‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 144 sur 305 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

surface plus large aux variations dont elle atténue les écarts, dont elle réduit l’amplitude? Que les deux métaux, en faisant cause commune et en renforçant ainsi le stock de la circulation, tendent à affaiblir le pouvoir d’échange du numéraire dont la valeur relativement aux autres marchandises doit s’abaisser en raison de l’importance de l’approvisionnement monétaire, cela n’est pas douteux, pas plus qu’il n’est douteux que cet affaiblissement soit favorisé en même temps par la préférence accordée dans les paiements a la monnaie dont le cours est déprimé le plus fortement. Faut-il gémir de ce relèvement des prix? Il n’y aurait guère à s’en plaindre que ceux qui, comme les rentiers ou les fonctionnaires, ne peuvent prétendre qu’à des prestations définitivement arrêtées. Une hausse générale du prix correspondant à un surcroît proportionnel de monnaie paraît en principe inoffensive en laissant subsister le rapport de richesse existant. L abondance de monnaie ne serait pas une cause de perturbation ; ce qui pourrait en être une, ce serait un avilissement soudain, conjuré justement par la coopération des deux métaux.

« Il y a d’ailleurs, écrit, un jeune publiciste qui a compulse laborieusement les travaux antérieurs (1), une grande erreur à croire que les quantités de numéraire en circulation soient excessives. En 1873, l’Angleterre et l’Allemagne ont traversé une fort grave crise monétaire. La France est puissamment secondée dans la cessation du cours forcé des billets de banque par sa double monnaie. Les Etats-Unis ont voté la reprise des paiements en espèces. L’Italie, l’Autriche, la Russie elle-même aspirent à reprendre la circulation métallique. Le moment est-il bien choisi pour mettre 1 argent hors la loi ? Il n’est guère douteux que la démonétisation générale de l’argent ne soit suivie partout d’une hausse considérable de l’or,

(1) Cauwès, Précis du Cours d' Économie politique ,

evenu seul monnaie. Qu’est-ce a dire, smon que le ouvoir de l’or grandissant, le fardeau des dettes Brait aggravé? Or, il ne faut pas oublier que les plus ros débiteurs sont les Etats. Avec la monnaie bimeallique et l’affaiblissement graduel de la puissance l’échange du numéraire, le temps se fait en quelque orte l’auxiliaire des gouvernements pour alléger le ervice des arrérages de rentes; avec le cours force inique, les dettes des Etats deviendraient plus >esantes; ce serait un surcroît de plusieurs milliards leut-ètre, ajouté à la dette de la France. »

Cependant, les partisans du monométallisme ap- 3 nient sur cette tendance, déjà signalée, du bimetalisme qui l’entraine constamment vers la baisse, et îui ne laisse pas que d être désastreuse au moins pour certaines catégories de personnes dont les rentrées ne leur représentent plus la meme somme de jouissances qu’autrefois. .

Ils ne méconnaissent pas, d ailleurs, cet avantage qu’a le double étalon d élargir le marché monétaire ; mais s’ils ne peuvent nier que grâce au double étalon les brusques oscillations de la valeur soient amorties, ils lui reprochent, par contre, de rendre ces oscillations plus fréquentes, puisqu’en effet il suffira d un revirement, soit dans le rendement des mines d or, soit dans celui des mines d’argent, pour faire impression sur la monnaie et ses rapports avec les

marchandises. , . „„ „„

Que si, à certains égards, 1 étalon unique, or ou argent, prend, pour les mérites et les inconvénients, le contre— pied du double étalon, en rendant plus fortes les fluctuations qui sont toutefois aussi plus espacees, et en poussant non plus à la baisse, mais à la hausse de la monnaie par le fait de la plus grande rarete de celle-ci, on peut cependant découvrir au monométallisme des titres qui le recommandent d une façon toute particulière. Gomme l’a fort bien dit M. Levasseur : « l’étalon unique semble plus conforme a l’objet même de la monnaie, qui est" d’avoir une

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