‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 120 sur 305 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Pris d’ensemble, le profit industriel, dans son ascension et son affaissement, marche d’ordinaire à peu près du même pas que la rente du capital. Une partie des capitalistes est toujours à même d’opter entre le prêt de sa fortune et l’exploitation d’une industrie, et beaucoup préfèrent ce dernier parti, quand ils peuvent espérer réaliser un profit industriel . notable dans une occupation leur valant une situation sociale à peu près semblable à celle qu’ils devaient jusque là à une pure perception d’intérêts. D’autres personnes doivent alors se trouver aussi encouragées à se lancer dans l’industrie avec des capitaux empruntés, ce qui aura pour effet une décroissance du profit industriel, comme aussi une augmentation de la rente du capital. Si par contre le profit industriel était trop modique comparativement à la rente du capital, il en résulterait une bien plus vive tentation pour les capitalistes de vivre, en désœuvrés, de leurs intérêts, le goût des entreprises s’affaiblirait et on ne tarderait pas à voir s’abaisser la rente du capital, comme aussi dès lorsle profit industriel grandir. Toutefois il ne faudrait pas s’attendre à une égalité des deux revenus dans leur expression en tant pour cent, parce que même à taux d’intérêt identique, le profit doit etre très-différent dans les diverses branches industrielles. Le taux de l’intérêt étant p. ex. de 5 0/0, on peut certainement comprendre que telles industries donnent 4, d’autres de 5 à 6, d’autres encore de 10 à 12 0/0 de bénéfice. En Angleterre, on compte habituellement, intérêts inclus, sur 10 0/0 au moins dans les grandes entreprises; un capital de 10 à 20,000 1. st. rapporte bien 15 0/0, et des mises moindres, 20 0/0 et même plus, dans le commerce et la fabrication.

A mesure que le bien-être national grandit, le profit industriel doit, aussi bien que la rente du capital, fléchir par rapport au capital employé et accuser en conséquence un tant du cent moindre. Aussi bien, cette conclusion se trouve confirmée par

l/expérience. C’est là un effet de raccumulation de capitaux et d’une compétition plus forte dans toutes les entreprises, cas auquel il arrive que les sources existantes de biens et les occasions d’acquérir sont complètement utilisées, les prix des choses rapprochés du montant des frais, les entreprises établies sur un plus grand pied, et les entrepreneurs réduits à se contenter d’une bonification proportionnellement moindre. Ceci peut se produire d’autant plutôt qu’en beaucoup d’entreprises les risques se trouveront en même temps amoindris, grâce à des réformes dans l’administration de la justice et de la police, à des institutions tutélaires en cas d’accident, et aussi à l’appui plus énergique que les étrangers trouvent auprès des gouvernements pour leurs affaires acquisitives. Nonobstant cette décroissance du taux du profit, le montant général du bénéfice industriel est tout de même susceptible encore d’accroissement dans un pays, pourvu seulement que le capital s’élève en une proportion plus forte que ne s’abaisse le taux du profit. Pour échapper à la réduction qui menace leur revenu, force sera aux entrepreneurs de développer plus d’art et de pénétration ou d’appeler à leur aide un capital plus grand, ou bien même, s’il s’agit d’une modeste exploitation , d’économiser quelque chose sur les déboursés en salaire, en mettant personnellement la main à la pâte. Assurément ce changement fera naître des sensations désagréables; il imposera des privations et provoquera facilement des plaintes qui seront formulées sur la décroissance de l’aisance ; mais de telles plaintes ne prouvent rien dans leur exclusivisme, et on peut leur opposera notre époque le spectacle d’une industriosité croissante.

Quoiqu’il en soit de ces récriminations, on arrive encore au résultat contre lequel elles sont dirigées quand on considère les modifications qui, avec le développement du bien-être public et de la population, se produisent dans les rapports entre les branches principales du revenu national, à savoir entre les parts

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