‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 181 sur 305 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

ne sauraient se montrer aussi dédaigneuses de profits qu’une banque privilégiée, et appliqueraient nécessairement tout leur génie à étendre la -réception, à faciliter la circulation de leurs billets. Peut-être au début la concurrence leur soufflerait-elle des sentiments de haine et les ferait-elle recourir les unes envers les autres aux ressources de la dépréciation et de la perfidie, mais bientôt le mobile de l’intérêt bien compris amènerait un accord complet et leur inspirerait la détermination de recevoir réciproquement leurs billets, sauf ensuite à les échanger les uns contre les autres.

Et là ne s’arrêteraient assurément pas leurs efforts ; car, désireuses d’entretenir à l’aide de leurs billets des rapports lucratifs avec tous les recoins du pays, elles seraient naturellement amenées à fonder des succursales et à multiplier indéfiniment leur nombre. Supposez, par exemple, qu’une nature quelconque de produits attire sur tel point donné du territoire de nombreux amateurs; ces derniers, en l’absence de succursale, seraient obligés, pour faire leurs approvisionnements, d’aller demander à la banque dont ils seraient les clients des sommes en espèces ou même d’en retirer leurs propres dépôts, tandis que l’organisation d’une succursale qui garantisse le remboursement procure à la banque le placement aisé et avantageux de ses billets avec destination pour la contrée où cette mesure aura été prise.

Mais les succursales, une fois établies, ne s’en tiendraient pas à un rôle encore si restreint. Appelées d’abord à faciliter les émissions de la banque mère, elles ne tarderaient pas à leur tour à jeter des banknotes dans la circulation, comme contre-partie des affaires personnelles auxquelles elles se livreraient. Et en effet, on les verrait bientôt réunir entre leurs mains toutes les branches d’opérations qui dans les grands centres sont d’habitude exploitées divisément par les établissements financiers, et cumuler ainsi, par ex., l’escompte du papier commerçable, le dépôt

de capitaux, les avances sur titres ou marchandises, les prêts hypothécaires, etc. Pour réussir dans cette voie, pour y arriver à des résultats satisfaisants, il faudrait substituer à la roideur des banques privilégiées un peu de souplesse, de condescendance et de popularité, se charger de tous les encaissements et de tous les paiements, arracher les campagnards à leurs habitudes routinières en les familiarisant avec l’usage des effets négociables et en les poussant à imprimer à leurs transactions agricoles le caractère commercial, s’aboucher avec les cultivateurs aisés, dont la position, dont le capital de roulement nécessitent des opérations de banque, accueillir même, en leur accordant des crédits, les cultivateurs moins prospères qui présenteraient des cautions ou offriraient des garanties morales suffisantes, soutenir enfin par des avances les entrepreneurs d’écoles primaires qui propagent l’instruction, ce producteur de richesses, et tout en élargissant ainsi le cadre de leurs affaires, tout en fécondant la circulation de leurs billets, les banques libres, au résumé, deviendraient par leur nombre une école d’apprentissage pour beaucoup de personnes dans cet art délicat d’étudier les placements sûrs, comme aussi, parleur nombre, elles attireraient et fixeraient plus de capitaux à mettre au service du public, elles travailleraient utilement à la solution du problème toujours en suspens du crédit agricole, elles répandraient dans les campagnes les saines habitudes commerciales, elles deviendraient en tous lieux le levier de toutes les entreprises utiles, et pour tout dire en un mot, en échange de la tolérance du pays qui les admettrait, elles lui assureraient des avantages matériels et moraux si importants qu’il pourrait de leur installation dater peut-être le commencement d’une transformation nouvelle.

Jusqu’ici, nous n’avons envisagé la question de l’unité ou de la pluralité des banques d’émission qu’au point de vue de X utile; mais pour que la con-

Page 1