LIVRE II
capital serait plus grande qu’elle n’est aujourd’hui. En effet, chaque banque s’efforçant de tenir en circulation le plus de billets possible, elles commenceront par faire des profits supérieurs à la moyenne, comme ceux que fait aujourd’hui la Banque de France. Ces profits provoqueront la concurrence, et il viendra de nouvelles banques avec un nouveau capital pour partager le bénéfice des émissions jusqu’à ce que les profits de banque soient descendus au niveau commun. Or, à mesure qu’il se créera de nouvelles banques, le capital total augmentera, tandis que la somme des émissions restera la même. Par conséquent, la garantie résultant du capital ira croissant. Dans quelles proportions? on ne peut le dire; on ne peut qu’établir des conjectures plus ou moins fondées sur l’expérience des autres pays. Nous voyons qu’en 1854 les trente-deux banques qui existaient dans la ville de Boston avaient en circulation une somme de billets égale au quart de leur . capital. Hors de Boston, cent seize banques de l’État de Massachussetts avaient en circulation une somme de billets égale aux deux tiers de leur capital. A la 1 même époque, la Banque de France avait en circulation une somme de billets égale à six fois et demie son capital. D’autres banques présenteraient d’autres proportions; mais, ce qui n’est pas douteux, c’est que lorsqu’on laisse le commerce libre, les entreprises se multiplient et les capitaux se portent dans les branches qui donnent des profits supérieurs à la moyenne.
» Maintenant, quelles garanties présenterait le portefeuille? Évidemment, elles seraient moindres, toute proportion gardée, que celles que présente le portefeuille de la Banque de France. Des banques libres, pressées par la concurrence, prêteraient plus largement et seraient exposées, par conséquent, à perdre davantage. Dans quelle mesure? Dans la mesure de la capacité de leurs directeurs, car, quant à leur désir de gagner, il ne serait pas inférieur à
celui de la Banque de France, et ces banques ne pourraient gagner qu’en évitant les non-valeurs, puisqu’elles seraient responsables des pertes et exposées à perdre leur capital ou même à tomber en faillite en cas d’erreurs graves. Sans doute il y aurait de ces erreurs, comme il y en a dans toutes les branches de commerce, mais elles seraient soumises à la même sanction, qui est celle du droit commun. »
Que si le regard pouvait s’offenser de la diversité d’apparence des banknotes, affectant selon la volonté de leurs créateurs les formes les plus variées et souvent les plus capricieuses, il y aurait une satisfaction bien facile à lui donner, en ce que toutes les banques indistinctement pourraient être astreintes à se fournir de leurs billets à une seule et même officine surveillée par le pouvoir central, distribuant à chacune d’elles des titres uniformes par leur couleur, leur dimension, leur montant, et ne se différenciant que par la mention de leur origine respective. C’est ainsi que se trouverait réalisée une certaine unité du billet de banque, n’entraînant pas, celle-là, le monopole de l’émission au profit d’une institution unique pour tout le territoire.
; Sans doute, l’unification un peu artificielle dont s’agit n’effacerait pas la diversité d’origine, et, par conséquent, les billets provenant de ces sources multiples n’auraient guère de chance d’être acceptés que dans le voisinage des caisses, qui pourraient procurer leur remboursement, ou bien encore peutêtre dans les villes par les banquiers, qui, suffisamment édifiés sur leur compte, consentiraient à les recevoir en paiement. Toutefois, sous ce rapport, leur condition n’est pas inférieure à celle des billets d’une banque unique, qui ne sauraient se faire admettre sans agio en dehors des localités où se trouve soit le siège principal, soit une succursale de l’établissement privilégié.
Mais à cette occasion va se révéler précisément le côté utile de la liberté, car toutes ces banques libres