‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 113 sur 305 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

ce qu’il facilite l’emploi utile de capitaux. Bien des agrandissements et perfectionnements auxquels on ne donne pas suite dans des industries productives quand le taux de l’intérêt se meut entre 5 et 6 0/0 peuvent avoir lieu si ce taux descend à 4 ou 3 0/0, parce qu’alors il restera encore un bénéfice à l’entrepreneur. Une enquête commerciale qui s’est faite chez nous en 1834 prouve qu’aux yeux de beaucoup de nos industriels, le taux modique des intérêts en Angleterre et en Belgique est une des causes qui leur rend la concurrence plus difficile avec les fabriques de ces contrées. Gomme maintenant, à chaque affaissement du taux de l’intérêt, la demande de prêts devenus meilleur marché s’élargit, il y a là une entrave à l’affaissement ultérieur de ce taux. Aussi l’abaissement ne peut-il se produire que d’une manière très-insensible et pendant que les capitaux s’élèveront p. ex. de 100 à 125 millions, c’est-à-dire dans la proportion de 4 à 5, le taux de l’intérêt ne s’abaissera peut-être que de 5 à 4 1/2, de telle sorte que toute la rente du capital montera de 5 millions à 5,625,000.

Cet abaissement graduel du taux de l’intérêt atténue beaucoup, pour les capitalistes, les désavantages d’un pareil changement. Ceux d’entre eux qui sont capables de déployer une activité utile peuvent passer dans la classe des entrepreneurs ou des prestateurs de services, et se procurer de la sorte un second revenu. Il n’y a que les familles devant lesquelles ne s’ouvre nulle autre voie acquisitive et à l’entretien desquelles le service des intérêts faisait strictement face jusque-là, qui soient condamnées à se restreindre ou même à endurer des privations, comme d’ailleurs en général il survient inévitablement de temps à autre, dans l’Écon. publique, des mécomptes heureusement passagers et qui ne s’étendent pas trop loin. On voit bien aussi, quand le commerce d’argent est vivace, apparaître pour cette classe précisément une ressource dans les rentes viagères.

Grâce à elles, le capitaliste se procure, contre la remise de son capital, une rente qui excède d’autant plus le taux ordinaire de l’intérêt qu’il sera plus avancé en âge ; par contre, à son décès, le capital écheoit en propre au débiteur de la rente, ce qui fait que ce procédé opère d’une façon désastreuse pour les parents au moins des capitalistes. En somme, étant donné un abaissement du taux de l’intérêt fondé sur la situation économique en dehors de toute immixtion du gouvernement, il n’est pas à craindre que le penchant à épargner du capital soit affaibli, attendu que la sécurité et la facilité d’un emploi répondant complètement aux conditions individuelles du propriétaire peuvent constituer encore une fois à cet effet un excitant d’une certaine énergie.

Mentionnons toutefois l’opinion contraire à la doctrine émise jusqu’ici, opinion d’après laquelle Y élévation dutamL de l’intérêt serait un symptôme de la prospérité d’une nation et des progrès qu’y réalisent la fortune et la civilisation. Ce thème a été développé dans un travail paru à Londres en 1822, intitulé : « Considérations on the accumulation of capital and its effects on exchangeable value », et Mac Culloch en a fait aussi le sien. L’histoire, toutefois, ne permet guère qu’on mette l’exemple de la Hollande au service d’une aussi singulière prétention, et qu’on infère la décadence de cet Etat du bas taux de l’intérêt. A Cadix, comme en France, on observa que c’était justement le taux élevé de l’intérêt qui nourrissait le luxe et refoulait les idées d’épargne, tandis qu’en Hollande l’épargne ne ralentissait pas nonobstant les intérêts modiques (Simonde de Sismondi , de la Richesse commerciale ).

/¥ On a pensé quelquefois que le taux de l’intérêt devait baisser quand la masse d’argent d’un pays s’augmentait, et cette opinion erronée tenait à ce que jadis on considérait l’argent et le capital comme signifiant même chose. L’argent ne concourant pas par lui-même à la production, mais devant

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