LIVRE II
faiblir. Spécialement, plus le salaire des ouvriers enlève du rendement industriel, plus les parts des capitalistes et des entrepreneurs se trouvent amoindries. Parfois cependant des progrès sensibles, réalisés dans l’art industriel et par ex. dans les machines ou bien dans le domaine commercial, donnent lieu à des entreprises très-rémunératrices, même chez des peuples où les capitaux abondent. Que s’il s’agit — c’est la seconde hypothèse — de moyens de jouissance, ce qui est déterminant, ce qui est régulateur, c’est le besoin et l’évaluation de celui qui veut les louer et emprunter. La plus haute rente du capital peut être acquittée par qui recherche une sorte de biens en vue d’un besoin urgent.
On ne peut préciser, en général, de combien la rente du capital devra dépasser le montant des frais, dont la restitution opère au moins le désintéressement du propriétaire, pour déterminer celui-ci à donner à sa fortune mobilière un emploi acquisitif.; L’usage exerce ici une grande influence, et la majorité des capitalistes se contente du taux courant des intérêts, tel qu’il est à chaque fois fixé par la concurrence, tandis qu’un petit nombre d’entre eux subit la tentation de faire entièrement le sacrifice de cette rente, quand elle est par trop infime, et d’employer la fortune elle-même à des satisfactions personnelles. Ajoutons que si l’on économise, c’est non pas toujours seulement en vue des intérêts, mais aussi afin de trouver dans la fortune rassemblée un moyen d’action à diverses fins et par ex. une ressource dans des moments difficiles. Cependant l’incitation à mettre de côté de nouveaux capitaux sera habituellement plus forte quand la rente du capital sera plus élevée.
Le loyer est tout d’abord déterminé par l’offre et la demande, tels qu’ils se font jour pour chaque genre spécial d’objets loués. Dans un moment donné, il peut arriver que certains objets loués rapportent une rente élevée à l’encontre d’autres qui n’en rap-
porteront qu’une modeste. Mais, comme ces objets peuvent être achetés et vendus pour de l’argent, l’offre ne tardera pas à s’accentuer ou à se resserrer selon que le loyer perçu sera plus ou moins élevé, et c’est ainsi qu’ici aussi se rétablira insensiblement l’équilibre en telle manière qu’après déduction des frais la rente du capital laissera subsister un égal revenu net. Diverses circonstances peuvent rendre plus ou moins difficultueuse cette modification de l’offre, mais en général le taux d’intérêt ayant cours dans les prêts d’argent doit servir de régulateur au rendement de toutes autres espèces de biens loués. Ainsi le loyer des maisons notamment ne saurait beaucoup s’élever au-dessus de ce taux dans les localités où l’espace ne manque pas pour ériger le nouvelles constructions, puisqu’autrement on ne se ferait pas faute d’édifier d’autres habitations ou i’agrandir et de surélever les anciennes; mais bien certainement le loyer des maisons peut tomber auiessous dudit taux. Par contre, dans les villes où les terrains à bâtir bien situés font défaut, le prix les maisons doit monter aux points recherchés, comme aussi, à l’inverse, il doit diminuer dans les eniroits où l’on témoigne désormais beaucoup moins i’empressement à résider, de sorte que le prix à chaque fois existant, s’écartant des frais de construc- ;ion, se trouve néanmoins vis-à-vis du loyer dans m rapport approximativement semblable à celui l’un capital prêté vis-à-vis des intérêts.
; Le taux de l’intérêt des prêts d’argent se règle en tout temps et en tout pays, en dedans des limites 'appelées plus haut, sur l’offre et la demande de capitaux. M. J. Garnier, imitant une formule imagée le Gobden, dit : Quand deux emprunteurs courent iprès un capitaliste, l’intérêt monte; quand deux capitalistes courent après un emprunteur, l’intérêt caisse. Depuis que l’argent a complètement pénétré lans l’échange, tous les capitaux ne sont prêtés et ’emboursés que sous forme d’argent; aussi l’offre