LIVRE IL
2,700 francs qui le libéreront complètement. B devrait encaisser 6,500 francs et verser 6,200 francs ; il chargera donc D de fournir les 5,000 francs dus par ce dernier à son propre créancier C, et y ajoutera encore 1,200 francs, en emportant ainsi luimême encore une somme de 300 francs. C compense maintenant avec Z), à qui il doit remettre encore
4.200 francs. Les paiements ne comportent en tout que 8,100 francs ou 31 p. % de toutes les créances ; mais comme sur sa recette B abandonne aussitôt
1.200 francs à C et que celui-ci les emploie encore une fois à la satisfaction de D, qu’ainsi ces pièces d’argent circulent trois fois, le besoin de numéraire n’est en réalité que de 5,700 francs ou d’environ 22 p. % de la somme susmentionnée.
Ce procédé (Ueberweisen-Scontriren) est pourtant d’un effet restreint, par la raison que son emploi exige l’entrevue des intéressés, raison qui explique aussi sa plus grande extension possible au milieu des grands centres de population.
Les fortes foires fournissent à cet égard une excellente occasion qui, à Lyon, se présentait autrefois tous les trimestres. Tous les jours, ce procédé est appliqué à Londres, où chaque banquier envoie un commis à un lieu de réunion (Clearing -liouse), dans lequel l’on échange les uns contre les autres les mandats tirés par des capitalistes, des négociants, des fabricants, etc., sur les maisons de banque.
C’est la faveur accordée au chèque par nos voisins qui a amené l’installation parmi eux de ce Clearinghouse. Par là, il ne faut donc entendre autre chose qu’un hôtel situé Lombard Street à Londres, où depuis l’année 1775 les principales maisons de banque de cette cité opèrent entre elles l’échange des billets ou chèques dont elles sont respectivement porteurs, grâce à l’habitude enracinée chez les Anglais de domicilier chez les banquiers leurs effets à payer et à recevoir.
Le mécanisme à l’aide duquel fonctionne cette
chambre de liquidation est exposé de la façon suivante, dans un article du Dictionnaire du Commerce et de la Navigation, qui a emprunté ses renseignements à Gilbart, l’ancien administrateur général de la London et Westminster Bank et auteur du « practical treatise of banking » :
« Chacune des maisons admises à la Chambre de liquidation y possède un bureau séparé et emploie exclusivement aux opérations de cette chambre un livre et un commis. Vers onze heures du matin, le commis vient à son bureau et apporte les traites et mandats du portefeuille de sa maison payables sur les divers banquiers admis à la Chambre : on a inscrit d’avance l’acquit au dos des traites et le nom du banquier présentateur en travers des mandats ou chèques. Le commis remet dans le pupitre de chaque maison les valeurs payables chez elles, prend note de celles qui sont déposées dans le sien et quitte la Chambre à midi. Il revient à trois heures, apportant de nouvelles valeurs remises à sa maison depuis onze heures, les dépose de la même manière que le matin et prend note de celles qui ont été remises dans son pupitre. De trois heures à quatre heures, on lui envoie de la maison d’autres valeurs au fur et à mesure qu’elles arrivent : il continue de les distribuer et d’annoter celles qu’on lui remet. A quatre heures, les boîles des pupitres sont fermées et on ne reçoit plus aucun effet; chacun fait l’addition de son compte et de chacun des comptes correspondants, et inscrit les balances sur une feuille de papier destinée à cet usage, réglée d’avance et au milieu de laquelle sont inscrits les noms des membres de la Chambre; deux colonnes placées l’une à droite, l’autre à gauche, sont destinées à recevoir l’inscription du solde débiteur ou créditeur de chacun. Le commis inscrit ces soldes, puis il les collationne successivement avec chacun de ses confrères. Est-on d’accord, la chose est constatée par un paraphe; n’est-on pas d’accord, on vérifie jusqu’à ce que l’erreur soit découverte,
puis chacun fait l’addition des soldes débiteurs et celle des soldes créditeurs et reçoit ou paie la différence.
» Les valeurs refusées sont remises dans la boite de la maison qui les présente, avec une note indiquant les motifs du refus : « Défaut d’avis, défaut de provision, etc. » Si la valeur a été présentée avant midi, elle est ordinairement retournée avant quatre heures ; mais en tout cas, lorsqu’elle n’est pas retournée avant cinq heures, on la considère comme acceptée. Si elle est remise après quatre heures, on l’inscrit au crédit d’un compte et au débit de l'autre, séparément, au verso de la feuille de balance.
» A cinq heures, l’établissement des comptes est terminé : deux inspecteurs appointés certifient les paiements; ce sont eux qui vérifient les comptes, si les sommes à payer ne se trouvent pas égales à celles à recevoir, ce qui atteste une erreur positive. Si les comptes se trouvent en règle, les paiements et recettes se font par dispositions sur la Banque d’Angleterre, où chacune des maisons admises à la Chambre de liquidation a un compte courant. Depuis l’année 1850, même des banquiers de province ont songé à utiliser le Clearing-house, et voici alors, d’après M. Coulet, l’auteur d’une brochure intéressante sur les chèques et le Clearing-house, par quel procédé simple on règle aujourd’hui les rapports existants entre ces banquiers et ceux de la capitale, rapports qui, auparavant, nécessitaient une correspondance des plus compendieuses :
» Notons d’abord que chaque banquier de province a un agent à Londres, presque toujours parmi les clearing-bankers. Chaque jour, chaque banquier de province envoie à son agent à Londres, dans sa lettre ordinaire, tous les chèques qu’il a reçus dans la journée; supposons qu’il en ait reçu vingt sur divers banquiers, il évite l’écriture de vingt lettres et vingt ports de lettres.
» L’agent à Londres, recevant le matin les chèques
de ses correspondants, les classe dans l’ordre des banquiers de Londres, agents des diverses banques de province sur lesquelles ces chèques sont émis : puis il les inscrit sur des feuilles de débit spéciales et les envoie au Glearing-house. Là les chèques sont remis aux banques qui doivent les payer, et celles-ci les passent sur des feuilles de crédit provisoires. Les chèques distribués ainsi entre les divers banquiers sont portés à leurs bureaux et le soir ils sont envoyés par chaque banquier, dans ses lettres ordinaires, à ses correspondants, avec prière de donner crédit ou de retourner les chèques sans valeur, ce qui a lieu par retour du courrier.
» Ainsi chaque banquier de province, au lieu de recevoir le matin, par exemple, vingt chèques sur luimême de vingt banquiers, dans vingt lettres, les reçoit tous à la fois dans une seule lettre de son banquier de Londres. De même, au lieu de donner avis de crédit par vingt lettres, il donne cet avis en une seule lettre à son agent à Londres et pour une seule somme. »
Des établissements analogues ont été établis vers 1872 en Angleterre même, à Manchester et Newcastle. New-York en possède un fort important, qui y a été fondé en 1853, et 15 Clearing-houses provinciaux sont à l’œuvre dans les principales villes de l’Union américaine.
Par suite de ces organisations, les créances respectives se compensent; il ne reste que des appoints à payer et l’on comprend quelle économie prodigieuse est réalisée en billets de banque ou en numéraire. En 1840, 974,401,000 1. st. ont été compensées au Glearinghouse de Londres, et 66, 275,000 1. st. seulement ou 68 0/0 ont été déboursés comptant. A une date plus rapprochée de nous, en 1874-1875, les liquidations du Glearing-house, dans l’association duquel la Banque d’Angleterre n’est entrée que depuis 1854, se sont montées à 150 milliards 300 millions de francs ; quant à la part du numéraire, elle se trouve