‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 199 sur 305 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

sable, travaillant eux-mêmes et donnant à tout leur revenu net la destination indiquée, il n’y aurait dans un pareil pays à être demandés que les objets exigés pour l’entretien des travailleurs et la gestion des industries les plus nécessaires ; une grande partie des branches industrielles qu’on rencontre dans des pays prospères devraient suspendre leur marche faute de demande, l’industrie prendrait une direction exclusive, et il ne se rencontrerait pas d’autres classes sociales que des entrepreneurs et des ouvriers salariés productifs contre peu de prestateurs de services, tandis que la masse de biens progresserait par contre d’une manière rapide. A supposer, par ex., que le produit total d’un pays soit représenté par 1,000 millions, la rente du sol et du capital par 200 millions, et que cette dernière somme dût en une année être convertie complètement en capital, on se procurera peut-être avec elle pour 80 millions de capital fixe et pour 120 millions de capital circu- lant, et le produit de l’année suivante l’emportera peut-être sur le précédent de 136 millions ou de plus de 13 %. Si cette épargne absolue était introduite subitement, ceux des entrepreneurs qui comptaient sur la consommation improductive persistante des 200 millions et qui engendraient par conséquent bien des moyens de jouissance non indispensables, perdraient brusquement leur débouché, et ceci devrait aussi au début amoindrir quelque peu le revenu net jusqu’à ce que la production fût limitée aux seuls objets encore demandés. Comme cette supposition doit seulement éclairer la possibilité que tout soit acheté et consommé, il faut oublier pour le moment que les capitalistes et propriétaires fonciers n’ont aucun motif pour en agir ainsi. Si, au contraire, — et c’est là notre seconde hypothèse — une partie du revenu est consacrée à une consommation improductive, une classe plus nombreuse de prestateurs de services y trouve son entretien, et un développement bien plus varié de l’art industriel en devient pos-

sible, en ce que maintenant bien plus d’espèces de biens trouvent un débouché; seulement, dans ce cas, la production s’accroîtra moins rapidement.

* Cette prévision, que les hommes s abstiendraient de* toute consommation improductive, ne peut jamais véritablement se réaliser, car à l’acquisition de lortune s’unit étroitement le penchant à en jouir. On ne saurait mettre obstacle ni à ce que la propriété loncière et le capital s’accumulassent en grandes quantités dans certaines mains et rapportassent de gros ; revenus, ni à ce que beaucoup de ceux à qui échoient de pareils revenus vécussent en consommateurs oisifs. Les entrepreneurs et les ouvriers non plus ne 'résistent pas à la tentation de disposer d une partie de leur revenu net pour des jouissances^ dont ils pourraient à la rigueur se passer. Rien n est donc moins à craindre que de voir les hommes ne pas consommer assez pour maintenir dans son cours la production de divers objets, et il serait plutôt à redouter que la consommation ne prît de trop grandes proportions. Ainsi l’antiquité nous fournit assez d’exemples d’une grande consommation improductive, tels que les constructions gigantesques des Hindous et des Egyptiens et le genre de vie des habitan ts d’Athènes et de Rome, c’est-à-dire de ces villes ou le travail productif était principalement remis a des esclaves et où leur propriétaire arrivait facilement a cette situation de pouvoir vivre sans rien faire ou en s’occupant seulement d’affaires publiques, d exercices du corps et d’études libres. En Egypte, c était la répartition de la propriété foncière qui produisait cet effet; la classe qui cultivait parait ne s etre trouvée que dans un rapport de fermage, tandis que le roi, les prêtres et les guerriers possédaient par parts égales la propriété des terres et percevaient, par conséquent, la rente du sol (Reynier, de VEc . i publique et rurale des Egyptiens ).

Quand une dépense ou une consommation est

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