‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 146 sur 305 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

déclara qu’on ne pourrait, dans un paiement, faire accepter de cette monnaie que jusqu’à concurrence de 50 fr. D’ailleurs, par la convention, chacune des nations s’interdisait de frapper des pièces divisionnaires au-delà d’une valeur correspondant à 6 fr. par habitant, ce qui ne valait à la France qu’un maximum de 239 millions de francs à émettre par son gouvernement. Bien entendu, les contractants stipulaient l’admission dans leurs caisses publiques des monnaies respectives. Quant aux pièces de 5 fr. au moins, il n’était pas innové à leur titre de 9/10; le quantum de leur fabrication restait illimité, comme aussi elles continuaient à être libératoires sans restriction. Le régime du cours forcé multiple, le régime de la loi de germinal an XI, impliquant une monnaie véritable au titre de 9/10, avec faculté illimitée de monnayer, survécut donc avec les pièces de 5 fr., et néanmoins, on ne saurait méconnaître que le rôle de l’argent dans la circulation a reçu, dès 1865, une atteinte de l’Union latine.

Ce rôle de l’argent devait d’ailleurs s’affaiblir encore par lasuite.au profit de l’or, dont la prédominance, > avec élimination graduelle de l’autre métal, fut singulièrement secondée par les événements qui allaient s’accomplir. L’Allemagne, gavée de notre or et grisée par sa fortune soudaine, qui lui faisait entrevoir des destins nouveaux, adoptait l’or en 1871 et 1873 comme seule monnaie légale. Semblable mesure était prise, par contre-coup ou contagion, dans les États Scandinaves de Danemarck, Suède et Norwége, qui ont, à partir du 1er janvier 1875, rompu avec le bimétallisme pour la monnaie unique d’or. La cause de ces évolutions gisait dans la dépréciation de l’argent, dépréciation qu’on a pu justement rattacher 1° à une inclination plus marquée et assez facilement explicable du commerce contemporain pour la monnaie d’or; 2° à un accroissement très-sensible de la production d’argent, qui, évaluée pour 1869 à 237 millions, s’est élevée d’année en année, et a atteint 403 millions en

1875, sans paraître vouloir s’arrêter dans ce mouvenent ascensionnel, pendant que la production de ’or suit une marche inverse et tombait en 1875 i 488 millions, après avoir jeté dans la circulation >05 millions en 1809 ; 8° à des exportations décroisantes d’argent en Orient, où l’on commence à devenir es tributaires de nos produits presqu’autant que nous e sommes des siens, de manière qu’il se fait d’assez arges compensations, où d’ailleurs les matières prenières, telles que le coton, sont plusqu’autrefois reteîues par l’industrie indigène en voiedese développer et le donner satisfaction aux besoins locaux, où l’on a mssi parfois à gémir de fléaux terribles comme celui le la famine et où la dépréciation même de l’argent •end son acceptation et son expansion plus difficiles, dais on peut dire que la dépréciation de l’argent •eçoit pour ainsi dire le coup de grâce de sa démolétisation. Le mouvement de baisse occasionné par 'abondance de l’argent ne peut qu’être accéléré par me démonétisation qui, inspirée par le désir d’échapierà un mal, l’aggrave en réalité, en rendant disponible une nouvelle quantité du métal avili.

Toujours est-il que l’argent, refoulé de vastes teritoires, comme notamment celui de l’Allemagne, aenaçait d’engorgement, avec le discrédit y attaché, es autres pays, et devait suggérer aux" Etats de Union latine, dans laquelle la Grèce a fini par enrer aussi en 1875, une attitude et des mesures désnsives. Ces mesures étaient commandées principaiment par les pertes auxquelles sans elles nous eût xposés le commerce extérieur, puisque l’adoption resque générale de l’étalon d’or au dehors eût contint nos négociants à s’y libérer en or, gagnant sur argent, tandis que les étrangers ne se fussent pas lit faute de nous payer avec la monnaie dépréciée, bératoire de par notre loi. En même temps, on collerait court à des spéculations sur le monnayage de argent, rendues très-faciles et très-tentantes lors es fortes baisses de l’argent, et consistant cà se pro-

Page 1