LIVRE II
et aux époques où la masse du capital paraît insuffisante, eu égard aux occasions industrielles qui se présentent, d’autant que dans de pareils cas les grands bénéfices des entrepreneurs renforcent la demande. Ces circonstances se rencontrent : 1° d’une manière permanente dans les pays où l’industrie n’accuse pas encore une ardeur d’une grande intensité ou du moins n’a encore fait que les premiers pas dans la voie de son développement, où bien des branches de la production sont encore négligées et où l’abondance des forces expectantes ne reçoit pas des capitaux grandissants un emploi suffisamment rapide. Ainsi, en Californie, on pouvait, vers l’année 1853, et tout en prenant des garanties, recevoir de son argent 3 à 4 0/0 par mois, grâce surtout aux bénéfices qui se réalisaient sur l’achat des lots. Et ces circonstances se rencontrent : 2° d’une manière transitoire au moins, même dans les pays où l’industrie est arrivée déjà depuis plus longtemps à un certain développement, quand les événements amènent un amoindrissement de tout le capital ou bien une expansion industrielle exceptionnellement marquée. En Angleterre, par ex., on vit à la suite de la paix de 1763 monter le taux de l’intérêt, parce que les nouvelles acquisitions en Amérique élargirent la demande de capitaux. La même hausse du taux de l’intérêt se produisit en 1846, accompagnée de la baisse du prix des actions et des papiers publics en Europe, comme conséquence d-’une demande accrue par les constructions des chemins ‘ de fer, auxquelles on destinait plus de capitaux que n’en comportaient les récentes économies. On peut, jusqu’entre certaines régions d’un même pays, observer, sous le rapport de la demande et de l’offre de capitaux, des différences qui réagissent sur le taux de l’intérêt et y apportent des écarts.
Par contre, le taux de l’intérêt sera bas 1° au milieu d’une grande aisance, alors que le capital se sera accru bien plus rapidement que la population,
alors que toutes les entreprises industrielles utiles sont déjà saturées de capital, et que par conséquent la concurrence active de tous les genres de marchandises rapproche les prix des frais de manière à amoindrir les bénéfices. Il n’y a pas à redouter qu’en de pareilles circonstances le capital du pays soit arrêté dans sa crue, car à part les capitalistes et les entrepreneurs, les ouvriers et les propriétaires fonciers sont bien capables aussi de l’agrandir à l’aide de leurs épargnes, d’autant que dans les circonstances mentionnées le salaire et le loyer des terres sont habituellement élevés. Les progrès delà richesse générale conduisent donc vers un abaissement du taux de l’intérêt. Mais le taux de l’intérêt sera encore bas 2° quand la demande de capitaux ou les occasions de les employer avantageusement vont en se réduisant. Cette circonstance pourrait amener la baisse du taux de l’intérêt à approvisionnement égal ou même encore amoindri du capital, mais l’arrêt industriel, qu’il faut ici supposer, n’apparaîtra dans un État bien gouverné que comme l’effet passager d’événements défavorables, tels que certaines guerres, des révolutions, etc.
En conséquence, un bas taux de l’intérêt dénote en principe et à la longue que la fortune suit une marche ascendante et que la sécurité résultant de l’ordre légal est suffisante. Comme on peut admettre que la limitation légale du taux de l’intérêt n’a fait au demeurant que suivre le taux établi par la concurrence, nous pouvons rappeler à l’appui de cette conclusion ce qui s’est passé dans notre propre pays, en route pour une prospérité toujours plus grande et où le taux légal de l’intérêt était au commencement du XVIe siècle de 10 %, pour n’êtreplus à partir de 1567 que de 8 1/3, à partir de 1601 que de 6 1/4, à partir de 1634 que de 5 1/3 et à partir de 1665 que de 5 %•
En même temps, ce bas taux de l’intérêt détermine aussi des conséquences industrielles satisfaisantes, en