LIVRE IL
mesure fixe, sinon quant à la valeur, ce qui est impossible, du moins quant à la matière. Je reçois 100 kil. d’or à 9/10 de fin, ce qui s’exprime par les mots 310,000 fr.; je rendrai 100 kil. d’or. Les contrats doivent être toujours nets ; celui-ci l’est parfaitement. Ces 100 kil. vaudront-ils plus ou moins ? Peu importe ; pas d’ambages : tels je les ai empruntés, tels je les restituerai. »
Une fois qu’en théorie on aura pris parti pour le monométallisme, on pourra, en théorie toujours, ! comparer l’or à l’argent, pour voir quel est celui à qui doit écheoir l’honneur de défrayer exclusivement ou au moins principalement et avec sanction légale la circulation. On reconnaitra alors aisément que l’or est moins sujet à altération, à usure que l’argent ; qu’il renferme aussi une plus grande valeur sous un même volume ; qu’il offre donc plus de facilité pour le transport, et que c’est une observation plusingénue qu’ingénieuse que celle nous rappelant qu’il n’en coûte pas plus d’envoyer par chemin de fer une somme quelconque en argent qu’une somme identique en or. Que si, en outre, les conditions de production prochaine du métal le plus précieux ne font pas appréhender de bouleversement, si aussi les échanges intérieurs et extérieurs du pays que l’on considère ont acquis une grande vivacité et importance, comme l’or existe liic et nunc en quantités suffisantes pour un courant d’affaires même des plus animés, c’est vraisemblablement l’or qui sortira vainqueur de ce rapprochement. Et sa victoire sera peutêtre même d’autant plus certaine qu’il tolère très-bien à côté de lui, avec cours forcé même dans certaines limites, l’argent se comportant comme son satellite, tandis que là où règne l’étalon d’argent, l’emploi de l’or, devenu une simple marchandise variable selon le cours du marché, ne laisse pas que d’être embarrassant.
Quoi qu’il en soit de la théorie, qui, il faut bien le dire, a sur les déterminations pratiques moins
d’action que certains phénomènes ou événements d’ordre monétaire, c’est dans le sens de nos dernières indications, c’est-à-dire vers l’étalon unique et l’étalon unique en or, que semble évoluer notre pays. On ne pourra pas trop s’en étonner, en pensant que si l’argent, en baisse avant 1850, a depuis 1851 fait prime jusqu’en 1864 sur l’or répandu avec une profusion telle par les gîtes aurifères de Californie et d’Australie qu’on demandait sa propre démonétisation, l’inverse s’est présenté depuis, l’or a repris le dessus et a obtenu sur l’argent, dans les derniers temps surtout, des avantages comme celui-ci n’en avait jamais connus. C’est ainsi que la perte éprouvée par l’argent a atteint en 1876 230 p. 1,000, et bien qu’elle se soit trouvée atténuée par la suite, elle se chiffrait néanmoins encore au 23 mai 1878 par 105 p. 1,000, donnant ainsi à son tour prise à la demande de démonétisation de l’argent. Quand on procède par ordre au dénombrement des modifications ou tempéraments apportés à notre système monétaire, on rencontre tout d’abord en 1865 une convention internationale décorée depuis du nom d’Union latine, et qui intervenait pour quinze ans entre la France, la Belgique, l’Italie et la Suisse. L’or était encore alors le principal instrument de nos échanges; l’argent faisant prime quittait le territoire, et par suite de la crise cotonnière, prenait notamment en grandes quantités le chemin de l’Inde, de sorte qu’on commença à appréhender le manque de pièces divisionnaires indispensables aux petits paiements et disparaissant à mesure qu’elles étaient frappées. Aussi les Etats signataires décidèrent-ils que les pièces de 2 fr., 1 fr., 0 fr. 50 et 0 fr. 20, tout en conservant leur poids, ne seraient plus fabriquées désormais qu’à 835/1,000 au lieu de 900/1,000 de fin, ce qui rendait onéreuse l’exportation de monnaies à valeur réelle inférieure à leur valeur nominale. Mais par contre, notre loi du 14 juillet 1866, relative à cette convention monétaire du 23 décembre 1865,