tandis qu’en même temps, vu le charme et la sécurité propres a l’industrie agricole, le grand nombre d’hommes dépourvus de propriété foncière et l’accroissement incessant du capital en face d’une quantité stationnaire de terrains, la demande manque rarement de rejoindre l’offre et la dépasse même plus d’une fois. Aussi, dans ce dernier cas, le fermier, du moins celui qui ne saura pas se montrer exceptionnellement industrieux, devra-t-il s’accommoder du modeste profit industriel moyen. Ce gain est surtout de peu d’importance dans les régions où les fonds de terre sont affermés par petits fragments ou parcelles et où simultanément se manifeste, dans la classe, qui cultive, un accroissement rapide de la population.
Quand l’aliment fourni par la chasse, la pêche ou des troupeaux errants ne paraît plus suffisant a ; un peuple qui, en conséquence, passe à l’agriculture, les moyens de sustentation les plus communément employés, comme le blé, atteignent tout d abord, à cause de la forte demande dont ils sont 1 objet, un prix qui vaut une rente à une portion des fonds de terre ; puis plus tard, les progrès de la population et de l’aisance aidant, d’autres substances, telles que des légumes, des semences oléagineuses, des plantes filamenteuses, aromatiques et d’autre nature, sont recherchées et engendrées assez fréquemment pour procurer également une rente. La rente du sol affecté 1 à la production de diverses plantes dépend des conditions de leur engendrement et de leur envoi à destination. Aussi est-il possible de formuler à cet égard les règles suivantes :
1° Celles des plantes qui peuvent être aussi bien cultivées en tout champ et aussi facilement transportées que le blé n’assurent pas d’autre rente que la terre à blé, attendu qu’au cas contraire l’offre et le prix ne tarderaient pas à se modifier de manière a rétablir l’équilibre.
2° Des substances dont la production suppose une terre placée dans des conditions spéciales pourraient donner une rente plus élevée si pareille terre n’existe qu’en quantité modique relativement à la demande, et leur prix pourrait monter de manière qu’il fût rémunérateur d’adapter du champ à leur obtention. C’est ici le cas de penser notamment aux vignobles; mais d’autres plantations encore réclament un sol et une situation à part. Ainsi p. ex. de bons prés rapportent en général plus que des champs, à cause des facilités d’arrosement; il en serait encore ainsi de terrains livrés à l’horticulture, à cause de la composition du sol et du voisinage, etc.
3° De même il est permis d’attendre une rente plus élevée que celle provenant de la culture du blé, de la culture, à proximité du marché, de plantes difficiles à transporter au loin (parce qu’elles perdraient p. ex. de leur fraîcheur).
4° Des fonds de terre qui sont essentiellement propres à un emploi non agricole tel que par ex. une exploitation minière, peuvent donner lieu à des rentes fort appréciables, parce qu’ici la concurrence trouve sa limite naturelle.
5° Un rendement net médiocre sera dû à des substances pouvant être tirées aussi d’un sol qui ne conviendrait plus à l’agriculture. Pour plus de clarté, servons-nous de nombres proportionnels, empruntés à l’évaluation fiscale de France. Si l’on chiffre à 100 le produit net de l’arpent de champ,
la terre à vigne rapporte 165
le jardin 268
le pré 200
le pâturage 44
les forêts 76
Bien entendu, la proportion entre ces divers modes d’utilisation du sol ne peut pas être la même à travers toutes les époques et toutes les régions ; ainsi dans des climats chauds, la valeur des prairies artificielles montera contre celle des champs, tandis