LIVRE II
fallait pour chaque bien considérer sa valeur par rapport a differents autres objets : sans compter que quand chaque marchandise n’est échangée que contre de 1 argent, les prix s’établissent sur le marché dans des conditions d’uniformité bien meilleures.
Il est necessaire que le mesureur dont s’agit soit lui-meme un bien de valeur, et il répondra d’autant mieux a sa mission que cette valeur sera soumise à des variations moindres. La conception d’une mesure des prix purement fictive ou idéale, à laquelle ne correspondit aucun bien déterminé et réel, renferme consequemment en elle une contradiction; et ce serait ici le cas de se rappeler le récit que nous fait Montesquieu a propos de la macula en usage chez es Mandingues. Cependant il ne faudrait pas prendre pour une de ces mesures fictives ce qu’on appelle la monnaie de compte, qui ne peut pas être précisément figurée par une pièce de monnaie unique comme par ex. la livre sterling avant le monnayage du sovereign et le thaler au pied de vingtquatre florins. La plupart du temps, ces expressions ont trait a des especes autrefois courantes, d’après lesquelles on continue à compter pour plus de commodité. Lest ainsi que bien que le Portugal n’offre plus de reis individuels, on y rencontre encore des monnaies de cuivre de trois reis, ou de cinq, ou d’un plus grand nombre. H
Mais pourvu que le mesureur soit sérieux , on comprend que selon les temps il n’ait pas toujours ' etc propie a servir en même temps de monnaie.
Peut-etre faudrait-il ranger ici l’antique usage, consistant a employer le bétail à la désignation des prix, et dont 1 auteur de l’Iliade donne un exemple dans le passage suivant, entre autres :
« Alors le fils de Saturne prive Glaucus de sa raison, puisqu’en échangeant son armure avec Diomède, il lui donne des armes d’or du prix de cent taureaux pour des armes d airain qui n’en valaient que neuf. » JNe voyons-nous pas à l’origine les Romains et les
anciens Germains taxer les amendes en bétail ? Quand au moyen-âge les peines étaient, ce qui arrivait plus d’une fois, exprimées en solidi byzantins, le solidus ne signifiait souvent pas autre chose qu’une tête de bétail ou une mesure de blé. Les anciens Perses avaient établi des rapports fixes de prix entre les divers animaux domestiques, pour servir de base à l’estimation des biens. Aujourd’hui même, le cultivateur du canton de Berne donne au bétail le nom de marchandise (Waare), et dans l’ile d’Islande le mot de fe, qui signifie bétail, signifie en même temps fortune, ce qu’il faut dire également du mot « mal », employé par les Tartares. Est-il enfin besoin de rappeler que pecunia, argent, vient du mot pecus, bétail ?
Quand le besoin d’un instrument de circulation se fit sentir, les peuplés songèrent tout d’abord aux divers objets qui se trouvaient à leur portée, dont ils faisaient un plus grand cas ou un usage plus fréjuent, et des exemples des choix les plus variés sont fournis par les auteurs qui se sont occupés de la maière. Les habitants des pays froids furent amenés |'Out naturellement à se servir, en guise d’argent, du ;uir des animaux et de ses subdivisions, comme, par ixemple, les anciens Russes des peaux de martre et l’écureuil ; le vainqueur réclamait souvent son tribut «n peaux; plus tard, des morceaux peints de four- 'ures furent portés dans la circulation pour y re- » résente r des peaux tout entières, et ce n’est qu’au LVe siècle que la monnaie de peau tomba en désuéude. Cependant, aujourd’hui encore, la peau de castor ert de mesureur des prix dans la baie d’Hudson, et Iarryat nous rapporte qu’au commencement de ce iècle, des peaux étaient acceptées en paiement au- :elà des montagnes de l’Alleghanny.
C’est aux mêmes fins que les Mongols, les Buètes, etc., emploient certains gâteaux qu’on tire d’une ualité de thé inférieure et qui donnent une boisson énéralement estimée.
Les coquillages ont depuis les époques les plus re-