‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 138 sur 305 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

peut être appréciée qu’approximativement, on s’est surtout appliqué à connaître l’accroissement ou le décroissement annuel de la masse des métaux monétaires, et les points de repère manquant pour chaque pays en particulier, l’observation s’est portée sur la monnaie de l’Europe tout entière. Mais l’Europe a besoin d’une affluence constante d’or et d’argent lui venant des autres continents, pour conserver son grand approvisionnement à la même hauteur.

Il faut donc calculer la masse totale de ces métaux, qui s’obtient annuellement sur toute la surface de la terre; après quoi il reste à voir quelle portion en parvient en Europe, combien de cette portion est réexportée dans d’autres directions, et combien du reliquat est transformé en monnaie ou utilisé d’une autre façon; enfin, quelle peut être la perte résultant du frai des monnaies et de divers autres accidents. Tous ces points ne peuvent être éclaircis qu’approximativement par des estimations reposant sur des faits statistiques particuliers. Il ne faudrait pas non plus négliger détenir compte des variations, plus facilement appréciables, se produisant dans la quantité de la monnaie de papier.

L’affluence considérable d’or et d’argent qui des mines américaines vint, au commencement de notre siècle, renforcer la propre production de l’Europe, éprouva dans la seconde période décennale une diminution à laquelle s’ajouta la raréfaction de la monnaie de papier. Plus tard, la production et la provision de ces métaux redevinrent plus abondantes, les écoulements se ralentirent en même temps, et la masse monétaire reprit sa situation antérieure, en attendant que les richesses de la Californie et de l’Australie, ainsi que la multiplication des banques, parvinssent même encore par la suite à la grossir.

Les effets de ces variations du stock d’argent sur les prix des objets d’échange à chaque période sont difficiles à saisir, difficiles à constater, et en effet :

1° La masse d’argent d’un pays ou d’un continent

est toujours tellement considérable qu’une variation assez peu sensible qui surviendrait dans la production, l’importation ou l’exportation des métaux monétaires devrait nécessairement se prolonger plusieurs années, pour que le renchérissement ou le bon marché devînt bien apparent; de plus,

2° Il doit dans tous les cas s’écouler quelque temps avant que l’accroissement ou la réduction se fasse sentir uniformément à travers toutes les contrées et toutes les branches de l’échange ; ensuite,

3° Il n’est pas de marchandise ou de prestation particulière qui forme une mesure naturelle, et les nombreuses variations de prix se produisant chez certaines espèces d’objets d 'échange par suite de conditions toutes spéciales s’opposent à l’harmonie, à l’uniformité du phénomène ; en outre, enfin,

4° D’autres circonstances concomitantes peuvent tenir en échec ou d u moins affaiblir les suites provenant de la masse monétaire, altérée dans ses proportions.

Parmi ces circonstances, il convient surtout de ranger la forte augmentation des besoins monétaires en beaucoup de pays, par suite d’un accroissement considérable dans la production et la consommation des biens, — l’agrandissement du capital et ses applications plus nombreuses et plus nouvelles, — les relations, étendues à des contrées qui commencent seulement à être habitées et cultivées ou qui du moins se sont trouvées jusqu’alors en dehors de tout lien commercial, — la plus grande facilité des transports à l’aide des bateaux à vapeur ou des chemins de fer, — la conversion des anciennes prestations en nature en prestations monétaires, — l’abolition de l’esclavage dans les possessions françaises et anglaises, etc., etc. L’effet de ces causes permet tout aussi peu une évaluation que le succès d’autres circonstances, agissant en sens opposé, telles que l’accélération de la circulation monétaire ou les moyens de réduire quelque peu dans les échanges les besoins d’argent.

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