‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 201 sur 305 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

des propriétaires sur leurs terres , faute de laquelle des occasions d’agissements oppressifs ne sont que trop fournies aussi à des fermiers intérimaires et à des administrateurs des absents. En conséquence, l’Irlande gagnerait au retour de ces absents ; mais il est vrai de dire que leur éloignement tient à d’autres circonstances fâcheuses qui affaiblissent chez eux le désir de vivre sur leurs domaines. Mac Culloch devait donc rencontrer des contradicteurs qui ne lui ont pas non plus manqué. Il importe cependant d’envisager encore le sujet qui nous a conduit à ces détails à d’autres points de vue.

Eu égard à toute l’Économie publique, une consommation improductive n’est donc inoffensive que 1° s’il écheoit à la société une contre-valeur suffisante en biens personnels ; 2° si à côté d’une pareille consommation il peut être réservé quelque chose pour l’augmentation du capital. Encore que des services . incontestablement utiles soient accomplis, il faut néanmoins peser tout d’abord si le bien-être du peuple les comporte sans inconvénient. Si cette condition d’utilité indiscutable n’est pas remplie, un nouveau déboursé, qui fait vivre une quantité d’industriels, ne produit pas dans son ensemble un effet bienfaisant, parce que nécessairement il se manifestera un arrêt sur quelque autre point de l’industrie. Un riche particulier ou l’Etat consacrant 20,000 fr. à une nouvelle consommation improductive, il importera, pour engendrer pour 20,000 fr. de biens, d’appeler peutêtre à son aide un capital de 30,000 fr. Or, s’il n’a pas été économisé de capital nouveau de ce montant, il ne pourra pas être produit davantage en tout, parce qu’il faudra soustraire un capital déjà existant à un autre emploi.

Une consommation ne devient donc pas déjà utile par cela qu’elle occupe des ouvriers et des capitaux. La doctrine des Physiocrates, d’après laquelle la consommation ne saurait être trop grande parce qu’elle provoquerait nécessairement toujours une

production deviens, constitue une erreur dangereuse, dans laquelle on ne peut verser qu’en s’en tenant à certains faits isolés, sans dominer l’ensemble. Une consommation improductive, qui dévorerait entièrement le revenu national net ou même le dépasserait, détruirait le bien-être populaire et engendrerait un commencement d’appauvrissement. Sans doute, le bon sens du pays ne manquerait pas de reprendre bientôt le vrai chemin pour la réparation de la faute commise, et toutefois cette théorie décevante pourrait causer un préjudice, en ce qu’elle induirait en erreur les riches consommateurs et les gouvernements sur les conséquences d’une grande consommation improductive.

* Les considérations dans lesquelles nous sommes entré jusqu’ici doivent faciliter le jugement à porter au point de vue économique sur le luxe, c’est-à-dire sur une dépense qui vise une jouissance de biens non indispensable, sans satisfaire un besoin essentiel. Le luxe accompagne souvent l’emploi qui est fait de biens pour des fins plus importantes , de telle sorte qu’à propos d’une certaine espèce d’emploi de biens on consomme, en vue de l’agrément, plus qu’il n’est commandé par ces fins. Il n’est rien moins que facile de préciser où commence le luxe et où cesse le véritable besoin : il est des plaisirs qui satisfont en même temps des besoins de la vie spirituelle et développent les dispositions ou facultés de l’homme; tel est par ex. le cas de la jouissance de l’art des sons. Si l’on s’en tient aux besoins corporels, qui sont seuls susceptibles d’une grande précisioç, on est amené à voir du luxe dans toutes les dépenses qui ne tendent pas uniquement à la conservation de la vie, de la santé et de l’activité efficace des hommes. C’est là la seule limite fixe : si on resserre davantage la notion du luxe, tout devient alors relatif et il ne reste plus qu’à adopter arbitrairement comme règle une certaine mesure dans la dépense, en telle façon que tout ce qui excède cette mesure passera pour du luxe; et

Page 1