‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 191 sur 305 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

proposent de remplacer le mot improductif par non reproductif, et de distinguer en conséquence : la consommation reproductive ou consommation industrielle dans la production, et la consommation non reproductive ou consommation individuelle pour l’entretien de l’individu. Ils reconnaissent bien encore, il est vrai, une consommation improductive, mais par laquelle ils entendent une consommation absolument improductive, soit au point de vue industriel, soit au point de vue individuel. Nous rejetons, quant à nous, cette division tripartite, pour nous en tenir à notre distinction entre consommation reproductive et improductive, distinction justifiée par nos vues antérieurement exposées sur les limites de l’Economie politique, sur la véritable production économique, alors que les écrivains que nous combattons en ce moment se montrent plus tolérants, plus accommodants pour les biens dits personnels. Mais quand nous disons consommation improductive, nous n’entendons pas lui refuser nécessairement de l’utilité.

* Cette utilité de la consommation improductive doit être appréciée d’après les considérations ou points de vue que voici : 1° Nature du but. L’avantage obtenu est-il assez grand pour balancer la quantité de valeur consommée, c’est ce qu’il appartient au particulier d’apprécier suivant sa condition de fortune et ses inclinations individuelles. A l’Économie publique prise d’ensemble, il importe que la consommation favorise réellement des buts raisonnables, c’est-àdire engendre de véritables biens personnels (en ne consistant pas par ex. à boire de l’eau-de-vie, à fumer de l’opium, etc.), et qu’à cette occasion les biens plus précieux aient le pas sur ceux qui le sont moins, comme par ex. tout ce qui concerne la santé, l’instruction, etc., sur des plaisirs auxquels il est facile de' renoncer. Cette appropriation judicieuse dépend du sens rassis et moral du peuple et de la bonne distribution du revenu entre les diverses classes sociales.

2° Rapport du moyeu au Lut. A ce point de vue, celle-là sera la meilleure des consommations qui, a destruction égale de biens, réalise l’avantage projeté au profit du plus grand nombre d’hommes, dans la mesure la plus complète et pour la période la plus longue: ce qui fait que le choix des moyens de jouissance les plus durables et les soins donnes a leur conservation présentent de l’utilité pour la fortune nationale. Aussi le luxe qui est dirigé sur des ustensiles, des choses précieuses, des collections, etc., est-il pour ce motif préférable, du point de vue economique déjà, à des dépenses consacrées a des distractions passagères.

* La consommation reproductive se montre a autant plus avantageuse que la masse de biens nouvellement engendrée l’emporte davantage sur la masse de biens immolée à la production. Ces deux masses de biens sont comparées 1° par celui qui veut utiliser lui-même le nouveau produit, d après leur valeur d’usage, et la même façon de juger sera employée, quant à l’Économie publique tout entière, pour autant que les biens mis au jour sont destines a la consommation intérieure. Quant à celui 2° qui poursuit la production dans une pensée de lucre, il n’établit sa comparaison que sur la valeur d’ecliange ; ainsi l’entrepreneur se tient pour satisfait quand ses déboursés lui sont bonifiés par les acheteurs de ses marchandises avec bénéfice, et il ne s inquiète pas de savoir si les biens nouvellement éclos valent économiquement plus que les biens consommés. Gomme cependant tout être raisonnable tend à satisfaire ses besoins dans l’ordre de leur urgence, et par conséquent à acquérir les biens ayant la plus grande utilité avant les autres, on peut compter qu en principe, par leur demande, les acheteurs imprimeront a la production la direction la plus utilitaire, et que des biens de valeur moindre ne seront pas produits tant que des biens plus nécessaires feront encore defaut. Si un bien matériel se prête à divers produits nou-

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